‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 42 sur 247 · M. (le Bois le Comte à M. Bastide, 29 septembre · texte numérisé non relu

M. (le Bois le Comte à M. Bastide, 29 septembre

î. Cavour dans le Hisorgimenlo du 6 octobre 1848. Dans une lettre du ;•. octobre, il dit plus modestement : « Les Élections jusqu'ici connues sont passables ". Il savait l'échec de Revel.

ENTRK DEUX GUERRES (1848-1849) 67

/^lle-môme en deux groupes, la fraction génoise dirigée par Pareto, les démocrates dont Broflerio était le chef avec ses fidèles lieutenants Valerio, Buffa, Sinéo et cet homme nouveau, (lo grand avenir, Raltazzi ; enfin, « en sauvage », à Textrômc gauche, Garibaldi, député de Giccagna;à droite, le parti modéré, réunissant tous les partisans du ministère, Balbo. Santa Rosa, Merlo, CasteUi, Boncompagni, Massimo d'Azeglio, et leur porte-parole habituel, Cavour. Les premiers discours de Camille (;n juillet, sa campagne dans le Risorgimento^ sa situation personnelle, bientôt de nouvelles interventions à la Chambre l'imposaient comme le leader (il eût aimé le mot du parlementarisme anglais) de la droite. Tel il apparaissait aux diplomates étrangers : « Le comte Camille Cavour, écrivait la Légation de France \ peut avec raison passer pour le chef du parti modéré... C'est un écrivain, un orateur fécond, capable en politique comme en matière économique..., comme financier il occupe le premier rang ; il est en butte à la haine que lui suscitent des hommes jaloux de son talent et de sa fortune ; plus pénétrant que ses collègues de l'opposition, il est travailleur infatigable. » Ce n'est pas mal vu.

Le Sénat était très calme, composé de conservateurs modérés, avec Alfieri, Manno, de La Tour, le vieux ministre du régime absolu, rallié en apparence, ayant forte influence sur son parent, le Président du Conseil, Perron. Déjà la haute Assemblée se renfermait dans le silence prudent, dont elle n'est que trop rarement sortie.

Réunis le 17 octobre, les députés choisirent pour Président Gioberti, à l'unanimité, en raison de son grand passé, et les partis se classèrent sur l'élection du Vice-Président ; le can-

1. Très intéressant Mémoire du vicomte de Reiset sur les principaux personnages du pays, 16 novembre 1848. Archioes des Affaires étrangères. -Sardaigne, t. CGGXXH.

didat ministériel ne sortit qu'à une voix de majorité. De suite les débats s'engagèrent, très vifs, sur une interpellation d'un député de gauche, M. Ravina, qui demandait si l'armistice du

9 août durait encore dans sa forme première, où en était la médiation, si l'armée était prête à rentrer en campagne. Le ministre de l'Intérieur, Pinelli, répondit que l'armistice était expiré, mais renouvelé par tacite reconduction et que l'une ou l'autre des puissances était en droit de le dénoncer huit jours à l'avance; des tergiversations de T Autriche pourraient lasser le gouvernement, mais lui seul devait être juge du moment où il lui faudrait reprendre les hostilités ; il ne pouvait s'expliquer sur les négociations en cours avec l'Angleterre et la France*. Le chef de l'opposition, Broiïerio, avec lui Valcrioet BuQa, attaquèrent avec véhémence les déclarations ministérielles que développa à nouveau le Président du Conseil ; les tribunes applaudissaient à outrance les discours de l'opposition, couvraient de leurs huées les paroles des ministres, Cavour protestait de sa place contre un tel scandale, le bruit n'en continuait pas moins. Il était nécessaire qu'un membre de la majorité prît la parole, ne fût-ce que pour soutenir le cabinet dont il approuvait la politique. Cavour se chargea de ce mandat ; ce fut son premier « grand discours" ».

Il reconnaît, en son début, que « tout le monde regarde la guerre comme probable et comme pouvant devenir d'un jour à l'autre très opportune pour nous. De môme, tout le monde accepte la médiation, au moins comme lailaccomph. La seule discussion possible porte donc sur le point de savoir s'il con-

1. Dans l'ardeur de son patriotisme, IMnclli se laissa entraîner à des déclarations qui découvraient le gouvernement français, et que le Risorgimenlo, pourtant ministériel, s'empressa de publier, l'inelli dut protester et rectifier. Bois le Comte à Bastide, 20 et 23 octobre 1848.

2. Cavour ù la Chambre, 20 octobre i848. Artom et Blanc, Œuvre parlementaire du comte de Cavour, p. 48 à 64.

vient de renoncer à la médiation sans plus attendre, ou s'il faut écouter pendant quelque temps encore les puissances médiatrices. C'est, comme on le voit, une pure question d'opportunité ». Pour lui, il trouve préférable de gap^ner du temps. Il expose à grands traits pourquoi interviennent les puissances médiatrices ; l'Angleterre non point par pure générosité, mais par un double intérêt : éviter une commotion générale qui ébranlerait son commerce et son industrie, surveiller « le germanisme à peine né, qui déjà menace de troubler l'équilibre européen et manifeste des idées de domination et d'usurpation » (ceci est de la vue lointaine et profonde) , donc la Grande-Bretagne persévérera dans son intervention ; la France, parce qu'« elle désire vivement, loyalement, l'indépendance de l'Italie ; elle est entrée de bonne foi dans la médiation, elle veut y persister. . . Mais sa politique intérieure est extrêmement embarrassée, c'est ce qui rend son action moins courageuse qu'il ne faudrait, moins haute qu'il ne conviendrait à une aussi grande nation ». Et il retrace l'ensemble de ces difficultés intérieures, d'où il conclut que « nous pouvons espérer le concours amical de la France, mais sans nous flatter qu'elle nous appuie d'une intervention active et énergique ».Que peut-on espérer des autres peuples de l'Italie? La Toscane enverra de jeunes volontaires non instruits. « Rome, aujourd'hui, est encore moins préparée à la guerre qu'auparavant. » Les Lombards « n'ont point de matériel de guerre, aucune espèce d'organisation militaire ; comment pourraient-ils penser à se jeter seuls contre l'armée de Radetzki ». Sans doute, une seconde révolution a éclaté à Vienne, mais « au premier rang de l'armée autrichienne ont combattu contre nous les volontaires de Vienne, les héros des barricades viennoises du mois de mars ». Par contre, un autre péril menace la monarchie autrichienne. « Il existe dans

l'Empire une race nombreuse, énergique, agissante, mais opprimée depuis plusieurs siècles : la race slave ; elle s'étend dans toutes les régions orientales de l'Empire, depuis le Danube jusqu'aux montagnes de la Bohême ; elle veut être tout entière émancipée et recouvrer sa nationalité ; sa cause, juste et noble, est défendue par des hordes peu policées, mais déterminées et vigoureuses, et elle triomphera dans un avenir peu éloigné. » Et après avoir rappelé les insurrections de Boiiême, de Croatie, il en tire que « la lutte qui se prépare au sein de TAutriche n'est pas un démêlé politique semblable à celui de mars, mais le prélude d'une redoutable guerre de races, d'une guerre entre le germanisme et le slavisme ». S'il en est ainsi, mieux vaut attendre, « laisser le gouvernement du Roi libre de déterminer l'heure où il conviendra de recommencer les hostilités. Cette heure pourra sonner dans une semaine, dans un mois, mais quand elle arrivera, elle nous trouvera tous d'accord comme nous le sommes sur les principes. »

Paroles profondes, d'une prévision pénétrante, mais prématurée ; avant que ne fût déclarée l'inévitable « guerre entre le slavisme et le germanisme », près de trois quarts de siècles devaient s'écouler, d'autres guerres éclater, et l'unité italienne se former ^

La discussion continua, le ministère se contenta d'un ordre du jour assez froid où la Chambre se bornait à prendre acte des déclarations faites par les ministres. La bataille reprit peu après sur les responsabilités encourues lors de la signature de l'armistice et l'acceptation de la médiation : sur la proposition de Cavour, l'examen de cette grave question fut confié h une

1. Sur les cfTorisde quelques Piéraontais, Valerio notamment, pour réaliser dfcs celte ^:p<tqiic line alliance italo-slave, cpr. Antonio An/.ilotti, Italiani e Jugoslavi nel Hisorqimento (Rome, 1922).

commission présidée par Gioberti et où Topposilion était en majorité ; ses propositions comportaient un blâme envers les ministres; Cavour, « presque chaque jour sur la brèche* », y opposa une motion de confiance et d'approbation ; un député du centre. Farina, déposa un ordre du jour moins cassant et que la gauche pouvait adopter : le ministère l'accepta, Cavour s'y rallia, la Chambre le vota par assis et levés à une forte majorité. Et la bataille parlementaire continua jour après jour, dans le tumulte des députés et des tribunes, amoindrissant sans cesse l'autorité du ministère.

Cependant la monarchie des Habsbourg subissait ailleurs des coups terribles : au début d'octobre, une seconde révolution avait éclaté à Vienne, le ministre de la Guerre avait été pendu, la Cour avait pris la fuite ; la Hongrie était en pleine révolte et ses soldats accouraient au secours des Viennois" ; devant une telle situation, le vieil empereur Ferdinand, fatigué de corps et plus encore d'esprit, était contraint à l'abdication en faveur de son jeune neveu François-Joseph, dont la longue vie fut une lente marche à l'enterrement de la vieille monarchie. Etait-ce dès lors la dislocation prédite par Cavour ? Mais l'Autriche trouva quelques hommes de guerre et d'Etat, Radetzki, Windischgraetz, Schwarzenberg, d'une poigne dure, sans scrupules, qui rétablirent, brutalement et rapidement, les destins de leur patrie ; Vienne est bombardée et reprise ; les Hongrois sont attaqués à l'ouest par les soldats autrichiens, au nord par les Russes, au sud par les Croates; Radetzki, sans argent, sans secours, accroît ses forces à coups de réquisitions et d'enrôlements. Et quand les puissances médiatrices proposèrent la réunion à Bruxelles

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