Chiala, Lettere di Cavour, t. I, p. HO
2. Sur ces événements, Emile Bourgeois, Manuel historique de Polilique étrangère, 4» éd. 1915, p. W-] et suiv., ?A?> et suiv.
d'une conférence pour discuter les affaires d'Italie, le cabinet autrichien sauta sur cette aubaine « pour se jouer de la médiation et ne s'en servir que comme d'un moyen dilatoire ^ » .
En Italie même, de graves événements se produisaient, comme pour entretenir et accroître l'émotion d'un pays déjà si troublé. A Rome, Rossi, grand serviteur du droit et de la liberté^, « le seul homme, s'il en était un, qui fût capable de rendre, sous un Pape, un gouvernement constitutionnel possible et de lui assurer une structure plus durable dans l'avenir' », Rossi était assassiné le 15 novembre ; huit jours après, le pape s'enfuyait sous un déguisement et se réfugiait à Gaëte dans le royaume de Naples. L'aimable Toscane était déjà nerveuse depuis quelque temps ; Livourne avait esquissé une insurrection *; à Empoli, Arezzo, on s'amusait à de petites émeutes; au lendemain de la mort de Rossi, les troubles s'étendirent, plus graves, à Florence; le chef du cabinet, Guerrazzi, fit la grosse voix, annonça en Jupiter tonnant qu'il allait frapper, mais avec quoi, il povero, il n'avait pas de troupes — fors les autrichiennes.
Ces nouvelles avaient leurs conséquences immédiates à Gênes, où l'émotion est prompte, même à Turin, dont les nerfs sont moins sensibles. Des groupes se formèrent devant la Présidence du Conseil, aux cris de : « Mort au ministère
1. Le général Perron au marquis Ricci, ministre sarde à Paris, M décembre 1848.
2. Sur le ministère Rossi, cpr. Giovagnoli, P. Rossi e la Revoluzione romana ; Ôertolini, P. RossineLla sloriadel Risort/imenlo; Pasolini, Memorie, t. I, passim, notamment p. 183 et suiv. : Oriani, La Lotla polilica, p. 445 et suiv.
3. Bolton King, qui est peu favorable à Rossi, Histoire de l'Unilé italienne, t. I, p. 296.
4. P. Orai, Dispacci, Leltere e Proclami di giorni assai agitati nella Storia Toicana dans la Nuova Antologia du 1" cet. 1923,
rétrograde ! Vive le meurtre de Rossi ! A bas la France cl l'Angleterre ! La guerre, la guerre ! » Ils furent facilement dispersés, se reformèrent le lendemain, se dissipèrent. Mais leur cri demeura : « la guerre* ! »
Ainsi, émeutes de Vienne ou insurrection de Hongrie, troubles de Toscane ou révolution de Rome, tout exerçait en Piémont une même influence belliqueuse. Le ministre de la Guerre, — il venait de changer, très heureusement, et c'était le général La Marmora — , faisait tous ses efforts pour apporter un peu d'ordre dans l'organisation militaire ; il n'y réussissait que médiocrement ; il n'avait pu décider nul général français à prendre le commandement des troupes sardes ; Bugeaud, Changarnier, nullement encouragés par Gavaignac, avaient refusé; le général suisse Dufour, habile tacticien dans la guerre du Sonderbund, pressenti, avait décliné ; il avait fallu placer à la tète de l'armée le meilleur Piémontais, Bava, en lui adjoignant comme chef d'Etat-major le général Chrzanowski, Polonais, inconnu en Italie, qui avait jadis guerroyé tantôt pour et tantôt contre la Russie, puis était devenu un fort stratège en chambre ; une tragique expérience démontra son insuffisance '\
Même la correspondance diplomatique se ressentait de cette atmosphère belliqueuse. « 11 est du devoir du gouvernement du roi, écrivait le Président du Gonseille 11 décembre 1848, de rappeler à celui de France que, quels que soient les obstacles que nous ayons à surmonter, quelle que soit la faiblesse à laquelle nous puissions être réduits, il est impossible au Piémont de ne pas recommencer la guerre, si la médiation est dans l'impuissance de nous faire obtenir une paix honorable