‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 44 sur 247 · Cpr. infra, p. 89 et suiv · texte numérisé non relu

Cpr. infra, p. 89 et suiv

dans un bref délai ^ » Mais lord Palmersion ne prodiguait que de bonnes paroles et de sages conseils ; la France, préoccupée de l'élection présidentielle, ne songeait point à intervenir ^ ; au contraire, en Piémont l'opinion publique, dans les grandes villes du moins, était toute à la guerre,

A ce moment, le ministère s'effondrait. Depuis quelques semaines, il donnait des signes de détresse; M. de Revel, très attaqué pour son action politique d'août, annonçait périodiquement sa retraite ; le roi Ciiarles- Albert, malade et inquiet, négociait sous main, a-t-on dit, avec les radicaux', en tous cas recevait des indications de Brofferio* ; à la Chambre, les tempêtes succédaient aux orages, les tribunes prenaient une charmante allure de clubs révolutionnaires ; finalement, le ministère glissa sur une « pelure d'orange », pour employer l'expression consacrée, une pétition des étudiants de Turin, et mis en minorité, donna sa démission le 3 décembre. « Il a parfaitement agi, écrivait Cavour. Attaqué avec une passion acharnée, mollement défendu, il ne pouvait plus faire le bien. C'est un malheur sous un certain rapport, car il serait difficile de trouver une réunion d'hommes aussi honnêtes et aussi courageux, mais il n'était pas à la hauteur des circonstances II n'y avait pas un seul homme politique '. »

Le roi fit appel à un député du Centre, Gioia, pour réaliser un ministère de concentration, puis à Massimo d'Azeglio, pour constituer un cabinet national : sur leur refus, il confia le pouvoir à Gioberti.

1. Le général l'crron au n)urquis Iticci à l'aris.dl décembre i848.

2. « La France ne veut pas intervenir et se f... de nous », avai-l écrit Cavour à K. de La Rue, le 4 octobre lSi8.

3. Bolton King, Histoire de l'unité italieinie. l, 280 et les références.

4. Urofferio, Storia del Piemonle, 5« pjirlic, p. 49. li Cavour ù K. de La Rtie, J dixembre 1818.

La chute du cabinet Perron, la formation du nouveau ministère tendaient dans la pensée de la majorité parlementaire à une double fin : à l'extérieur, affirmer une politique plus forte et plus fière ; à Tintérieur, amener le parti de gauche aux affaires avec un ministerio vcro democratico^ . Gioberti s'était imposé, parce qu'on [croyait tels ses desseins, prêt à déclarer la guerre en s'appuyant sur le parti démocratique : en réalité, il n'était déjà plus l'homme du jour, et il allait le démontrer rapidement. Fidèle aux idées qu'il avait exposées dans le Primato, il était partisan d'une fédération italienne sous la présidence du pape et depuis le mois d'avril, il avait travaillé en ce sens avec Rosmini ; en octobre, il avait réuni à Turin des notables de différentes villes pour poser les bases d'une confédération ^ ; or, la fuite de Pie IX, la révolution de Rome entraînaient l'effondrement de ce projet ; et jamais le parti démocratique et anticlérical n'accepterait le Saint-Père pour seigneur suprême. Gioberti prévoyait la guerre comme inévitable, mais sans en comprendre toutes les duretés et en préparer les minutieux détails. A l'intérieur, il voulait l'union de tous autour du roi : et il comptait sur un groupe politique qui ne rêvait que plaies et bosses, qui comprenait la guerre comme la fît la Convention, sans percevoir les différences de temps et de pays, Gioberti et son parti croyaient chacun l'autre différent de ce qu'il était : son ministère mourut en deux mois de ce malentendu.

1. Friodonsburg. Cavour, l. \, p. 325. Thayer, Life and Times of Cavour, t. I, p. 101. Orsi, Cavour and Ihe making of viodeni Ilaly, p. l2i'J ol siiiv.

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