‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 47 sur 247 · Cavour à Talleyrand-Périgord, 1" janvier · texte numérisé non relu

Cavour à Talleyrand-Périgord, 1" janvier

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de succès populaires, écrivait-il, mais uniquement à servir la cause de la raison et du bon sens... Je m'attends à tomber, dans une de ces crises, victime de nombreux ennemis, mais ce triste pressentiment ne m'empêchera pas de continuer avec toute l'énergie de mes convictions et avec toute l'ardeur dont je suis capable*. » Il avait des adversaires autant à gauche qu'adroite : car s'il avait, dans le Risorgùnento et à la tribune, foncé sur les démocrates, qui avaient désormais contre lui toute la force du pouvoir, il ne s'était point inféodé au parti clérical, se posant en adversaire des sacristies et des congrégations. « Les juifs ont déserté ma cause, mandait-il encore, et le curé d'une des paroisses de la ville a lancé hier une diatribe contre moi. » Il n'entendait pas moins lutter avec force pour la politique où il voyait le salut de son pays.

La lutte fut courte et ardente : à Turin, où il se représentait, Cavour avait pour concurrent Giovanni Ignazio Pansoya, une « obscure nullité » -, mais fortement soutenu par le « comité central électoral démocrate » que présidait Valérie ; et La Concordia écrivait : « En appelant Pansoya à l'honneur de la députation , Turin accomplira un acte de devoir civique » . Pour combattre un tel adversaire, Cavour n'avait point encore afflrmé suffisamment son libéralisme et l'ampleur de ses vues : il n'obtint que 206 voix. Pansoya fut élu avec 250.

Une douloureuse préoccupation apporta sa distraction au vaincu : à la veille du scrutin, était morte sa tante bienaimée, la duchesse de Clermont-Tonnerre, qui l'appelait « son déli(îieux » ; il avait, on Ta dit, géré et rétabli sa fortune, elle laissait tous .ses biens à ses deux neveux, Gustave et Camille,

1. Cavour à Talleyrand-Périgord, 1" janvier; à Vincenzo Maggi, 4 janvier 18i<J; (t K. (1.! La Rije.23 janvier I84ii.

2. De Mazadi!, l.e comte de Cavour, p. ."il. Cpr. Zanichelli, Cai'our. p. 1S.5.

et c'était justice ; mais celui-ci n'avait point attendu l'héritage pour parvenir à la richesse. Léri et ses dépendances étaient en plein rapport et sans cesse, par ses entreprises \ Camille avait accru son avoir; en cadet de famille, « suant sang et eau avant d'avoir acquis un peu d'indépendance », il avait fait lui seul sa fortune ; il pleura la bonne duchesse sans l'arrière-pensée du légataire palpant l'héritage. « Cette perte est bien cruelle pour nous, écrivait-il, car nous aimions notre t;mte comme une seconde mère ^.»

Son échec personnel ne lui fut point indifférent, certes, mais cet homme d'action n'était point pour les longues lamentations. « Exclu du Parlement, mandait-il à un ami, je continuerai à combattre dans la presse la cause de la modération et de la justice. Je n'abandonnerai pas le combat et il sera possible de faire résonner dans le pays la voix de la vérité. » Mais il se désolait en pensant que « l'esprit d'anarchie et de désordre triomphent pleinement dans nos élections. Presque tous les bons ont été écartés et se voient remplacés par des ignorants, des fanatiques, ou, pis encore, par de véritables coquins (birbanti) politiques... Le triomphe du ministère est complet, peut-être plus qu'il ne le désirait^ ». Et il allait se consoler à Léri, dans la bonne terre.

Le parti de l'aristocratie libérale mordait en effet la poussière : Azeglio, Boncompagni, PineUi, Sclopis suivaient Cavour dans son infortune. Le cabinet était même dépassé ; plus encore que la Concordia, son journal officieux, le grand vainqueur était le Messager, l'organe de Brofferio, et ce dernier Fallait bien montrer dès l'ouverture de la session. Le chef

1. La correspondance avec le banquier de La Rue en est pleine.

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