Rciset, Souvenirs, I, i
jusqu'à la mort pour l'honneur de son pays et l'avenir de sa maison.
A la Chambre des députés, la grande majorité voulait la guerre ; les membres de la gauche, élus en nombre aux dernières élections, inexpérimentés, enthousiastes de l'idée unitaire, en admiraient les beautés sans percevoir les périls de l'heure ; leurs chefs, Brofferio, Valerio, croyaient, malgré les déceptions de 1848, à la « levée en masse », au « torrent populaire », et voyaient déjà des légions armées, surgies du vieux sol de l'Italie à leur verbe éloquent, précipiter les Tedeschi hors de la Patrie ; les députés de la Savoie étaient très réservés ; Balbo et quelques modérés s'efïorçaient de calmer l'ardeur guerrière de leurs collègues : mécontent de son récent échec, Cavour ne décolérait pas contre « le parti lâche et imbécile », contre les ministres « hommes d'une colossale médiocrité * ». Mais les radicaux avaient la majorité, tenaient à la dénonciation de l'armistice, et, au début de mars, votaient une adresse engageant le roi « à rompre la trêve et à déclarer la guerre ». La Chambre était, d'ailleurs, appuyée, poussée par la presse démocratique et par les réfugiés, émigrés eu exilés de Lombardie, de Naples, voire de France, qui dans la guerre n'avaient rien à perdre, tout à gagnera
Les ministres ne résistaient pas; à la chute de Gioberti, le cabinet était demeuré, le roi avait simplement appelé au ministère des Affaires étrangères le marquis Colli, « homme éminemment conservateur », mais, quoiqu'en pensât Cavour,
1. Cavour au duc de Dino, 14 mars, à M"» Waldor-Villenave, 26 avril 1849 (sur la personnalité et la carrière littéraire de la destinataire, désignée dans Ghiaia, I, p. 413 et V, p. cccxxxiv comme M"» di' Villena\ e-Waldor, cf. Ruffini, Cavour e Madame Waldor et A. Luzio, Garibaldi, Cavour, Verdi (1924), p i.o3 et suiv. M. Ruffini démontre, p. 7:i, que l'importante lettre citée supra, t. I, p. 154-5, a été adressée par Cavour à M""» "Waldor- Villenave en 1838.