Marquise d'Azeglio à son flis, 14 mars
sans énergie : car il variait chaque jour, déclarant tantôt que la guerre était le seul moyen de sortir d'une situation intolérable, tantôt qu'elle aboutirait à un désastre et qu'il y avait tout avantage à attendre*; il ne trouva, lui, qu'un moyen d'en sortir, sa démission, laissant une tâche impossible à son successeur, M. de Ferrari, « homme d'un grand talent >>, mais qui « n'entendait pas grand'chose à la diplomatie^ ». Depuis le départ de Gioberti, « le ministère était un troupeau sans berger^ », à la remorque du parti avancé : les bergers suivaient le troupeau.
Sans doute, parmi les modérés, quelques-uns voyaient le péril d'une guerre sans alliés*; ils savaient que l'armée ellemême était découragée, sans illusions sur ses chefs, mal préparée à une lutte disproportionnée. Mais ces hommes de sens rassis étaient dépourvus d'influence, isolés dans leur propre parti, et Cavour s'en était séparé. Dans ses lettres intimes, il disait la nécessité de la guerre, « comme un moyen d'en finir. — Si nous avons un succès, ajoutait-il, je ne doute pas qu'on fasse la paix. Si nous sommes battus, le Roi abdiquera et nous payerons les frais de la guerre, et tout sera fini. Des deux manières, il nous en coûtera moins que de rester dans l'état où nous sommes... Quel qu'en soit le résultat final, je suis convaincu qu'il ne nous sera pas plus funeste que la prolongation de l'état actuel' ». Et le Risorgimento^ — « l'honnête Risorrjimento », à son tour entonnait la trompette guerrière.
Et le pays, celui qui paie les fautes de ses chefs? A l'ex-
1. M. de Bois le Comte à M. Drouyn de Lhuys, i! et 7 mars 1849.