Bianchi, Sloria documentata, VI, 122 et suiv
les deux jeunes républiques avaient trop à faire chez elles pour envoyer un seul soldat au dehors; à dessein ou par inadvertance, on omit à Turin de tenir exactement Venise au courant du plan de guerre*; Milan était sous la botte autrichienne et dans l'incapacité de bouger ; tout au plus pouvaiton espérer quelques mouvements populaires sur le lac de Côme et à Brescia.
De l'étranger, rien non plus à attendre. En 1848, le Piémont avait l'espoir d'un concours de la France ou de l'Angleterre; il avait d'abord écarté cet appui, pour fart da se, et, plus tard, aux heures d'angoisse, il l'avait sollicité. Et maintenant? Le 13 mars 1849, renouvelant de précédentes déclarations, M. de Bois le Comledisait tout net au nouveau ministre des Affaires étrangères, M. de Ferrari : « Le cabinet sarde est bien libre de reprendre les hostilités, mais il importe que cette détermination soit dégagée de tous éléments étrangers qui y seraient entrés... La France restera spectatrice impassible de la guerre, si le Piémont la déclare, et il ne peut compter sur son appui dans ce cas... Le gouvernement français sait qu'il existe dans ce pays des espérances de l'entraîner malgré lui dans la guerre... Si cette pensée a trouvé quelque accès dans les Conseils du gouvernement sarde, il est dans une grande illusion que je dois dissiper par tous les moyens possibles^ » Au nom du gouvernement anglais, M. Abercromby faisait de pareilles déclarations, qu'il rappelait à la veille même du combat.
Dans de telles conditions, pour le Piémont la guerre était une folie\ Oui; mais une folie (pii ne manquait ni de grandeur
\. Pepc, Itévolulions d'Italie, p. 216. l'iS.
t. M. de Bois le Comte; au ministre des Affaires étrangères, \'.\ mars 184U.
.3. Imprudentissima, écrit Cavoiir, (jui en était partisan : à Saivagnoli, f> ni.us 184'.».
ni d'héroïsme. Un petit peuple se jetait, seul, sur un puissant adversaire, pour cette double et noble idée : Patrie et Liberté. Il savait combien minces étaient ses chances de succès, mais il voyait son honneur et son avenir engagés dans cet acte que condamnaient les raisonnables et les prudents : il s'y lançait hardiment. C'est ainsi que se lont grandes les petites nations.
Encore eût-il fallu n'agir qu'en préparant tout, fortement; et le gouvernement en avait eu le temps pendant sept mois d'armistice, alors que depuis plusieurs semaines la guerre apparaissait comme certaine. Peu d'argent, une armée sans cohésion, des chefs sans décision : tel était l'apport du Piémont dans cette tragique partie*. Sans doute, sur le papier, les forces des belligérants étaient égales, 90 à i 00. 000 hommes de chaque côté; mais les effectifs sardes étaient gonflés outre mesure d'hommes inaptes ou non instruits, les officiers manquaient et une promotion de quatre cents lieutenants leur parvint sur le champ de bataille; l'intendance, les remontes, le service de santé, tout était défectueux; faute d'un grand chef français, Bugeaud ou Changarnier, on avait pris un Polonais, Chrzanowski, qui inspirait confiance à tous, même à Cavour-, mais qui se montra aussi médiocre dans la préparation de son plan de bataille que dans l'exécution; et surtout manquait la force principale des armées, la confiance des soldats en euxmêmes, dans leurs chefs, dans la victoire.
1. Sur les causes de la défaite de Novare, lire les pages pénétrantes de RufQni, Viltorio-Emanuele II (Milan, l'JlS).
â. « J'ai foi dans les talents de notre véritable général en chef », écrivait Cavour au duc de Dino le 14 mars 1849. « J'ai bon espoir, car je crois dans la capacité de Chrzanowski », ajoutait-il à de La Biie, le 20 mars. Cpr. supra.
En face d'eux, se dressait l'armée autrichienne, réduite par les troupes qu'elle devait laisser devant Venise, à Brescia où elles eurent à mater une insurrection héroïque ', dans la région de Gôme qu'elles intimidèrent, — en tout 60.000 hommes de bonnes troupes, fiers et forts de leurs succès passés, tenus en haleine tout l'hiver par des chefs expérimentés et fermes, commandés par le vieux Radetzki, trapu, solide, audacieux, et par des généraux pleins de mordant et d'initiative*. En vérité, « les deux armées étaient dans des conditions trop différentes pour que le succès fût douteux * » .
Le 7 mars, Charles- Albert et ses ministres étaient décidés à la reprise des hostilités : d'après les termes de l'armistice, les gouvernements devaient prévenir de sa rupture huit jours à l'avance; ondiscutadu jour, quel'onfîxad'abordaulOmars, anniversaire de la révolution à Milan, et que l'on trouvait d'un heureux augure*, puis que l'on prorogea au 12, pour éviter des jours de fête, sans comprendre que chaque retard permettait à l'adversaire de mieux soigner sa préparation. Le département des Affaires étrangères rédigea la dépêche, destinée à annoncer la dénonciation de l'armistice aux puissances étrangères, à l'Angleterre et à la France en particulier ; certes les motifs ne manquaient point pour étoffer une telle déclaration* : dureté de la répression en Lombardie, refus de rendre le parc de siège de Peschiera, blocus de Venise ; on ne pou-
1. Masi, Nell' Ottocenlo, p. i81, sur le livre d'A. Upoletti, Brescia nella Rivoluzione de iS4S-49. A Luzio, llaynan, dans Garibaldi, Cavour, Verdi i924, p. *()5 el suiv.
2. Très suggestif est un tableau représentant Badetzki et son état-major sur It^ champ de bataille de Novare, conservé au musée du Risorgimento, k Milan.