Supra, t. I, p. 131 et suiv
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le pont de Pavie, et alors que le roi de Sardaigne faisait buisson creux au pont de BufTalora, lui-même franchissait le Tessin au sud et bousculait à La Gava les minces contingents placés en surveillance par Ramorino ; pu is il avance vivement ses troupes en éventail ; le lendemain, 21, elles rencontrent en deux points les soldats piémontaisque Ramorino, — ahuri, disent ses défenseurs, traître, a prononcé la justice ' , — laisse sans ordres ci sans cohésion; à La Sforzesca, les Savoyards, rudes gars, prennent quelque avantage ; mais à Mortara, le combat s'engage ardent, traversé par alternatives de revers et de retour de fortune"^ ; d'Aspre, le général autrichien qui commande le groupe du nord, s'est lancé avec tant de fougue qu'il s'est heurté aux divisions du général Durando et du duc de Savoie; repoussés d'abord, les Autrichiens poussent à leur tour, reçoivent des renforts, avancent leur artillerie, précipitent au soir tombant leurs ennemis dans Mortara et les y poursuivent à la baïonnette ; un combat de rue s'engage dans l'obscurité, où chacun tire du fusil, pousse de l'épée, sans savoir s'il atteint ami ou adversaire. La nuit ne peut que couvrir la retraite désordonnée des troupes sardes.
Le roi et Chrzanowski avaient assisté au mince succès de La Sforzesca ; la défaite de Mortara les frappa, comme d'un coup de massue. L'échec était rude, réparable peut-être, par un effort d'énergie et de précision. Le général donne ordre aux troupes de se concentrer sous les murs de Novare, sans craindre d'être tourné à l'ouest et coupé de sa retraite sur Turin. La journée du 22 s'écoule en instructions contradictoires et en manœuvres confuses; les soldats de
1 . Il fut condamné à mort par un conseil de guerre et fusillé.
2. Au récit des hisloriens italiens, de Reiset, de la Légation de France, on doit joindre utilement le rapport de Benedek qui commandait une brigade. Denedeki Nachgelassene Papiere, p. Ii9 et suiv.
Sardaigne arrivent en désordre devant la ville, fatigués et déprimés ; les services de l'intendance et de santé fonctionnent mal, les distributions de vivres sont insuffisantes, déjà s'infiltrent dans Novare les blessés, les affamés et les lâches. Pendant que l'armée piémontaise se groupe comme un troupeau devant la barrière de l'étable, et se décourage, Radetzki réunit toute son armée pour porter le coup suprême.
Le 23 mars, au matin, sous un ciel humide et nébuleux, s'engage la bataille décisive *. Les Piémontais se sont concentrés autour d'un hameau, la Bicocca, à quelques kilomètres au Sud de Novare : ce sera le centre du combat, défendu, attaqué avec un pareil acharnement. Les Autrichiens y concentrent leurs feux en rayons convergeant tous au môme point, et plus encore qu'à Mortara, la lutte donne à chaque armée l'alternative du succès et de l'infortune. Les fils du roi, l'héritier, duc de Savoie, le puîné, duc de Gênes, combattent en vrais et braves militaires; autour d'eux tombent les soldats avec les officiers, le général Passalacqua, le général Perrone, trois mois auparavant Président du ConseiP. Mais, vers le soir, les Autrichiens multiplient leurs attaques, et les Sardes ne peuvent que répéter la phrase de désespoir : « Ils sont trop » . Ils prennent définitivement la Bicocca, poussent encore, et les soldats italiens refluent en désordre sur Novare : alors là, pris de faim, de peur et de colère, ils pillent au hasard '. C'était le désastre.
1. Le récit de Reiset, p. 268 à 304, est d'autant meilleur que le secrétaire de la Légation française visita le champ de bataille trois jours après.
2. Supra, p. 60. Il ne mourut de ses blessures que trois jours plus tard à Novare.
3. M. de Reiset au ministre des Affaires étranj?ères, 31 mars 1849, Archives des Affaires étrangères. M. de Reiset ajoute dans ses Souvenirs, qu'il tient ce récit du roi Victor-Emmanuel lui-même qui le lui fit lors d'une visite nocturne à son domicile. Il est peu probable que le roi, rentré à Turin dans la nuit du 26 au 27, ait eu le temps dans les trois jours de visiter en ami le secrétaire de la Légation de France; M. de Reiset ne revint
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Pâle, froid, impénétrable, Charles-Albert s'était rendu, aux heures dernières du combat, sur les points les plus exposés ; comme Napoléon à Waterloo, il cherchait la mort, mais ne la trouva point. Il envoie un de ses généraux, Cossato, en parlementaire auprès de Radetzki pour demander les conditions d'un armistice. Elles sont dures, excessivement, et le visent personnellement. Il a perdu la bataille, et la guerre, définitivement. Pour sauver la couronne de Savoie, il doit l'abandonner et disparaître. Le soir même, au palais Bellini, il réunit en conseil de gouvernement ses fils, ses généraux, Cadorna ministre délégué à son grand quartier. Il leur dit : « La fortune a trahi notre courage et nos espérances. Notre armée est dissoute, il serait impossible de prolonger la lutte ; ma tâche est accomplie et je crois rendre à mon pays un important service, lui donner une dernière preuve de dévouement en abdiquant la couronne en faveur de mon fils, Victor- Emmanuel. » Les princes, les officiers, Cadorna, tentent d'ébranler sa résolution. « Je ne suis plus votre roi »,répliquet-il, et il se retire. Dans l'émotion générale, Cadorna ne pensa point à dresser un acte écrit de l'abdication, à recueillir la signature de celui qui déposait la couronne. Pour calmer les scrupules et les doutes de l'opinion publique, il fallut qu'en Espagne un notaire campagnard rédigeât en jargon d'étude l'acte par lequel Charles-Albert, roi de Sardaigne, remettait à son fils le destin de son peuple '.
lui-mômo à Turin que le 27 ou le :28 et c'est à Novare qu'il recueillit les éiémenis de; son très int('>ressant récit. Cpr. Scalchi, Storia délie tpierre d'italia dut 18 marzo 1848 al 28 aqos. IS-iU. Enfin Degli Alborli, L'annislizio di Sovara {i!6 inars 1S4'J) dans la Hassef/tui Slorica del liisorqimento, 1918, I». 3.JO et suiv. donne un iin|)orlanl rapport du soiis-rhef d'iMatmajor, Cassato, qui complète la publication ofdcielli' de l'K. M., Relazioni e r(i}if)orli finali sulla Campuf/tta <lel 18i'J iieW Alla Ualia;c\ la lettre de Cadorna. ministre des cabinets Uioberti et Chiodo (publiée en 188'J), Lellera sui fatti di Sovnra del marzo 1K'.'J.
i. Tolosa, 3 avri! IS4'J. Archives </«?>• Affaires étramjères. Sardaigne,
Dans la nuit, vers une heure, une voiture basse s'arrêtait devant le palais Bellini, siège du grand quartier. Enveloppé dans son manteau gris, un homme de haute taille s'y glissa, et partit pour l'exil. Il traversa les lignes autrichiennes, probablement reconnu au passage, mais respecté dans son incognito, puis ses Etats, puis la Fronce, puis l'Espagne, et parvint le 20 avril à Oporto. Malade de corps, épuisé d'esprit, il traîna trois mois un souffle de vie : le 28 juillet 184-9, il n'était plus.
Certes, il n'avait été qu'un berger incertain et malheureux dans la conduite de son troupeau : le métier de roi veut de la chance. De là le cri de douleur poussé par Cavour : « Cet liommc fatal était destiné à ruiner son pays dans toutes les hypothèses \ » Parole injuste et que l'histoire a revisée, car Charles-Albert avait donné à son peuple des codes et un statut qui demeurent, il avait relevé fièrement la tète au moment de Ferrare; il avait, en 1848, compris que sa patrie, celle de tout Italien, n'était point seulement le petit Piémont, mais l'Italie entière, et il avait rêvé l'unité nationale que son fils réalisa ; en 1849, il avait marché sus à l'ennemi et tombait en soldat. Son peuple oublia ses incertitudes et ses faiblesses pour ne se souvenir que de ses aspirations et de sa vaillance dans les combats. Un cri de douleur salua son départ; le Parlement vota une adresse de sympathie et l'érection de sa statue en signe de reconnaissance au courage malheureux"'.
t. CCCXXIV, f» 228. Cpr. Costa de Beauregard. Dernières années de Charles- Albert, p. 510.
1. Cavour au duc de Dino, fin avril 1849. Cpr. à M-"» Waldor-Villenave 26 avril 184'J.
'2. Des critiques italiens considérables m'ont reproché d'avoir méconnu dans mon premier volume le caractère de Charles-Albert et d'avoir été à son égard d'une sévérité exagérée. La politique, si complexe, de ce monarque, a été étudiée ces dernières années par de nombreux historiens en Halle. Masi, Patetta, Perrero. Vayra, Luzio, Gappelletti, Ciasca. Arturo
Cavour. — ii. 7
La disparition d'un roi n'arrête point le cours des événements. Le premier devoir du nouveau monarque était de solliciter un armistice de son vainqueur. Avec cette brusquerie nuancée de finesse, trait de son caractère, Victor-Emmanuel résolut d'accomplir en personne cette tâche pénible ^ : c'était bien vu, car le maréchal Radetzki fréquentait assidûment chez l'archiduc Rénier, beau-père du prince, qui espérait avoir ainsi quelque prise sur lui ; dès le 24, Victor-Emmanuel partit de Momo, — où il s'était retiré, — à cheval, accompagné d'un simple peloton, pour le nouveau quartier de son adversaire à Vignale, près de Novare ; le vieux soldat s'empressa à sa rencontre, accueillit le royal visiteur avec une déférente affection, mais n'adoucit que médiocrement les conditions auxquelles il suspendait la cessation des hostilités : les Autrichiens devaient occuper le territoire situé entre le Pô, le Tessin et la Sesia, tenir garnison mixte à Alexandrie avec les troupes du Piémont, dont les navires de guerre devaient quitter l'Adriatique dans un délai de quinze jours ; l'armée sarde serait réduite « sur le pied ordinaire de la paix dans le plus bref espace de temps ».
Segre, Gallavresi, etc.. et elle a été l'objet d'un remarquable travail en Sorbonne de M. C. Vidal, Politique nationaliste de Charles-Albert, 1S4S-1SÂS (encore inédit). Je reconnais volontiers que dès avant 1840, le « secret du Roi » a été de libérer lltalie et de reprendre la mission historique de la maison de Savoie. Il détestait l'Autriche, qui avait voulu l'évincer du trftne, qui l'humiliait k chaque occasion, qui dominait avec superbe dans toute la péninsule. » Je mourrais bien heureux, écrivait-il le 6 août 1840, en bénissant le Seigneur, si je pouvais gagner di.x batailles pour une cause que je sais. « La querelle sur les taxes douanières des vins, les conflits à propos des voies ferrées, surtout le « coup de Fcrrare « ont exacerbé sa haine. Mais il ôtali isolé en liurope, en Italie, dans son propre royaume ; il n'était pas de ces hommes qui forgent leur destin ; il « attendait son astre » ; dès qu'il crut parue l'étoile, il partit en guerre, avec décision, et s'il manqua de force, de « poigne », si la fortune lui fut contraire, il osa du moins risquer sa vie et sa couronne pour son idée, qui était l'affranchissement national. En ce .sens, il peut être tenu pour « l'initiateur û\ï Hisorgiinento a (Perrero. Gli uttimi reati di Savoia. p. d70^.
1. A. Oegli Alberti, L'armisliziodiNovara, dans la Rassegna storica, loc. cit.
Radetzki aurait désiré davantage, il insinua que le gouvernement autrichien serait favorable à un accroissement du territoire piémontais si le monarque consentait à revenir au régime du gouvernement absolu et à reprendre la bannière d'azur au lieu du drapeau tricolore, symbole de Vltalia una\ Victor-Emmanuel écarta avec fermeté ces insinuations et avec raison, car aies accepter il eût risqué la iin de sa dynastie. Quant aux conditions de l'armistice même, l'état de l'armée sarde ne permettait pas de les décliner, quelques dures fussent-elles. Le 26 mars, Victor-Emmanuel et Radetzki signaient la convention de Novare.
A Turin, « tout le monde était dans l'anxiété- » ; à l'optimisme que Gavour reflétait dans sa correspondance, une sourde inquiétude succéda dès le 21 mars, par l'absence de nouvelles d'abord, par de vagues renseignements ensuite, « petits vents qui rasaient terre », précurseurs de l'orage. Le 25, les bulletins de l'armée, — les communiqués, — étaient peu clairs, mais on pressentait « qu'il avait dû se passer quelque chose de terrible, que nous ne savons pas encore et qui nous rend comme des âmes en peine ^ » . Bientôt fut connue la bataille de Mortara, qui ouvrait aux Autrichiens la voie de Turin * ; aussitôt chacun de faire ses préparatifs de départ, les
i. Massari, Vita di Vittorio Emanuele, p. 25 et suiv.