Marquise d'Azeglio à son fils, 23 mars
4. Le Président da Conseil pria MM. Bois le Comte et Abercromby de se rendre au quartier général autrichien pour demander la suspension de la marche sur Turin ; à leur arrivée, Radetzki leur répondit, narquois, qu' « il avait traité directement avec le Roi ». Archives des Affaires étrangères.
ministères d'évacuer leurs archives sur les forts des Alpes, les ambassadeurs de prendre les instructions de leurs gouvernements ; et tel député, grand vengeur de l'honneur national, une semaine auparavant, crut prudent de prendre du champ. Le 25, la nouvelle des tragiques événements du 23 arriva pnr la bouche plébéienne d'un valet de chambre, envoyé à cheval par l'ancien roi pour préparer son long voyage ; et bientôt on apprit le désastre de Novare, l'abdication de Charles- Albert, la suspension des hostilités. La stupeur paralysa la première indignation ; quelques ardents parlaient de résistance héroïque, mais la population ne désirait que l'ordre et la paix ' . Victor-Emmanuel rentra dans sa capitale au cours de la nuit du 26 au 27 mars, en petit équipage, presque en cachette, comme en était parti son père, deux semaines auparavant. Le lendemain matin, il passa sur la place du Château en revue la milice nationale et reçut son serment ; triste cérémonie, car la milice représentait la nation, qui faisait retomber sur la couronne la responsabilité de ses propres malheurs : pas un applaudissement, pas une marque d'affection, mais une froide réserve, bien éloignée de l'accueil chaleureux que le peuple turinois réserve habituellement à ses princes. Pendant la revue, on affichait la proclamation du roi à son peuple où il demandait « l'efficace concours de tous », et affirmait que « notre tâche doit être maintenant de tenir haut l'honneur du pays, de panser les blessures de la fortune publif|ue, de consolider nos institutions constitutionnelles ». Mais l'amertume et riiiimiliiition de la défaite étaient trop récentes pour qu'on rendît déjà hommage aux efforts de ce jeune monarque. Un homme de « juste milieu », comme (faveur, passait à une critique acerbe la monarchie autant que le parti au pouvoir et reniait