‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 7 sur 247 · Brofferio, loc. cit., p. 64 et suiv · texte numérisé non relu

Brofferio, loc. cit., p. 64 et suiv

2. Raulich, Risorgimenlo, III, !k?A. Cpr. Treitschke. Cavour dans les Hisiorische und Politise lie Aufsàtze (o« éd., 1886), t. Il, p. 282.

A ce moment une voix s'élevait dans le même dessein, et qui représentait vraiment l'opinion publique : Cavour publiait le 23 mars dans le Risorgimento un article enflammé sur « Y Heure suprême de la monarchie savoisienne..., l'heure des fortes délibérations, l'heure dont dépendent le destin des empires et le sort des peuples. En présence des événements de Lombardie et de Vienne, l'hésitation, le doute, les retards ne sont plus possibles ; ils feraient la plus funeste des politiques. Nous, hommes d'âme froide, habitués à écouter plutôt les avis de la raison que les impulsions du cœur, après avoir pesé chacune de nos paroles, nous devons en conscience déclarer : une seule voie est ouverte à la nation, au gouvernement, au Roi : La guerre ! La guerre immédiate^ sans retard. Nous sommes dans des conditions telles que l'audace est la craie prudence, que la témérité est plus sage que la retenue. » Et cet homme de juste milieu, d'un tempérament réservé et mesuré, était emporté par la fièvre patriotique, comme soulevé d'un saint enthousiasme, finissant par déclarer que toute autre politique que la guerre « couvrirait d'ignominie la nation, et ferait peut-être crouler l'antique trône de la monarchie savoisienne au milieu de l indignation des peuples frémissants^ ».

Peut-être avait-il hésité, lui aussi, car la guerre entraînerait à son préjudice des pertes telles qu'elles pouvaient le ruiner" ; mais des sentiments nés depuis longtemps dans son Ame fière, développés par les réflexions et les études de ses dernières années, avaient brusquement fait explosion : il n'était plus ({u'Italicn.

Le juur môme où paraissait cet ai'licle, était dévoilée par le

i. L'article est reproduit dans Chiaia, l.eltere di Cavour, t. I. p. 99 et suiv. ; les parties en italicjiips ont i'Xk mises ainsi par Cavour. 2. Cavour à. Kmiie dr La Rue, \*', 8, 17, 23 mars.

roi la « résolution suprême ». Dans la journée deux nouveaux délégués étaient arrivés de Milan, et en entrant au Palais pour adresser un nouvel appel au patriotisme du roi, ils disaient à haute voix : « Nous avons fait une grande révolution et vous allez faire une grande guerre ». Leur accent chaleureux, leurs récits, le vœu de deux peuples unis dans une même espérance enlevèrent les dernières hésitations de Charles-Albert qui se décida soudain, avec une sincérité indiscutable' et une fermeté qui ne se démentit plus. En sortant du Conseil, il annonçait aux Milanais son intervention prochaine en Lombardie. La foule s'amassa sur la place du Château. Des heures passèrent. Vers minuit, la porte d'un balcon s'ouvrit, des torches parurent, enfin le roi : à ses côtés étaient des délégués lombards ; alors il prit sur l'un des Milanais une écharpe aux trois couleurs italiennes, et longuement l'agita au-dessus de la foule qui l'acclamait. Le sort était jeté. Le lendemain, les habitants de Turin lisaient, affichée sur les murs, une très courageuse proclamation de Charles-Albert annonçant à son peuple que « les destins de l'Italie s'accomplissent », aux populations de la Lombardie et de la Yénétie que les armées piémontaises viennent leur porter « ce secours que le frère attend de son frère », à l'Italie entière que « Dieu Ta mise en état de pouvoir se suffire à elle-même ». Les représentants étrangers à Turin, fors le français, recevaient une note pour leur exphquer l'intervention par la crainte « des tendances répubhcaines d'une partie de la population lombarde », et la légitimer par « le service rendu à la cause des monarchies européennes en dominant le mouvement pour arriver à le maîtriser* ». Mais le ministre autrichien ne se

1. Ernesto Masi, Il Risorgimenlo (Florence, 1917, ouvrage posthume terminé sur les notes de l'auteur par V. Fiorini), t. 11 p. 235 et suiv.

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