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M. d'Azeglio au comte Gallina, k Paris, 9 mai

dent donne des assurances de sagesse et de conciliation ; le comte Balbo est envoyé à Gaëte, où s'était réfugié le pape, pour « inspirer à Sa Sainteté des idées de modération et de sage liberté ' » ; plus difficile était la reprise des négociations avec l'Autriche, queretai'da encore une grave maladie du roi; les diplomates ne reprirent contact qu'au début de juin.

Pendant ce mois d'interruption diplomatique, le cabinet de Vienne avait lancé de temps à autre quelque nouvelle exigence comme pour énerver l'adversaire : tantôt il se disait en droit de réclamer une renonciation formelle du roi à toute prétention sur le royaume lombardo-vénitien" ; tantôt il exerçait des poursuites en conseil de guerre contre des Piémontais qui avaient, dans la province d'Alexandrie, entretenu des relations suspectes avec des soldats autrichiens; un jour, il donnait aux ducs de Parme et de Modène de bonnes paroles, fort dangereuses pour le Piémont; et à l'occasion il faisait annoncer qu'à aucune condition il n'accepterait une indemnité de guerre inférieure à 200 millions.

Cependant le 8 juin un diplomate autrichien, M. de Brenner, aussi souple et aimable que M. de Bruck était raide et désagréable, arrivait à Turin, non pour traiter mais pour sonder; déjà le journal de Cavour insinuait avec une maladresse probablement voulue, que l'Autriche abandonnait partie de ses prétentions ; la Hofburg ne concédait rien, mais elle voulait savoir si l'heure était venue de reprendre les négociations, et, à cet égard, Brenner réussit dans sa mission ; le gouvernement sarde se déclarait prêt à traiter, en élevant le chiffre de l'indemnité proposée par lui, mais demandait l'évacuation d'Alexandrie pour prix de cette concession. Radclzki et de Bruck se montrèrent celte fois bons princes : le 18 juin

\. M. de Bois le Comte an miniblre des Affaires 6t^ang^^es, 18 mai 1K4!». 2. M. Urouyii de Uiuys à M. de Bois le Comte, 2 mai 18»<}

les troupes sardes rentraient solennellement dans Alexandrie abandonnée de la veille par les soldats autrichiens.

Ainsi s'engagea à Milan la seconde phase des négociations. Elle dura près de trois mois, difficultueuse, traversée d'incidents, de menaces autrichiennes, parfois de scènes violentes S car les questions étaient nombreuses et épineuses; la Lombardie avait été déclarée par une loi sarde territoire national, il y fallait renoncer législativement ; le gouvernement piémontais était engagé d'honneur à obtenir l'amnistie des patriotes lombards, il en faisait un cas de rupture "", tandis que les Autrichiens refusaient de faire aucune promesse dans le traité, mais se décidèrent au dernier moment à une amnistie spontanée ; le cabinet de Vienne voulait des garanties contre la naturalisation des Lombards en Piémont, les diplomates sardes n'acceptèrent aucune disposition à ce sujet ; les diplomates autrichiens avaient été chargés de traiter au nom et dans l'intérêt des ducs de Parme et de Modène et dans des conditions humiliantes pour le Piémont, il fallut trouver un texte de transaction ; enfin et surtout l'indemnité de guerre fut disculée, disputée, marchandée, au jour le jour, l'Autriche prétendant à un chiffre qui aurait mis le Piémont en faillite, malgré le concours du baron de Rothschild accouru en consultation ^ ; la France intervint, engageant chaque partie à céder, pressant sur l'Autriche avec insistance, et, à la fin de juillet, on tomba d'accord sur la somme de 75 millions. Le 6 août, enfin, était signé le traité qui rétablissait « paix, amitié et bonne intelligence » entre les deux adversaires.

1. Voir la dépèche du 21 juillet 1849, citée par Reiset, Mes Souvenirs, 1. 1, p. 363 et suiv.

2. Emmanuel d'Azeglio au prince Louis-Napoléon, 25 juillet 1849; BoUéa, Una « sillage » di Lettere del Risorgimento (1919), p. 17.

3. Sur les détails financiers, voir les lettres de Cavour à son banquier Emile de La Rue, 11 juin 1849 et suiv.

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Paix? peut-être ; amitié? non, ni de la Sardaigne, ni même du côté de l'Autriche; celle-ci n'avait point satisfaction, car elle avait pu battre son ennemi, non l'humilier, — l'écraser de lourdes conditions sans lui arracher son régime de liberté et son indépendance ; et en cela, elle était ^■aincue : « Il ne faut pas, écrivait sans cesse l'envoyé de France, oublier que le Piémont est le seul pays qui ait résisté aux Autrichiens en conservant l'ordre,... le régime constitutionnel' », — sa liberté.

La paix était rétablie sur la frontière, non à Tintérieur du royaume. Deux guerres, une année d'émotion, la déception née de deux défaites, la révolte de Gênes, la division des partis, la brusque naissance à un régime nouveau, tout avait troublé profondément le pays. Parmi ses meilleurs citoyens, beaucoup se décourageaient de la politique, — on a dit les hésitations d'Azeglio, — etc'étaitun nouveau dangerpourlacliose publique. Au début de mai, Cavour traversa une crise morale où il pensa se retirer à Léri, tout abandonner même son enfant chéri, le Hisorgimento". « Ma retraite, loin de faire tort nu journal, écrivait-il à Castclli, lui sera très utile, en lui enlevant ce vernis d'aristocratie qui le rend impopulaire auprès des ignorants et des niais... Il m'est impossible de ne pas m'apercevoir qu'à tort ou à raison mon nom soulève une toulo de préjugés et de passions qui nuisent à la cause que je voudrais servir. Mes ennemis ont travaillé à me rendre émi-

1. .M. de Bois le Comle au minisire de.s Affaires étrangères, 3 juillet. i octobre, 26 décembre 4849.

!!. Il païjsa de-? < i-lte époque à son ami Caslelli la direction dujourncil qui Fusionna avec la Sazione.

nemment impopulaire, et ils y ont réussi au delà de leurs espérances. Mes amis politiques n'ont rien fait pour réhabiliter mon nom ; au contraire, ils ont admis mon impopularité comme un fait accompli. » Et il annonçait qu'il « abandonnait momentanément le champ de bataille », pour se livrer à des travaux économiques « à l'abri des coups ^ ». Mais à ce moment, d'Azeglio prenait la Présidence du Conseil et donnait aux affaires publiques une forte impulsion ; la période électorale s'engageait ; des amis firent honte à Camille de son découragement : prompt à la décision, il « quitta sa retraite pour rentrer dans le tourbillon de la politique'^ ».

Le « pauvre Maxime », comme se désignait d'Azeglio en souriant, était pris dans les tenailles des deux extrêmes : à gauche, un parti remuant, bruyant, avec les objurgations de Brofferio, de Valerio, leurs appels à la levée en masse et aux mesures intransigeantes ; à droite, le groupe de la réaction, peu nombreux mais ayant ramification, accès dans tous les évêchés, dans beaucoup de palais et jusque dans la famille royale, insinuant, habile, pessimiste et qui chuchotait que seul un coup d'État rétablirait le calme dans le royaume. Entre les deux, le parti libéral sur qui le Président du Conseil s'appuyait était quelque peu ahuri et flottant.

D'Azeglio ne perdit pas son sang-lroid, se montra ferme sans brutalité, restreignit les ardeurs des clubs sans les dissoudre, calma la presse sans supprimer sa liberté, et, — c'est une qualité politique, — dura.

Le décret de dissolution n'avait point fixé la date des élections parce que, tout en restant dans les délais constitutionnels, le roi et ses ministres espéraient que le calme se rétablirait

1. Cavour à Gastelli, mai 1849, de Léri. Castelli, Il conte di Cavour, p. 435.

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