Cavour à Emile de La Rue, 27 mai
iU CAVOUR
dans le pays* et que le traité pourrait être signé avant la réunion des collèges, comme le leur conseillaient vivement les envoyés de France et d'Angleterre. Mais les négociations se prolongèrent et de nombreux incidents, dont le premier l'ut la révolte de Gênes, maintinrent l'agitation et l'inquiétude dans le pays. La gravité de la question financière pesait lourdement sur les affaires et suscitait un malaise général : le ministre des Finances, Nigra, cherchait partout des crédits, jusqu'en France et en Angleterre, secondé par Cavour dont la compétence et les relations dans ces deux pays servaient précieusement son pays : Camille n'oubliait point d'ailleurs de prendre dans les emprunts de larges participations.
La marche des troupes françaises sur Rome, le siège, le bombardement, la prise de la Ville deux fois sacrée, causaient à Turin et à Gênes une violente colère ; des groupes parcouraient les rues, criant : « A bas la France ! Vivent les républicains romains ! » Les brutalités des Autrichiens à Livourne et à Florence ; le siège de Bologne, puis d'Ancône ; l'isolement de Venise, qui toujours résistait ; la dure réaction dans le Napolitain et les persécutions en Sardaigne, tout contribuait à surexciter l'opinion publique en Piémont ; déjà le parti radical annonçait, et à juste titre, que les douzièmes provisoires étant votés pour un semestre seulement, le l" juillet nulle recette ne pourrait être recouvrée, et Brofferio proposait de déclarer traître à la patrie tout percepteur qui exigerait l'inipôl après cette date-. On ne pouvait retarder la consultation du pays; les électeurs furent convocjués pour le 45 juillet, avec scrutin de ballottage le 21 .
La campagne ne fut pas moins ardente qu'en janvier ;
i. Massari, Vilforio Emunuele, \^. 4i: M;i.>^i, Il liisonjimenlo italiano, t. II, p. 439.
2. Bois \c Comlc au ininisirc des Affaires étrangères, 2 juillet \m>.
Cavour, qui se présentait dans deux circonscriptions, à Turin 1" arrondissement et à Finalborgo en Ligurie, était vivement combattu par la Concordia qui lui opposait à Turin le général Campana et en Ligurie... l'ex-roi Charles- Albert. Les derniers combats électoraux s'engagèrent sur les incidents, alors très vits, des négociations diplomatiques.
Parmi les amis de Cavour, les pronostics étaient sombres ; on reprochait au Président du Conseil de trop se montrer à cheval sur le Corso et le soir au théâtre, au ministre de l'Intérieur de faire le « finot » ^ et de craindre de se compromettre, à tout le cabinet de manquer de vigueur et d'ardeur au travail. D'honorables douairières prophétisaient l'abomination de la désolation. Aussi les premiers résultats surprirent-ils agréablement les conservateurs modérés ; à Turin leurs candidats étaient élus, dont Cavour, « à une assez belle majorité ». Mais il apparut bientôt qu'en province les « rouges »" dominaient : tous les chefs du parti radical « passaient ». Dans l'ensemble, l'Assemblée revenait à peu près intacte, à peine un léger avantage pour la minorité conservatrice libérale. « Dans la nouvelle Chambre les soi-disant démocrates auront une supériorité numérique non douteuse, écrivait Cavour. 11 est encore incertain s'ils se prévaudront de cette supériorité pour abattre le ministère. Ma seule espérance est dans la sagesse de nos adversaires. Si elle est déçue, le pays devra choisir entre la honte (vergogna) d'une seconde édition du ministère Rattazzi ou un coup d'Etat*. » Et ailleurs, il renouvelait cette opinion que si l'opposition ne se montrait pas
1. Marquis et marquise d'Azeglio à leur fils, 18 juin et 30 juillet 1S49. Le marquis était le frère aîné de Maxime.
2. Cavour à Emile de La Riie. 16 juillet 1848. Il était en ballottage à Finalborgo ; élu au second tour, il opta pour le siège de Turin.