‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 86 sur 247 · Masi, Il Risorgimenlo, II, p · texte numérisé non relu

Masi, Il Risorgimenlo, II, p

calme, si sage, commençait à s'énerver ; le parti rétrograde, qui comprenait de hautes, de très hautes personnalités, s'agitait dans l'ombre ; et la Chambre, en renvoyant pour la troisième ou quatrième fois l'examen du traité, témoignait de son impuissance à résoudre la question la plus importante qui pût lui être soumise, d'où découlaient d'autres problèmes, financiers, économiques, diplomatiques, et dont dépendait l'existence même du pays. Victor-Emmanuel et d'Azeglio étaient amenés à prendre une de ces résolutions dont dépend l'avenir d'une nation. Ils agirent de sang-froid et consultèrent les hommes ayant dans le pays le plus d'expérience et d'autorité ; Cavour en était et son avis fut le plus sage : point de coup d'Etat, mais plus de dangereux piétinement ; demander l'opinion du pays et en appeler à lui de la sentence prononcée par la Chambre à une faible majorité ^ Cet avis, qui répondait à l'opinion intime du monarque et du Président du Conseil, l'emporta.

Le 17 novembre, le ministre de l'Intérieur monta à la tribune de la Chambre et lut un décret prorogeant l'Assemblée au 29 du même mois. Tous comprirent, c'était une nouvelle dissolution à brève échéance. Le 20 novembre, fut signé le décret de dissolution avec un appel du roi à son peuple, célèbre dans l'histoire de l'Italie sous le nom de procla?7îation de Moncalieri '. « Par la dissolution de la Chambre des Députés, y étaitil écrit, les libertés du pays ne courent aucun risque... Avant de convoquer le Parlement (précédent), j'adressai à la nation et particulièrement aux électeurs, des paroles sincères. » Mais un tiers seulement des électeurs avait pris part aux élections ; les premiers actes de la Chambre avaient été hostiles à la

1. Massari, // coule di Cavour, p. 50. Gpr. Rosi, Sloria corilemporanea d'Italia. (-d. 1020, p. ^61.

2. Nom du cliâleau où elle fui signée, dans les environs de Turin.

Couronne ; les ministres demandaient au Parlement l'approbation d' « un traité honorable et non ruineux... L'honneur du pays et le respect du serment royal exigeaient qu'il fût fidèlement exécuté, sans duplicité et sans chicane. » La Chambre ne l'a accepté qu' « en y mettant une condition inacceptable, puisqu'elle détruisait l'indépendance réciproque des trois pouvoirs, et violait ainsi le statut du royaume » . Le roi en appelait au peuple, « mais si le pays, si les électeurs lui refusaient leur concours, ce n'est pas sur lui que retomberait désormais la responsabilité de l'avenir, et, dans les désordres qui pourront survenir, ils n'auront pas à se plaindre du roi, ils auront à se plaindre d'eux-mêmes... Si j'ai cm, disait Victor-Emmanuel en terminant, de mon devoir de faire entendre en celte occasion des paroles sévères, j'ai confiance que le bon sens et la justice publiques reconnaîtront qu'elles sont empreintes en même temps d'un amour profond de mes peuples et de leurs vrais intérêts, qu'elles viennent de ma ferme volonté de maintenir leur liberté... et que, restant unis, nous pourrons sauver le statut et le pays des dangers qui les menacent'. »

Fortes paroles, où se retrouvaient la flamme enthousiaste d'Azeglio, l'âme droite et de rude attaque de Victor-Emmanuel. Etait-ce légal ? la dissolution, oui, encore que la Chambre n'eût que quatre mois d'existence, mais parce qu'à l'inverse de l'Angleterre, le droit constitutionnel italien accorde au roi le droit de dissolution lorsqu'un désaccord grave s'élève entre les députés et la couronne représentée par le ministère". La proclamation, moins, car le roi intervenait personnellement dans le combat, critiquait « sévèrement » la conduite de

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