CHAPITRE II LA GUERRE DE
I. Premiers combats. — Situation en Italie : le gouvernement provisoire de Sicile. Naples, les réticences du roi. Pie IX : son enthousiasme et ses premiers scrupules. La Toscane et les duchés. — Le royaume de Sardaigne : Charles-Albert. La confiance populaire. — Les forces et les chefs en présence : Charles- Albert et Radetzki, — Avance facile des Piémontais. Bataille de Goito. Siège de Peschiera. Illusions italiennes.
II. Le Parlement subalpin. — Le calme en Piémont. Les troubles de Savoie. — Les grandes espérances. — Les élections : quadruple campagne et échec de Cavour. Composition de la Chambre. Ouverture du Parlement subalpin.
m. L'heure favorable. — Immobilité de l'armée italienne. — Les scrupules de Pie IX : l'encyclique du 29 avril et ses conséquences à Florence et à Naples. Hésitations et négociations de Charles- Albert. — Révolution de Vienne, seconde bataille de Goito et prise de Peschiera; mort d'Auguste de Cavour. — Gravité de la situation pour l'Autriche. Négociations de Hummelauer à Londres.
IV. Projets et retards. — Inaction de Charles-Albert; décision de Radetzki. Capitulation de Vicence. Péril pour les armées italiennes : l'union italienne demandée par la Lombardie, la Vénétie, les Duchés, la Sicile. Rivalités et difficultés constitutionnelles. Le projet sarde : les débats, Rattazzi. — Cavour député. Premiers discours. — Crise ministérielle à Turin.
V. Custozza. L'armistice. — Situation dangereuse de l'armée piémontaise. Premières attaques des Autrichiens. Désastre de Custozza : retraite des Piémontais et premières négociations. Angoisse à Turin : le cabinet Casati. Appel à la France et à l'Angleterre. — Reddition de Milan. Les négociations de Paris etleur échec. — L'armistice du 9 août. Désespoir de Cavour.
En ce début du printemps de 1848, une onde vibrante d'enthousiasme et de concorde nationale traversait l'Italie
entière ; l'ardeur des peuples était telle, qu'elle entraînait les monarques — ceux qui n'étaient point en fuite — , les uns s'abandonnant avec sincérité au mouvement général, les autres ne cédant que par peur et dans la pensée de se reprendre.
La Sicile, en ébullition depuis six mois, en révolte contre son souverain depuis six semaines, ne se constituait en Etat indépendant que pour s'unir à l'Italie rénovée; car elle ne se séparait du royaume de Naples que par horreur des Bourbons, mais voulait rester dans la Patrie italienne ; pour mieux s'unir à leurs frères du Nord, les membres du gouvernement provisoire de Messine comptaient dès lors offrir la couronne sicilienne à un prince de la maison de Savoie.
A Naples et dans tout le royaume, la pression publique se faisait menaçante*; le ministère, organisé en vertu de la nouvelle constitution, n'eût point osé forcer le roi, sans l'arrivée d'un homme énergique, le général Pepe, vieux soldat des guerres impériales, mêlé à toutes les révolutions des Deux- Siciles, au rude parler, « hier condamné à mort, aujourd'hui rappelé et adulé ^ », qui accourut à Naples, se présenta au monarque, lui déclara sans ambages : « Les peuples sont comme les princes : plus ils obtiennent, plus ils veulent obtenir », et réclama un programme de réformes et le départ immédiat des troupes napolitaines pour secourir Venise. Comme il était appuyé par les cris de la foule et de l'armée, Ferdinand fil contre mauvaise fortune bon visage, sinon bon cœur, ordonna devant Pepe une manœuvre de deux régiments, et, autant pour répondre aux volontés de son peuple que pour se débarrasser de cet homme brusque, l'envoya avec une petite armée à Ancône puis dans les Légations.
1. Vimercali. Histoire de l'Italie, 1S-iS-i9, p. 168. Oriani. f.a lotta polilica, p. 4^5-i2G.