Chiala, Lettere di Cavour, t. V, Inlrod.,p. 3b4 et suiv
Le Parlement se réunit le 20 décembre en séance royale : Victor-Emmanuel, en quelques paroles de confiance et de joie, remercia les électeurs de l'empressement et du bon esprit dont ils avaient fait preuve, signe non équivoque que le pays est digne d'institutions de liberté. Pour qu'elles jettent leurs racines dans le pays, dit-il en terminant, il est nécessaire qu'elles reçoivent la sanction de l'expérience et il dépend des Chambres de prouver qu'elles sont pai'faitement applicables. Pour montrer de suite leur sagesse, les députés choisirent pour Président M. Pinelli, l'ancien ministre, à qui la précédente assemblée avait fait des jours si pénibles.
Dès le début de janvier, vint à la Chambre la discussion sur le traité de paix ; le nouveau rapporteur était le comte Balbo, qui devait naturellement reprendre son ancienne et sage proposition : approuver dans un silence désolé. Comme il était tombé subitement malade, Cavour le remplaça pour défendre sa proposition contre les attaques virulentes de l'extrême gauche : Josli protesta devant Dieu, l'Italie, l'Histoire et le Monde entier contre les défaillances du traité ; Lanza s'écria que le ministre qui avait signé la paix s'était déshonoré en déshonorant le pays. Alors s'éleva la grande voix d'Azeglio : le poète de l'unité italienne, le soldat blessé de 1848 répliqua avec calme et dignité : « Le Piémont, dit-il en substance, est une vieille terre d'honneur et si le traité que nous présentons était déshonorant pour le pays ou pour les ministres qui l'ont signé, c'est à coups de pierres qu'ils eussent été accueillis par le peuple... Tout au contraire, le peuple a donné son avis en envoyant cette majorité à la Chambre... Jamais traité déshonorant n'eût été signé par Massimo d'Azeglio. » Si l'argumentation était simpliste, le verbe était beau ; ces fières paroles furent applaudies par toute la Chambre, voire par les tribunes qui deux mois auparavant huaient le minis-
tère. Par 112 voix contre 17 la Chambre approuva le traité.
La session continua, active, féconde, et il n'était jour où Cavour n'intervînt aux débats ; qu'il s'agît de valider l'élection de quelqu'un de ses amis politiques, que Ton modifiât la loi électorale pour faciliter le vote par le sectionnement des collèges, que l'on organisât la défense de Turin en controversanl sur les avantages comparés des fortifications ou des forts avancés, que l'on discutât les angoissants problèmes du budget et de l'emprunt, de la crise financière ou des relations commerciales avec l'étranger, — toujours ce petit homme se levait, et gaiement, sans phrases inutiles, disait son mot, parlait avec compétence, car il avait été officier, voyageur, laboureur, industriel et financier. 11 prenait le rôle, l'autorité d'un chef de parti, mais déjà on remarquait qu'il ne restait point inféodé au groupe des conservateurs modérés, qu'il s'entretenait volontiers avec ses voisins du centre gauche, et spécialement avec Rattazzi^ Les deux hommes s'étaient combattus, vaillamment, franchement ; ils avaient éprouvé leurs forces, apprécié leur valeur réciproque, conçu l'estime qui naît d'une lutte loyale ; ils entrevoyaient un rapprochement où chacun fournirait son contingent de partisans". Un très important débat de politique ecclésiastique leur donna l'occasion de déclarations identiques : la discussion sur la compétence des tribunaux civils à l'égard des prêtres, le foro ecclesia$tico.Ce débat eut une portée et des conséquences telles qu'elles rendent nécessaires quelques explications.
La promulgation des codes civil et de procédure civile avait marqué une évolution profonde dans les mœurs juridiques et sociales du Piémont et amené quelques restrictions,
1. « La gauche, sauf Rattazzi, a été pitoyable dans la discussion de la loi électorale. » Cavour à E. de La Rue, 12 janvier 1850.