‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 91 sur 247 · M°>« Rattazzi, Rattazzi et ses amis, t. 1, p · texte numérisé non relu

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timides encore, aux privilèges du clergé'. En 1847, une note du ministre de la Guerre, le comte Avet avait signalé les inconvénients et les abus des tribunaux ecclésiastiques. La constitution de 1848, couronnant cette évolution, avait consacré l'égalité de tous les citoyens devant la loi et le principe de l'administration de la justice au nom du roi par des magistrats qu'il institue. 11 apparut rapidement à des juristes fort sages, bons chrétiens d'ailleurs, que « l'existence d'une juridiction privilégiée, indépendante du pouvoir royal et relative à des affaires essentiellement temporelles, ne pouvant plus se concilier avec les dispositions du statut », il devenait nécessaire d'abolir les privilèges juridictionnels du clergé en toutes matières'. On échangea pendant quelque temps des notes très prudentes avec le Saint-Siège, comme ces adversaires qui, en duel, tirent de loin et avec le désir d'éviter tout accident. Mais les relations se tendaient entre les cours de Rome et de Turin, à mesure que les deux souverains s'affirmaient dans des sens contraires, Pie IX vers la réaction, Charles-Albert et son fils vers un régime de liberté et d'indépendance nationale. Au lendemain de Novare, des paroles assez amères avaient été prononcées, et, dans son désir d'éviter une nouvelle difficulté après tant d'autres, le roi avait envoyé le sage Balbo à Gaëte auprès du Saint-Père porter des paroles de concorde et d'obéissance religieuses. Mais le 30 juillet 1849, à la séance royale du nouveau Parlement, Victor-Emmanuel avait annoncé le projet de son gouvernement de mettre, par d'opportunes réformes, les codes civil et pénal d'accord avec les lois politiques et de rendre effective l'égalité civique et politique que le statut avait proclamée. Nul ne s'y méprit, il s'agissait d'abroger les privi-

\, V. supra sur les premières réformes à cet égard, t. I, p. 235.

2. Rapport au roi, par le comte Sclopis, garde des sceaux, mai 1H48.

lèges du clergé et il parut indispensable de négocier avec le Saint-Siège.

On dépêcha en septembre 1849 à Portici où séjournait Pie IX, un avocat général érudit en matières ecclésiastiques, très ferme, de caractère décidé et ne craignant point les responsabilités, M. Siccardi. Celui-ci comprit dès les premiers entretiens que le cardinal Antonelli, secrétaire d'Etat, ne voulait pas négocier ; un monsignor chargé de causer avec l'envoyé piémontais lui prodigua les phrases aimables, les théories de droit canon, les subtilités casuistiques, avec l'intention trop apparente de noyer dans les phrases un refus de toute concession. Siccardi revint à Turin sans avoir rien obtenu, rien entrevu*.

Cependant, après les élections de décembre, un remaniement ministériel s'imposait, pour mettre le cabinet d'accord avec la nouvelle Chambre. Et M. d'Azeglio, bon catholique, mais point clérical, appela Siccardi au ministère de la Justice : c'était, de toute évidence, pour réaliser les réformes de procédure et résoudre le problème du foro ecclesiastico. Le Saint-Siège ne s'y méprit point, chargea son nonce à Turin de s'en expliquer avec le Président du Conseil, et agit sans aménité ; doucement, les deux Cours allaient à un différend inévitable ^ Siccardi se mit immédiatement au travail : le i" mars, il déposait à la Chambre un projet de loi sur l'abolition des tribunaux ecclésiastiques, et, presque immédiatement, deux autres de même tendance, l'un pour imposer aux legs en faveur des couvents Fobhgation d'une autorisation gouvernementale, l'autre pour restreindre le nombre, vraiment abusif, des fêtes religieuses .

L'émoi fut vif dans le parti clérical ; on y cria à la persécu-

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