‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 93 sur 247 · Bianchi, Sloria documentala, VI, p. 3U · texte numérisé non relu

Bianchi, Sloria documentala, VI, p. 3U

au pays les contributions nécessaires... Qu'on ne nous parle pas des agitations des partis ; l'union du roi et de la nation est assez fortement cimentée pour n'avoir rien à redouter des partis extrêmes, des révolutionnaires et des réactionnaires. Je ne crains la propagande ni des uns ni des autres... Agissez donc, ne craignez pas, vous aurez le concours du Parlement, celui du pays, même dans la partie la plus douloureuse de notre tâche, le rétablissement de l'équilibre des dépenses et des ressources. »

Le mois d'août approchait, qui devait accorder quelque repos à Cavour devenu leader de la Chambre.

Pendant qu'ainsi Camille s'occupait des choses publiques, dans son privé il avait été douloureusement frappé; sa grand'mèrc, la marquise douairière de Cavour, qui l'avait élevé, à qui il devait grande part de son développement intellectuel, était morte et le marquis Michel avait suivi peu de mois après la noble femme dans la crypte de Santena. Camille ne modifia point son existence ; il était définitivement ancré dans le célibat, il continua à habiter la casa Cavour, au deuxième étage, l'aîné tenan* avec sa famille le piano nobile ; les relations des deux frères étaient cordiales, sans intimité ni communauté de pensée; Cavour trouvait dans l'aimable famille, dans sa nièce surtout, l'affection dont il avait un besoin profond.

Il ne lui disait point tout : la chronique mondaine contait des historiettes qui ne tiennent point place dans Thistoire.

La mort du riche marquis avait doublé la fortune de Camille : le père avait légué le château familial de Santena à Gustave, le domaine de Trufîarel à Camille, le reste de ses biens en parts égales ; les frères demeurèrent en indivis. D'ailleurs, Camille s'occupait toujours d'affaires, non qu'il

eût besoin de gagner encore, sa fortune était opulente, il avait réalisé le vœu de sa jeunesse, mais parce qu'il était engagé dans de nombreuses entreprises, et, qu'avec son tempérament actif, il aimait la lutte industrielle et financière. Il suivait sans cesse avec le plus grand soin ses exploitations de Léri, de Grinzane et de Truffarel, curieux de tout perfectionnement dans la machinerie ou la chimie agricoles ; à Léri surtout, il passait des jours de détente intellectuelle dans la bonne et saine fatigue du cultivateur laborieux ; il était incertain de sa subite fortune politique, et craignait un retour de cette impopularité qui avait été son lot de longues années durant. « Il est probable, écrivait-il à cette époque, que mon rôle finira bientôt. Dans un temps comme le nôtre, un homme politique est vite usé ; je le suis déjà à demi ; avant longtemps je le serai tout à fait^ » Il s'en consolait en pensant à sa retraite aux champs, à ce Tusculum aux lointains horizons. Quelques voyages l'en écartaient, sur les bords du lac Majeur^, pour visiter des établissements industriels, mais il était pressé de revenir dans son Léri, où il était son maître, un homme libre.

Un tragique événement l'arracha pour de longs mois à cette vie indépendante.

Le ministre de l'Agriculture et du Commerce, Santa Rosa, était tombé gravement malade ; Cavour suivait avec inquiétude les progrès du mal, car sa jeunesse avait été étroitement mêlée à celle de Santa Rosa, les jeunes gens avaient fait en commun le voyage de 1835, les deux hommes étaient demeurés alfectueusement unis*. Soudain la maladie s'ag-

1. W. do La Rivo, Le comte de Cavour, p. ilO. i. Où il rencoiilrait Man^coni, le poule des Fiancés.

3. « Sainlc-Hosc était un de mes plus anciens et meilleurs amis ». 6cri- \ ail Cavour à di' La Rue le 7 août ISiiO.

grava au point que Santa Rosa, sentant sa fin prochaine, demanda, en bon catholique, les dernières bénédictions de son Église. S'étant entretenu avec son confesseur ordinaire, il sollicita le viatique du curé de sa paroisse : Santa Rosa avait préparé, soutenu, voté les lois Siccardi ; le prêtre déclara que le ministre ne recevrait l'absolution que s'il rétractait sa participation aux lois impies ; le moribond se refusa à une telle apostasie ; la mort approchait, inexorable ; la famille, les amis recoururent à Tarchevêque de Turin, M^'' Franzoni; même refus ; alors Santa Rosa mourut. L'archevêque prétendit refuser à sa dépouille l'inhumation en terre bénie, ainsi qu'on fait d'un criminel. Une vague d'indignation et de colère se souleva dans le peuple de Turin, le palais épiscopal fut assiégé par les clameurs de la foule, M^"' Franzoni dut consentir aux funérailles religieuses. La colère populaire no se calma point ^ : le curé impitoyable dut prendre la fuite ; l'archevêque qui avait expliqué sa conduite en se mettant au-dessus de la loi^ fut arrêté, conduit à la forteresse de Fenestrelle, invité quelques semaines après à se retirer en France. Le roi envoya auprès du Saint-Père, le Président de la Chambre, Pinelli, « pour tâcher de s'entendre avec le gouvernement pontifical sur les moyens les plus conciliants de terminer cette fâcheuse affaire ».

Quel successeur donner à Santa Rosa? Un homme s'imposait, par sa situation à la Chambre et dans le pays, sa participation aux lois Siccardi et à tous les débals parlementaires, par son activité « et surtout par sa grande intelligence' ». Dès

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