‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 98 sur 247 · Ludovic Halévy, Soles el Souvenirs, p · texte numérisé non relu

Ludovic Halévy, Soles el Souvenirs, p

ignorance des besoins du pays, incapacité profonde, sordides et étroites préoccupations ; — du côté des gouvernés, haine et mépris, sourde colère prête à éclater le jour où votre armée laissera à lui-môme ce fantôme de souveraineté^ ». L^s Apennins étaient infestées de brigands ; les Marches et TEmilie, matées par les soldats autrichiens, attendaient Theure de l'inévitable révolution.

Les relations de la papauté avec la monarchie sarde étaient mauvaises et ne pouvaient être autres après les incidents de 1830. Dans une longue lettre au comte de Gircourt, Cavour s'en expliquait peu de temps après son arrivée au pouvoir^. « Chez nous, la cour de Rome a perdu toute espèce d'autorité morale ; elle pourrait lancer toutes les foudres qu'elle tient en réserve dans les caves du Vatican sans produire une grande agitation dans le pays... Les masses sont religieuses, très religieuses, mais elles n'ont plus aucune foi dans le pape. La majorité du bas clergé partage ces sentiments et les évoques le sentent bien... Les lois Siccardi sont un mauvais terrain de combat pour la cour de Rome. Le dernier de nos manants comprend à merveille que ces lois ne touchent en rien au dogme et à la discipline, mais qu'elles n'ont d'autre objet que de supprimer les privilèges civils dont le clergé a étrangement abusé. » Massimo d'Azeglio, qui était sincèrement religieux, et Victor-Emmanuel qui était fin politique, s'efforçaient de ramener la concorde entre ces deux cours, ne fût-ce que pour satisfaire le ministre de France qui les morigénait : on déléguait à Rome un envoyé extraordinaire (et quel envoyé, le Président de la Chambre), officieusement d'abord, pour sonder le terrain : le pape le recevait comme

i. Ferdinand Barrot au ministre des Affaires étrangères, 17 octobre 18o0. 2. Cavour au comte de Gircourt, fin 1850; Nigra, Le comte de Cavour et la comtesse de Gircourt, p. 113 et suiv.

s'il était à Canossa, disant à Pinelli « qu'il avait toujours ses bras ouverts pour les malheureux et les repentants^ », ce qui était agréable pour le représentant d'une nation fière. D'autres, d'une âme moins douce, lui faisaient comprendre que « ce pauvre cabinet piémontais s'était attaché à trop forte partie et il a oublié qu'il n'est jamais arrivé à qui que ce soit d'en remontrer à la cour de Rome"^ ». Et vexé, sentant la vanité de ses efforts, l'envoyé extraordinaire se retirait avant même son installation officielle. Pendant deux années, les relations se poursuivirent ainsi, sous l'influence directe de la politique intérieure du Piémont, traversées d'incidents toujours vifs, à propos des dîmes en Sardaigne, de l'enseignement théologique, des traitements ecclésiastiques, — ridicules parfois, au sujet de l'expulsion des prêtres d'un couvent, lequel était vide depuis longtemps. A chaque occasion, le Roi, le Président du Conseil protestaient <c de la constante vénération qu'ils professaient envers le Saint-Père ^ » ; déjà on annonçait une amélioration dans les rapports des deux cours ; un nouvel incident éclatait, tout était î\ recommencer *.

Avec la monarchie de Naples, c'était bien pire encore' ; les ministres de Ferdinand II se livraient à une si abominable besogne d'arrestations et de condamnations qu'à son retour d'un voyage en Italie, Gladstone, dans la première de ses

1. Lettre privée de M. Barrot, 9 octobre 1850. Archives des Affaires étrangères, Sardaigne, t. CCGXXVII, f» 281. Cpr. Loti, Roma, etc., p. 312.

2. M. de Rayneval, ambassadeur à Rome, à M. de Bulenval, 24 janvier 1851 .

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