JE SAUTE SUR LE FUMIER
Et Jacquot se mit au port d'armes, après avoir baissé jusqu'au bout de son nez la visière de sa bourguignotte et
Ce bon monsieur de Véragues.
relevé le col de sa casaque. Le chef de poste était tellement gris qu'il ne demanda ni ne prit le mot d'ordre et ne s'arrêta pas à regarder Jacquot; ses compagnons montrèrent pareille indifférence. On replaça un autre factionnaire, et Jacquot sortit le dernier, tira la porte et en mit rapidement la clef dans sa poche. Le bas officier s'en alla de son côté, ses hommes se couchèrent sur des bottes de paille le long des murs, et Jacquot sembla un instant les imiter. Un quart d'heure après il rentrait dans la petite cour et donnait à la sentinelle le mot d'ordre qu'il avait entendu donner par le sieur de Véragues. Puis d'un air important il lui recommanda de faire bonne garde. L'autre complètement ivre, appuyé le long du mur, le regardait dormant à moitié. Jacquot eut un moment l'envie de lui planter sa dague dans la gorge, mais il trouva plus plaisant d'agir autrement; d'ailleurs l'homme pouvait crier. Il le secoua donc violemment et lui parla ainsi :
— Vous savez bien, les deux prisonniers que vous gardez, eh bien! ils sont morts. xOn les a tués tout à l'heure et ils ont été jetés parla fenêtre... Est-ce que vous connaissiez l'homme qui montait la garde avant vous? Il était tellement ivre qu'il ne s'est aperçu de rien.
L'homme répondit qu'il ne le connaissait pas du tout, car lui n'était pas du pays et n'arrivait que d'hier. Quant à la sentinelle qui l'avait précédé, il croyait que c'était un Allemand.
— Gela ne m'étonne pas, reprit Jacquot, mais, comme vous êtes un brave garçon, je vous invite à fouiller avec moi les poches des morts : à vous celuici, à moi l'autre.
Et il mena le huguenot vers le
cadavre de la sentinelle, qu'il avait dissimulé derrière un toit à porcs. Le soldat se mit à chercher dans les chausses du défunt. Très occupé de cette profitable besogne, il ne vit pas que Jacquot faisait lever M. Henri; et tous deux s'enfuirent lestement, refermant la porte à clef, cependant que le huguenot retournait les poches du mort. Ils tombèrent dans des cours, mais où tout le monde dormait. Enjambant lesdormeurs étendus, ils gagnèrent sans difficultés la grande porte et jetèrent rapidement le mot d'ordre au corps de garde, les laissa passer sans défiance. Au reste un tel va-et-vient d'hommes et chevaux agitait le quartier qu'ils circi laient sans se faire remarquer.
— Il s'agit maintenant de trouver d< montures, déclara Jacquot. Voilà là-bas des feux de cavaliers. Si vous le voulez bien, monsieur, nous allons nous pourvoir. Mais veuillez m'attendre derrière cette butte, j'ai l'habitude de ces aventures.
M. Henri n'insista pas, il avait maintenant toute confiance dans son valet.
Et, tout en remerciant Dieu de l'avoir tiré des mains de ses ennemis, il le remercia avec non moins de gratitude de lui avoir permis de trouver un pareil serviteur. Cet homme extraordinaire revint dix minutes après tenant en mai deux grandes bêtes bien harnachées munies de muserolles de fer ajourée
Puis, quand ils furent à cheval, ils dirigèrent vers les vedettes les plus avancées, leur jetèrent le mot d'ordre, et Jacquot eut même l'imprudence de demander à un de ces cavaliers du feu pour les mèches des pistolets qu'il avait pris en rttâms temps que les ch<
— Mon ami Jacquot, lu es un lu
ievau\ homme
Ce bon monsieur de Véragues.
précieux, et si j'avance quelque peu en ce monde, ce qui est à espérer, je te promets de songer à ta fortune. Après ce que nous avons vu et passé aujourd'hui, je crois tout possible. Si tu m'en crois, continuait M. Henri, nous irons à ce Saint-Michel, que veulent piller les huguenots, et prévenir les bourgeois du
plus vieux des échevins reçut M. Henri et n'eut pas de peine à le croire. Puis il le supplia de prendre quelque peu de repos, le logea chez un sien ami, un vieux bourgeois du nom de Pierre Jalot qui avait une belle maison dans la rue Neuve, et réunit immédiatement l'échevinage.