‹ Ce bon M. de Véragues. Illus. de Félix Jobbé-DuvalChapitre 16 sur 40 · LES HUGUENOTS SE PRÉCIPITAIENT EN RANGS PRES8É · texte numérisé non relu

LES HUGUENOTS SE PRÉCIPITAIENT EN RANGS PRES8É

Ce bon monsieur de Véragues,

griotte de M. Henri, qui lui tira un coup de pistolet en pleine tête sans le pouvoir même blesser. On eût dit le démon du mal, invulnérable et gigantesque.

Gomme l'ange exterminateur qui jadis plana sur l'Egypte, il moissonnait avec le glaive, et son grand drapeau flottant au vent l'enveloppait, sans qu'il s'embarrassât dans ses plis.

Maintenant il couronnait la barricade, dont les défenseurs étaient morts ou en fuite. De toutes paris s'élançaient les vainqueurs hurlant : « Ville gagnée! »

Alors M. de Véragues arriva, suivi de son escadron de reitres, tous Saxons échappés au désastre de Jarnac. D'un coup d'œil il embrassa la scène et jeta ces simples ordres :

— Tuez tout! Et que le butin soit mis en commun!

Il enleva son grand cheval gris pardessus les débris de la barricade. Le suivirent ceux qui purent, voire môme en se cassant le cou. Lui, sans se retourner, poursuivait les fuyards à grands coups d'épée à travers les rues delà ville, en criant à tue-lète : « Ville gagnée ! »

De rue en rue, de maison en maison, se continuait le combat, et il allait faiblissant, car les derniers défenseurs de la ville tombaient sous les coups des huguenots, et sur le massacre descendaient les ombres épaisses de la nuit.

Les chaînes tendues, les barricades improvisées n'arrêtaient guère l'élan des assaillants, car devant eux la garnison refoulée avait dû battre en retraite jusqu'au château et s'y retrancher.

Les vainqueurs se répandirent alors dans les maisons, enfonçant les portes, commençant à piller et poursuivant à travers les chambres les survivants de cette tuerie, les faisant sauter par les fenêtres à coups de pique, n'épargnant point les vieillards, non plus que les femmes et enfants. Partout ils entraient en maîtres, se logeant comme chez eux, prenant tout ce qu'ils pouvaient emporter, brisant les meubles, forçant les armoires, cherchant partout l'or, l'argent et les objets précieux, mettant le feu au hasard et risquant de s'enfumer eux-mêmes et de périr dans les flammes.

Les plus grossiers ne songeaient qu'à remplir leurs poches, puis à pénétrer dans les caves et à boire tout leur saoul; les plus féroces cherchaient partout des créatures humaines à égorger ou à torturer, et ils s'amusaient à briser les enfants contre les murs, à pendre les femmes aux fenêtres par les cheveux ou par les pieds, ou à les brûler à petit feu pour leur faire dire où était caché l'argent. Et quand elles avaient tout donné, or et bijoux, ils en demandaient encore et les laissaient périr les jambes attachées dans le feu, hurlant la mort, jusqu'à ce qu'elles n'eussent même plus la force de crier. Dans une maison, des Espagnols, après' avoir passé les hommes au couteau, tirent rôtir les enfants et s'amusèrent à en manger devant la mère qu'ils avaient assise à table avec eux, liée dans sa chaise. Quand ils se décidèrent à la pendre, elle était devenue folle. Ils arrachaient les oreilles pour prendre plus vite les pendants, sciaient les doigts pour avoir les bagues qui ne voulaient pas passer.

Une dame ne voulant pas dire où elle

Page 1