‹ Ce bon M. de Véragues. Illus. de Félix Jobbé-DuvalChapitre 34 sur 40 · L RESTA PANTOIS DE SE TROUVER DEVANT SA FEMME · texte numérisé non relu

L RESTA PANTOIS DE SE TROUVER DEVANT SA FEMME

protection. Si elle avait suivi M. de Villenave, c'avait été, en somme, de son plein gré et parce qu'elle voulait rencontrer II. de Véragues. Le hasard l'avait mieux servie qu'elle n'espérait.

Et brusquement elle lui dit :

— Vos crimes et vos cruautés désolent les pays voisins, le bruit en est venu jusqu'à moi. J'ai appris l'affreux massacre que vous avez ordonné à Saint- Michel.

— Grâce à Dieu, non! Mais vos gens ont eu la main malheureuse en tuant un vieil homme auquel je m'intéressais, lui et tous ceux de sa maison.

— Et comment se nommait-il?

— La Roche-Aymon.

Lui, devenu livide, bondit sur ses pieds, sa chaise tomba.

— La Roche-Aymon ! s'écria-t-il d'une voix tremblante, Gaspard de la Roche- Aymon! Il était à Saint-Michel?

Ce bon monsieur de Véragues.

— Lui-même, répondit la baronne.

Et il a été tué avec ses gens et aussi une jeune fille dont il était le tuteur.

— Oh! mon Dieu!... Non... n'est-ce pas?... Ce n'est pas vrai?... Vous voulez vous moquer de moi. Mais parlez! parlez donc!

Et il marcha vers sa femme et lui prit la main.

Glaciale, elle se recula et répondit :

— C'est la vérité pure : une jeune fille du nom de Madeleine et qui lui avait été confiée par un inconnu.

Les cheveux hérissés, l'œil démesurément ouvert, Véragues s'en allait, trébuchant. Il tomba sur un siège, près de la table où il s'abattit, sanglotant. Et il criait d'une voix entrecoupée :

— Madeleine! ma fille! mon enfant!

morte! Oh! mon Dieu! mon Dieu! ma pauvre enfant!

Elle le considérait avec une émotion non moins grande. Pâle comme sa guimpe, la poitrine haletante, elle s'appuyait au mur, mais ivre de joie.

Ainsi, en parlant presque au hasard, guidée par ses secrets pressentiments et aussi par ceux de Pierre Jalot, elle avait retrouvé son enfant, sa fille chérie, et qui était en sûreté dans son château!

Remise un peu de son émotion, elle regarda le misérable abîmé dans sa douleur, pleurant toutes les larmes qu'il lui avait fait verser, secoué par des sanglots dont chacun semblait devoir rompre sa poitrine. Dans son cœur généreux, elle eut pitié de son désespoir, et, appuyant sa fine main sur le collet decuir de cerf qui habillait ses épaules :

— Vous aimez donc encore quelqu'un sur la terre, François? lui dit-elle doucement.

L'autre, fou de douleur, ne lui répon-

dait pas et répétait dans son angoisse :

— Ma Madeleine! ma fille! mon enfant! On me la tuée!... Et c'est moi, moi qui...

Elle lui posa la main sur la tête.

— Non, François, notre fille n'est pas morte! Ne vous désespérez pas, elle est en sûreté dans mon château!

Levant sa face où ruisselaient les pleurs, il la regardait, soupçonneux.

— Elle est au château de la Mauvissière, vous dis-je.

Il ne semblait pas décidé à la croire Il fallut qu'elle lui racontât tout, l'exode de Pierre Jalot, l'arrivée des fugitifs à son château. Mais elle tut l'ensemble des circonstances par lesquelles elle avait été amenée à reconnaître sa fille à la deviner plutôt. Et elle conclut

— Écoutez, François. Si vous voule me donner votre parole de gentilhomme que vous ne chercherez plus à m'enlever ma fille, j'irai me jeter aux pieds du roi et je lui demanderai de vous recevoir en grâce.

Lui ne se pressait pas de répondre.

Remis de sa terreur, il cherchait maintenant à tirer le meilleur parti possible de la position. Et dans son honnête simplicité Catherine commit la faute d'insister :

— Vous savez combien ma famille e puissante à la cour. Nous vous fero remettre dans vos honneurs et dignités Dès que la guerre sera finie, vous serez rétabli dans vos charges si vous voulez faire votre soumission.

M. de Véragues avait repris son sangfroid :

— Je la ferai, répondit-il, si vous voulez revenir vivre avec moi!

— Non, François! Cela n'est pas possible. Avez-vous oublié comment

Ce bon monsieur de Véragues.

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