‹ Ce bon M. de Véragues. Illus. de Félix Jobbé-DuvalChapitre 4 sur 40 · HENRI S'EN FUT A LA PORTE · texte numérisé non relu

HENRI S'EN FUT A LA PORTE

que depuis son évasion du château de Loches le partisan a couru un danger terrible et que ses cheveux sont devenus complètement blancs sans que le poil de son visage ait autrement changé.

Monseigneur devra donc se garder plus que jamais de ce tueur soudoyé parles factieux prétendus réformés pour mettre sa précieuse personne en danger. Les lettres du roi mettant le sieur de Vt'ragues au ban du royaume ont été affichées par mes soins en tous lieux du

Berry, et j'ai fait mettre sa tête à prix. A dire vrai, je ne crains pas beaucoup qu'il m'échappe, car je sais une hôtellerie près de Châtillon où il fréquente, et, quand vous recevrez cette lettre, j'aurai sans doute purgé le royaume de ce bandit. »

Et il y en avait long. M. de la Châtre indiquait même l'itinéraire que devait suivre le sieur de Véragues au cas où il échapperait à ses archers.

— Tu ne me tiens pas, La Châtre, mon bonhomme, siffla-t-il rageusement en mettant la lettre dans sa poche. Nous allons monter à cheval et tirer vers un pays plus clément; mais auparavant, mon bon ami, je veux brûler encore quelques bicoques dans ton gouvernement. Je te dois bien cela pour m'avoir fait enfermer à Loches ! Laissons cet innocent dormir, et en récompense de son ingénue confiance faisons-lui un petit cadeau.

Tirant de sa poitrine un délicat sifflet d'argent qui avait la forme d'un singe, il siffla longuement. Quelques minutes s'écoulèrent, puis l'hôtelier entra.

— Mon vieux La Famine, nous sommes vendus, lui cria aussitôt M. de Véragues. Monsieur de Lorges est connu de monsieur de la Châtre, et toi aussi. Donc, mon garçon, alerte! Éveille Leblanc, mon digne écuyer, et que les chevaux soient prêts sur l'heure; avant tout, donne-moi ton écritoire.

L'autre, faisant le gros dos d'un air consterné, apporta l'encre avec quelques feuilles de papier, puis il alla aux chevaux.

Dans le silence de la salle on entendait la plume d'oie crier.

« Mon cousin, je vous envoie un oison bridé qui avait pour vous une lettre

lettre de

Ce bon monsieur de Véragues.

voire doux ami La Châtre. Comme il y était question de mes affaires, j'ai pensé qu'il était inutile de vous la faire remettre. Je l'ai donc gardée et la remplace par celle-ci. Vous ferez sagement de faire donner le fouet à ce garçon pour lui apprendre à ne pas boire ainsi avec quiconque. Si vous le faites pendre, je vous le pardonnerai volontiers; et si vous entendez parler de voleries, pilleries, incendies de couvents, meurtres de religieuses et prêtres papistes, je vous prie de m'en considérer comme l'auteur dans les pays où je passerai. Croyez, monseigneur, à tous les vœux que forme pour votre précieuse santé

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