‹ Ce qu'est germanisme;Chapitre 17 sur 50 · TROISIÈME DÉFAITE DES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

TROISIÈME DÉFAITE DES ALLEMANDS

11 n'y avait jamais lieu de se fier aux protestations humiliées de fidélité que les empereurs teutons prodiguaient platement aux papes quand ils se voyaient vaincus. A peine avait-on cessé de leur tenir le pied sur la nuque, ils se redressaient en sifflant. Ainsi avait fait Henri IV après Canossa, ainsi fait Barberousse après Venise. Toutefois, il n'ose plus en appeler aux armes contre là liberté des peuples et de l'Église, mais il chemine par d'autres voies. Il a autour de lui des légistes qui font la théorie de ses droits et lui reconnaissent des pouvoirs indépendants de ceux du pape. Bien que couronné à Rome, il se fait couronner de nouveau par l'archevêque d'Arles ; et à Milan, il fait couronner et consacrer son fils Henri avec le titre de César, c'est-à-dire qu'il le destine à l'empire avec ou sans la volonté du pape, lui-même étant auguste. Ce sont autant d'entreprises évidentes contre l'autorité et les privilèges du pontife de Rome. C'est aussi vers ce temps, semble-t-il, que l'empire romain germanique, qui n'était romain que de nom, usurpe

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le titre de saint, comme pour avoir barre sur l'Église. Bref, l'empereur investit de toutes parts le pouvair spirituel, marie son fils avec Constance, héritière du rojraume de Naples, et s'apprête à porter les plus rudes coups à la papauté, lorsque, contraint de partir pour la croisade, arrivé en Asie après beaucoup de peines, tout à coup il se noie dans le Cydnus.

Son fils Henri VI rêve la domination imiverselle et exerce en Sicile assez de cruautés pour y être surnommé «le Cyclope». Cependant la papauté ne pouvait souffrir de se voir inrise à revers par des possessions impériales au sud de l'Italie. Le grand pape Innocent III dresse le guelfe Otton de Brunswick contre le gibelin Philippe de Souabe. Mais l'empereur Otton l'ayant trahi à son tour, il revient aux Souabes dans la personne de Frédéric II, qui lui doit tout et le reconnaît. Or, devenu empereur et quoique croisé, il jouera le rôle d'ime sorte d'Antéchrist, Il s'entoure de Sajxasins sur qui l'influence pontificale est nulle ou qui le haïssent comme lui, et tend à rétablir à son profit l'unité du pouvoir. Étant né à lesi, il appelle ce lieu « le Bethléem où César a vu le jour », nomme sa mère « Diva », son fils « progéniture divine du sang de César » et envie l'hemreuse Asie où les despotes n'ont point à redouter les impostures des prêtres. Il médite d'usurper le sacerdoce. Les papes Honorius et Grégoire IX ont mené la lutte contre lui, l'ont exconununié, suscitant une nouvelle ligue lombarde que Frédéric put vaincre. Innocent IV

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n'en continue pas moins le combat et de Lyon, où il s'est réfugié, procède à la déposition de Frédéric. Le fik de l'empereur, Enzio, est pris par les Bolonais en 1249 etFréd&ic meurt impuissant, en 1250. La dynastie, à travers Conrad IV, se traîne jusqu'à Conradin. Ce dernier, pris par Charles d'Anjou à qui il disputait le royaume de Naples, fut mis à mort : tragédie où insiste après plus de sept cents ans la rancune allemande. Ce qui en fait la mélancolie, c'est qu'eUe marque dans im jeune honmie la fin d'ime lignée illustre, car on trouverait dans l'histoire des centaines ou des milliers d'accidents semblables ; mais aussi Conradin était-il le dernier d'une race que les papes avaient de grandes raisons d'appeler « une race, de vipères».

Le rêve germanique de l'asservissement du pouvoir spirituel, de son absorption dans les pouvoirs de force, expire, et une seconde fois le germanisme suc- TXMnbe au romanisme.

que faisait la FRANCE?

L'écrit se pose naturellement cette question : que faisait la France pendant ce grand conflit?

Elle faisait de grandes choses.

Elle donnait asile dans le besoin aux papes qui fuyaient les violences armées des empereurs. Plus essentiellement, elle servait la cause de l'esprit par les grands ordres religieux qui, au milieu de ce monde

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féodal animé de tant de passions brutales, de tant de convoitises effrénées, secoué d'une infinité d'entreprises de la force, restaurèrent la pureté de l'idéal chrétien, de la justice et du droit, de la charité surnaturelle, de la vie pour Dieu et conforme à la volonté de DieUr C'est de Cluny qu'est partielaréforme religieuse qui, aux x« et xi« siècles, a porté sur le trône pontifical les papes héroïques de l'indépendance chrétienne, les Grégoire VII et les Innocent III, obstacles [à la tyrannie spirituelle des Allemands et qui l'ont vaincue.

Que faisait la France? Elle faisait les croisades, le geste le plus étonnant de l'histoire du monde, créant un état d'esprit qui fut im puissant moyen d'action de la papauté contre les princes enclins à la diminuer et à l'asservir.

Elle faisait Bouvines. A maintes reprises, pendant les siècles précédents, les empereurs se sont avancés jusqu'à Paris et ont parcouru les provinces alentour. Déjà sous Louis le Gros, ils ont été tenus plus à l'écart et n'ont pu dépasser la Champagne ; 70 000 Français ont couvert de leurs lances le cœur du pays et ont fait fuir les Allemands sans combat. Mais cette fois la victoire est magnifique, malgré l'aide des Anglais et des "Flamands apportée à nos ennemis ; le monstrueux dragon impérial demeure entre nos mains comme trophée de guerre et le roi Philippe est salué du surnom d'Auguste, afin de bien marquer que la souveraineté française n'en reconnaît aucune autre au-dessus d'elle.

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Et pendant ce temps l'Allemagne, qui a tant besoin de se civiliser et qui instinctivement s'en rend compte, est éblouie et dominée par la civilisation de la France. Dans les familles qui se distinguent du Commun, on parle français, on a des instituteurs et des institutrices français pour les enfants ; la poésie allemande est toute sous l'influence de la France, on danse les danses françaises, on ^'accoste et on se salue en français, on s'habille à la française avec des étoffes de France ; Paris est réputé en Allemagne comme le lieu de l'élégance suprême où il est bon que les jeunes gens fassent im séjour, pour s'y assimiler les avantages de la politesse, tout en se gardant d'y céder à des tentations dangereuses. Bref, la nation germanique s'applique autant qu'elle le peut à imiter la France ; et la supériorité latine s'affirme à la fois dans les deux domaines de la vie spirituelle et temporelle, de l'âme et de l'esprit, du monde de la grâce et du monde des sens.

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