L'ALLEMAGNE ET LE DÉSORDRE
accalmie
Un acte est fini, il y a un entr'acte; un autre acte va commencer.
A la suite de la défaite de l'emjrire par le sacerdoce, des temps de désordre politique s'ouvrent pour TAllanagne. Il ne s'ensuit )pas d'ailleiirs que l'Allemagne ait été alors malheureuse. Nullem^t, les villes sont riches, et ces temps valent mieux sans doute pour elle que ceux où elle était constamment déchirée entre des empereurs et des anti-Césafs. Il y a un mouvement général vers les libertés locales: l'épisode le plus glorieux en est la victoire de I 300 Suisses sur 20 000 Autrichiens à Morgarten, en 1315, et qui inaugure l'indépendance de nos bons voisins. En 1356, la fameuse Bulle d'Or de Charles IV reconnaît les droits des grands feudataires et électeurs ; l'autorité impériale est singuUèrement abaissée, et, disent les historiens, « on plume l'aigle ».
La main de la France était devenue assez forte pour intervenir dans les affaires de l'Allemagne et c'e^t avec l'aide et l'or de la France que les Hohenstaufen avaient acquis le pouvoir impérial, notre pays ayant alors intérêt à leur avènement. Au début du XV® siècle, il est intéressant de voir Philippe le Bel briguer la couronne impériale, d'ailleurs sans succès. L'étemelle dualité de la France et de l'Allemagne, de la Gaule et de la Germanie n'était pas destinée à se résoudre dans un tel accommodement.
Frédéric III est le dernier empereur qui se soit fait couronner à Rome en 1452, à la date même où on a coutmne de placer la fin du moyen âge. La fonction impériale s'aviht, elle est à peine désirée, les
électeurs choisissent des princes faibles incapables de leur imposer une contrainte et le domaine impérial est dépecé. L'Allemagne laisse la paix au monde, qui en use bien ou mal à sa convenance. C'est beaucoup qu'il n'y ait pas pour le moment de péril germanique et que, malgré les divisions de fait de l'autorité pontificale, le pouvoir spirituel demeure à l'abri des usurpations de l'empereur teutonique.
REl^OUVELLEMENT DU DANGER
Ce bienfait ne pouvait durer; le danger temporel et spirituel dont l'Allemagne ne cesse de menacer l'Europe n'allait pas tarder à renaître.
Frédéric érige l'Autriche en archiduché. Son fils MaximiUen 1^ gouverne sagement, essayant de relever la dignité impériale et se heurtant à la résistance des princes. Sa mémoire est restée en honneur en Allemagne et j'y ai vu des catholiques le choisir à titre de « héros * pour l'qpposer aux héros protestants ou aux anciens empereurs trop souvent excommuniés. Il convient cependant de ne pas oublier qu'il lui arrivait d'entrevoir avec plaisir l'hs^thèse où Léon X serait le dernier des papes et que, pour lécoacilier l'empire avec le Saint-Si^^ il avait songé à se faire tout simplement pape lui-même. Comme archiduc d'Autriche et souverain des Pays- Bas, il acquiert par des mariages l'Artois et la Franche-Comté.
Pendant son r^e, son fils Philippe le Beau, par son mariage avec Jeanne la Folle d'Aragon, devient le souverain de l'Espagne, de Naples, de la Sicile et du Nouveau Mondé. Une puissance énorme se prépare.
A sa mort, en 1506, son fils Charles prend possession de l'Espagne, des Pa3^-Bas, de Naples, de la Sicile et de l'Amérique; et la couronne imj>érîale devenant vacante, il la dispute à François I^. Les électeurs l'ofiErent d'abord à Frédéric le Sage, duc de Saxe, qui la refuse, et leurs voix se reportent sur Charles. Il est élu en 1519, âgé de dix-neuf ans. Que les électeurs aient repoussé le roi de France, il n'y a pas lieu de s'en étonner; leur sentiment national les y disposait et sans doute ils n'étaient pas enclins à se donner un tel madtre. S'ils ont choisi Charles de préférence à un prince de leur pays, c'est que l'Allemagne, tout en se défiant du roi français, avait besoin d'un monarque puissant capable de lui servir de défenseur contre les Turcs qui, sous la conduite de Soliman le Grand, la menaçaient vivement par la Hongrie, en même temps qu'ils mettaient en péril toute la Méditerranée. Quant à la France, la voici placée dans une des situations les plus graves où elle ait jamais été, presque totalement encerclée des Ps^énées jusqu'en IJandre par les rangs pressés, épais et innombrables des nations qu'alimentent les ressources d'im continent neuf.
La France avait commencé de se donner de l'air
CE qu'est le germanisme. 73
dans le Milanais ; mais, dès 1525, elle éprouve un désastre 4 Pavie. Charles-Quint est couronné roi d'Italie et^ empereur en 1529. A vrai dire, il était beaucoup plus flamand et latin qu'allemand, et même la langue allemande était loin de lui être familière ; un tel personnage n'en relève pas moins la dignité impériale, et plus haut même que n'aurait pu faire xm prince étroitement allemand de race. Ce n'est pas sans une vraisemblance historique et I)sycliologique que Victor Hugo a mis dans sa bouche l'admirable monologue qu'il lui fait réciter au quatrième 2LCtéd!Hernani,