‹ Ce qu'est germanisme;Chapitre 20 sur 50 · L'ALLEMAGNE ET LA FRAUDE · texte numérisé non relu

L'ALLEMAGNE ET LA FRAUDE

l'influence française

Si on voulait se rendre compte de la différence qu'il y avait entre l'empire de Charles-Quint et

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l'empire du xviii« siècle, on pourrait comparer rentrée de Charles-Quint à Augsbourg pour la diète de 1530, et les cérémonies religieuses qui suivirent, avec im couronnement d'empereur à Francfort quelque deux cents ans plus tard. D'une part, une somptuosité inouïe et tme gravité peut-être espagnole qui traduit le sérieux avec lequel on procède à toutes ces actions ; d'autre part, une cérémonie encore somptueuse, mais dont les acteurs mêmes sentent l'archaïsme assez creux : « Lorsque François de Lor- « raine sortit, accoutré en Charlemagne, de l'église «Saint-Barthélémy où il avait été couronné et se «rendit à pied, selon le rite, au Roemer, il passa « devant tm balcon où était assise Marie-Thérèse, sa « femme. Il leva vers elle les deux mains, pour lui « montrer le globe, le sceptre et ses gants extraordi- « naires : sur quoi la grande impératrice, qui était «la meilleure femme du monde et la plus simple, « fut prise d'un fou rire qui gagna la foule. » (Lavisse.) Par l'effet des traités de WestphaUe et surtout à partir du règne de Louis XIV, l'influence française fut dominante en Allemagne. Il est aisé de s'en rendre compte lorsqu'à partir de la France on a franchi une première zone rhénane qui relève de la France du moyen âge ; la seconde zone marquée par des villesHelles que Dresde, Potsdam, Cassel, relève de notre France moderne et royale. Une troisième Allemagne est sans caractère, on dirait américaine, jusqu'au moment où on touche le monde slave qui

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s'annonce par ses églises bulbeuses. Notre architecture, nos jardins furent imités avec quelque faste ; à l'intérieur de ces palais, on trouvait notre ameublement, les gens y portaient nos perruques et les femmes nos modes. Les princes prenaient des maîtresses, ne fût-ce que pour imiter le grand Roi, tel le roi de Prusse Frédéric 1^ ; et les principâcules copiaient Tarmée de Louis XIV en miniature et en lilliputien. Le même Frédéric, «roi .en Prusse» depuis 1702, n'oubliait pas de favoriser les arts et les lettres, fondait l'Université de Halle, une académie de peinture, ime académie des sciences de Berlin que présida Leibniz.

Notre langue, dont l'usage avait dû reculer depuis le moyen âge à cause de la guerre de Cent Ans et des guerres de religion, reconquit ime situation dominante ; à la fin du xvii® siècle, la Cour de Prusse ne parlera plus guère que le français et Frédéric II fera du français sa propre langue ; l'allemand n'est guère qu'un patois pour le peuple. Le Patriote, journal de Hambourg (1724-1727), propose comme livres formant ime bibliothèque : Fénelon, De V existence de Dieu, DeV éducation des filles, Télémaque; La Bruyère, les Caractères ; les Lettres de Richelet et de Rabutin ; Fontenelle, De la pluralité des mondes; Crousaz, Traité du beau, et quelques traductions de l'anglais. M"^® de Staël ne trouve à citer conune auteurs allemands que Hagedom, Gellert, Weiss, qui sont des imitateurs de nos Français, tandis que

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les Stiisses alémaniques imitlaient les Anglais de préférence.

Cependant ce fut le temps de la meilleure Allemagne, romantique et bourgeoise, celle dont se sont engoués nos pères comme d'une patrie poétique et qui a peuplé les esprits de beaucoup de rêves, de visions et d'illusions : Allemagne heureusement dépourvue de grande^ ambitions politiques où le pouvoir était assez proche et en général assez bonhomme. Il est vrai que les princes y vendaient leurs sujets comme du bétail ; à cet égard, la guerre de l'indépendance de l'Amérique fut pour eux tm coup de fortime ; ils en livrèrent peut-être plus de cinquante mille et toute opposition à ce trafic était punie des peines et des supplices les plus rigoureux; mais ce traitement n'a rien qui soit pour révolter la conscience allemande et il bénéficie près d'elle d'une secrète complicité. On changeait d'État en changeant de ville, ce qui tenait heu de liberté dans une certaine classe sociale. Dans cette infinité de petites capitales, on Jasait beaucoup et, tout en se surveillant les uns les autres, on s'essayait à la vie de l'esprit et des idées, on menait la vie du cœur. Ce fut cette Allemagne sentimentale dont nous respirons les effluves et le parfum un peu affadi dans le livre de M"^® de Staël.

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