‹ Ce qu'est germanisme;Chapitre 24 sur 50 · LE POUVOIR SPIRITUEL · texte numérisé non relu

LE POUVOIR SPIRITUEL

Les théoriciens de la sociologie nous ont familia-t risés avec la notion de la séparation des pouvoirs.

Il y a essentiellement trois pouvoirs, dit Montes^ quieu. Mais ne confiez pas au pouvoir exécutif le soin de faire les lois, car il les fera à son profit. Ne confiez pas au pouvpir législatif la charge de lesexécuter, car il sera le premier à violer les lois qu'il aura faites, quand elles le gêneront. Et ne confiez le pouvoir judiciaire à aucun des deux précédents, car la justice est mal en point quand on est juge et partie dans sa propre cause.

La société sent instinctivement qu'il y a un rôle de conseil et un rôle de pouvoir qui nie doivent pas. être confondus dans la même personne. Q^'un homme politique, qui signe chaque jour un article dans un journal, passe ministre,^ çh^opmènç qui n'est pas.

f8 CR O^ÊST LE GERMANrSME.

fort rar^ dans notre temps, il cessera aussitôt sa collaboration, au moins ost^nfeiéle, àïa feuËle publique, mais il la reprendra quand & sera tombé du faîte ministériel, ph^omène de i:«?éGipitation qui suit invariablement Tascension. Le jo^iâpnaMfete a un pouvoir spirituel ou d'opinion, le Èfrinistre un pouvoir temporel ou de fait.

Mais qu'est-ce donc que le pouvoir spirituel à proprement parler? Si on allait bien au fond de la question, on trouverait sans doute qu'il repose sur la distinction de l'âme d'avec le corps, sur celle de l'esprit d'avec la matière. <r Je sens deux hommes en moi », disait saint Paul. Il sentait qu'il y a dans l'homme un principe qui agit et qui est au-dessus de la loi des membres. Ce principe se révèle à luimême par la conscience. Notre conscience nous avertit de ne point obéir à nos sens comme une brute, de ne prendre notre mot d^ordre, pour parler à peu près comme Platon, ni dans notre ventre ni dans notre bas-Vfeiltre ; de résister à notre gourmandise et à notre concupiscence; de maîtriser notre corps afin de le raidir contre, la paresse et la débauche ; de dompter nos passions naturelles, avarice, envie, colère, orgueil, soif' dé jouissance et dé domination ; dé vaincre notre égoïsme ; d*aimer lé prochain, de sacrifier nos intérêts, notre" vife rtlêttie âù bien d'autrui, c'est-à-dire de pratiquer la charité ; de chérir la justice et tout oe' qui 6st noble, pur, beau et grande et cf y croire, c'est-à-

CE <îu'est le cerjcanisme. 99

d^ d'îbvoir Ja foi ; d'y croire ea dé|»t du train du monde et de persévérer dans cette foi malgré toutes les blessures que k monde Jiû fait, c'eat-à-dire de garder l'espérance. Un pouvoir qui agit sur ces sentiments pour les entretenir et les exalter, qui fortifie •la raison ccMitre la chair, «st vraiment un pouvoir spirituel.

Historiquemait, dans notre civilisation occidentale, la source de la spiritualité a été le christianisme. Et il a paru excellent que le souci et la conduite des choses spirituelles fussent entre les mains de gens chargés de donner, avec le ccMiseil, Texemj^e. Qui dira ia puissance de l'exemple? Les saints sont le seS de ia terre.

Surtout il a semblé très prudent et très bon que le soin de ces vertus de spiritualité ne fût pas remis entre les mains de ceux qui détiennent précisément par fonction les grandeurs de la chair et qui ont pour mission de promouvoir les intérêts terrestres, pleins d'ambition, de richesse, de ruse, de conçu- ^^*^scence, de passions, forts du pouvoir matériel toujours tenté, toujours capable d'opprimer les âmes ; en un mot, il a paru bon que l'hygiène et la médecine des vertus de l'âme eussent d'autres gardiens que les bénéficiaires des pouvoirs temporels de ce bas monde : Nemo miiitans Deo impUcat se negoiiis saecidaribus, dit le même saint Paul.

Auguste Cc«nte voit dans cette séparation des pouvoirs spirituel et temporel réalisée par le christia-

nisme le chef-d'œuvre scientifique du moyen âge.

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