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—Des souffles violents, hélas! les ont éteints, Comme on fait des flambeaux, après les grands festins.
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La bible de la mère Redmond
Sur le chemin pierreux de Sainte-Marguerite,
Tout bordé de grands bois sous lesquels il s’abrite, S’élève un bâtiment au comble à pie et long:
C'est le Travellers’ Rest de la mère Redmond. L’extérieur n'a rien du somptueux des villes:
C'est un modeste chaune, aux alentours tranquilles, Où la brune hirondelle accroche son doux nid. L'oiseau vient y chanter son hymne à l'infini,
Aux murmurants accords d’un ruisseau qui glougloute. C'est là que le passant, fatigué de la route,
Peut se réconforter pendant quelques instants,
A toute heure et saison, de pluie ou de beau temps, Car, depuis quarante ans, cette bonne Irlandaise
À constamment tenu la bouilloire sur braise, Pour bien remettre à plomb le voyageur rendu. C’est une providence en ce chemin perdu.
Native de Wexford, notre vieille insulaire
Avait tous les grands traits du type originaire : Teint frais, plein d’incarnat, des filles de l’Erin, De soyeux cheveux blanes ornaient son front serein. Sur sa tête trônait une énorme céline
Où s'étaient entassés des flots de mousseline ;
Et son ajustement, toujours d’un propre exquis, N'empruntait rien au chic des modes de Paris, Elle avait en honneur le long corsage à pointe,
Et, près du cou, sa robe était prudemment jointe. Relique du pays, son châle à rouges pois
Ne sortait du bahut que de bien rares fois.
Quant à la coiffe verte, elle n’entrait en lice Qu'’aux grands jours du Christmas et de la Saint-Patrice. Née avec un cœur d'or sensible et généreux,
Sa porte était ouverte à tous les malheureux.
De sa race elle avait l'esprit vif et caustique,
Et ne laissait jamais un bon mot sans réplique, Son Hugh vivait encor; c’était un bon vieillard Qu'un verre de whisky rendait drôle et gaillard. II ne travaillait plus et fumait près du poêle
Du matin jusqu’au soir, dans son collet à voile. On voyait cependant que le cher vieux colon
Ne jouait dans l’hôtel qu’un second violon.
Ils avaient une fille, un beau grand brin de blonde, Forte de ses vingt ans, accorte et rubiconde. C’est elle qui veillait aux choses du dehors,
Tout en ayant un œil aux bruyants galaors.
Spirituelle et gaie autant que vertueuse, C'était le boute- en- train de l’auberge joyeuse, On vivait dans l’aisance au milieu de ce bois; Les profits suffisaient amplement pour les trois.
Quand je passais par là, revenant des malades,
Je n'oubliais jamais mes bons vieux camarades; 8 J'arrêtais chez Redmond pour leur serrer la main, Dire un mot de causette et me refaire un brin.
Mais le jour fortuné, le jour par excellence,
Où l'auberge prenait son grand air de bombance, C'était le dix-sept mars, fête du grand Patron,
Que tout Irlandais chôme en portant vert fleuron.
Je sentais, ce jour-là — comme un flot qu’on déchaîne — Mon sang de Kilkenny me courir dans la veine,
Et, paré du shamrock, je montais à Frampton
Me mettre dans les rangs des amis du canton.
La messe terminée au temple du village,
Nous descendions alors, suivant le vieil
Chez la mère Redmond, où nombre d’Irlandais Célébraient en trinquant l’arrivée au relais. Et la mère, en l'honneur de son aïeul Patrice, Pour ce jour de gala sortait une milice
flacons bien remplis d'aleool et de vin.
* Mot populaire en Irlande pour bons viveurs.
Abaissait en oe jour
au rôle de bouteille,
Grand format in-quarto, bien fait et bien coulé, Servant de dame-jeanne et d'ornement moulé, Cette œuvre d’un malin, fort dans la céramique, Faisait allusion à l'étude biblique.
D'un côté de la bible,
en langue d Albion
On lisait ces deux mots : „Self interpretation Et, sur l’autre côté, la tête dans la boue, MAté sur ses affûts comme un canon en joue, Se débattait un homme en habit de jockey ;
Et, plus bas, se lisait : / John Bull in the wrong way
Compatissant ensemble au sort du pauvre diable, Nous portions sur la bible une main secourable,
Comme pour alléger les maux dont John souffrait.
—Passéz la bible ici qu Disait le père Hugh; —Arrêtez done un pe Un chapitre en passant Pour sûr, reprenait Jim, j ai bu I Apocalypse, Car je sens mon soleil
car le choc répété coups était riche en clarté.
e je me convertisse, je sens que ma foi glisse!
u, répliquait le vieux Jos:
me serait à propos.
qui pâlit et s’éclipse!
Mais ce qui me semblait tendre au demi-divin, C'était la bible en grès, que la maligne vieille
CE QU'IL 4 oHA:yTÉé
—Et moi, rétorquait John, j'ai mal interprété : Me voilà, Pour le moins, aussi bien que No6 — Et chacun à son tour, apostrophant la bible,
Bombardait de lazzis l'Anglais servant de cible.
Les discours pullulaient, et les toasts à l’Erin 3 Faisaient suite aux chansons qui soutenaient l’entrain.
S’incrustent à jamais au cœur de l’opprimé.
Quand l'étoile du soir COMmençait à paraître Au-dessus du is qui C'était li
Sous le bocage Stances enfantines
4 Alfréda.
Donne ta main, petite; Dépêche-toi, viens vite:
Allons sous les sapins!
Le rossignol y chante Sa romance touchante, Avec des sons divins.
Il est là sur la branche!
Papa, tiens! il se penche. ...
Non! je la reconnais ; C'est la petite mère, Qui, la saison dernière, Couvait dans les cyprès.
CE n. A CHANTÉ
Dis donc? d'où revient-elle, La pauvre colombelle,
Sans avoir plus grandi 1.
Elle a sa même plume!
N'a-t-elle qu'un costume
Pour dimanche et lundi .
lle s’en va, mignonne, Quand les brises d'automne Saupoudrent leurs frimas, Demander un asile
A quelque lieu tranquille, Où I'hiver ne va pas.
La gentille pauvrette
N'a pas grandi, brunette, Et ne grandira pas.
Elle reste petite
Pour se sauver plus vite - Des vautours et des chats.
C'est la même toilette Qu'elle portait, fillette, Quand elle a fui nos bois.
Dieu, si plein de fortune, Nꝰen lui fait avoir qu’une A tous les douze mois.
— = en
. eme
mm
D'après le divin code
On ne suit pas la mode:
C’est pareil tous les ans.
Chaque oiseau se contente D'une modeste mante
À fond de duvets blancs.
C'est pour donner aux pères Ainsi qu aux folles mères Une grande leçon, :
ux qui drapent leurs filles De points et de mantilles Quatre fois par saison.
ais, papa, que fait-elle La pauvre colombelle Pour nourrir ses petits La mignonne coureuse Semble toujours heureuse En rentrant au logis !
—C'est le bon Dieu, ma
Qui toujours prend soin delle Et de ses oisillons.
C'est sa main qui lui jette
Le mil qu’elle becquète
A travers les sillons.
A chaque jour, sa peine Est de courir la plaine.
Elle n'en souffre pas.
II faut qu’elle travaille Pour trouver la grenaille
Ta petite frivole;
Laissons notre babil!
Retournons vers ta mère : Nous reviendrons, ma chère, Un autre jour d’avril.
fl | | |! | N {UE mi!
Légende traduite de l'anglais
Je vais vous raconter une vieille légende :
Au Pays-Bas vivait le vieux Mynheer von Clam, Qui se disait tout bas en buvant son Hollande : Je suis le plus Cossu marchand de Rotterdam |
Un jour qu’il était Plein, plein comme un œuf de poule,
se glissa :
Mais en le frappant, crac! sa jambe se
Un fameux chirurgien, doyen d’Académie, Fut mandé près du vieux en consultation ; Ayant besoin d’un membre en son Anatomie, II opina, tout court, pour l’amputation.
Docteur, votre couteau brise un peu ma fourchette, S’écria l’amputé! Faudra voir à cela!
De béquilles jamais je ne ferai l’emplette :
Une jambe de liège est ce qu'il me faut, là!
Dans Rotterdam vivait un savant machiniste,
Qui s engagea de suite à faire l’appareil.
À partir du genou, l’habile orthopédiste
Fait poser un ressort qui va jusqu’à l’orteil. E
En peu de temps, la jambe est très bien fagotée
Et fixée au tronçon; l'ouvrage est garanti...
Mynheer Clam sent alors son âme transportée,
Remonte le ressort, et le voilà parti!
La machine au début se conduit comme un charme, Sur ceux du pied voisin règle ses mouvements ; Mais voilà que bientôt notre homme est dans l’alarme, Le ressort agissant beaucoup trop par moments.
La course devient folle à donner le vertige!
Devant les magasins il fuit comme le vent : On dirait Phaéton dirigeant son quadrige.
II veut s'arreter, mais toujours file en avant!
Von Clam se jette à bas! m i
Il courut jour et nuit durant une Et de l’Europe entière il fit deux Clam mourut à la fin, sans doute à La jambe se démène ainsi qu’au p
On l'entend s’écrier en toute Conscience :
Arrêtez-la, la gueuse! Ah! je suis morfondu En entendant ces mots, vers Von Clam on 8˙6
Mais, comme plume au vent, il s’envole éperdu!
rse les plaines, Sans pouvoir reposer ses os Presque moulus.
rances vaines—
en plus.
vingtaine,
fois le tour.
bout d’haleine :
remier jour!
Souvenirs de coroner.
C'était au temps heureux où, rem Les enfants de
mil huit cent trente, José Plante courageux pionniers de ces bois.
misère sur lui pesant de tout son poids, II dut après vingt ans, pour acquitter ses dettes, Vendre son bien. Or, comme il restait quelques miettes, : Il en acquit un autre, au loin, dans la forêt, Puis se mit au travail, sans plainte, sans regret ; Et dans ce bois lointain, après mainte souffrance, Il se fit un abri, sans connaître l’aisance.
Un jour, à Saint-Léon, on apprend qu’en un puits
On vient de trouver morts le père avec son fils.
Coroner du district, pour percer le mystère
Il me fallut me rendre en ce lieu solitaire.
C'était au mois de mai. Les eaux de l’Etchemin
Débordant de leur lit inondaient le chemin
Et, petit à petit, comme une nappe immense,
S'en allaient dans les champs féconder ia semence.
Les trajets en voiture étaient tous arrêtés ;
On voyageait alors dans des canots montés
Par de solides gars, maîtres en canotage.
Au lever du soleil, je quittais le village
Avee un bon canot et trois vaillants rameurs.
Tout le long du voyage on parla des rumeurs
Qui eireulaient partout touchant la mort des Plante, Le courant était fort, notre marche fut lente ; Et ce ne fut qu apres deux heures d’aviron
Que j'apercus là-bas la cabane en bois rond.
—C'est là que nous allons, me dit l’un des trois hommes, Désignant la demeure; en vingt Coups nous y sommes,
CE dun. À CHANTÉ
Et près de la fenêtre était une croix noire.
Un vieux poêle, une huche, une table, une armoire,
Trois bancs de bois, deux lits, des plätres ébréchés Formaient l’ameublement. Et j'aperçus, couchés, Les deux infortunés, recouverts d'un suaire:
José Plante en un coin, sans cierge, sans lumière, Et tout auprès de lui, Théodore, son fils.
Sur leurs cœurs reposaient deux petits crucifix,
Assise près des morts marmottait une femme ; Sur ses traits on lisait les chagrins de son âme : C'était la pauvre mère, et l'épouse à la fois,
Qui restait, seule au monde, au milieu de ces bois, Et ployant sous le faix de sa peine cruelle.
Pris de compassion, j’allai m’asseoir près d elle Pour rendre un peu de calme à son esprit troublé. Puis, un moment après, sur un ton désolé Tombait avec lenteur, des lèvres de la vieille,
Le récit que voilà :
CE den. A CHANTÉ
‘“C’était le soir, la veille, Monsieur le Coroner, de l'accident fatal.
Mon fils me dit: demain je prépare un régal.
Dans le fond du saloir il reste une rouelle ; Je m'en vais la fumer jaune comme cannelle, Pour vous remettre un brin l'appétit qui s’en va. —Tant mieux! que je dis; mais... où vas-tu fumer ça? —Dans le vieux puits, qu il dit; l’endroit est magnifique. Ahl! oui, que je réponds; c’est un lieu sans réplique. Moi, ne connaissant rien, j'allais l'encourager, Ce pauvre Théodore, à courir au danger!
Nous étions presque heureux, monsieur, je vous l’assure; Depuis bientôt un an la vie était moins dure. Notre fils était bon, de cœur et de talents; C'était le seul espoir de nos vieux cheveux blancs.
Le père et moi l’aidions à cultiver la terre, Pensant que le bon Dieu, dans ce lieu solitaire, Voulait nous le garder pour nous fermer les yeux.
Le lendemain, mon fils descendait dans le creux Du vieux puits desséché, portant un plat de braise. Dès qu'il fut disparu, je sentis un malaise
Qui me fit frissonner. Le temps me parut long:
Je le guettais toujours au dernier échelon.
Comme, un quart d’heure après, il retardait encore, Je crie à mon mari:—Va done à Théodore!
CE u. À CHANTÉ
II est là, dans le Puits! Qu a-t. il qu'il ne sort pas... Le pauvre homme accourut; et je le vis, hélas!
Se pencher et descendre aussi, lui, dans l'échelle.
Mais à peine avaitil dépassé la margelle,
Que je cours vers le puits; j'avais comme souleur. J'appelai, je criai Dieu ! quel jour de malheur !
Je ne voyais plus rien; j’entendis une plainte 5 Qui, comme vous Pensez, grossissait fort ma crainte, J'essayai par deux fois à me jeter en bas;
Ce qui m'a retenue : Ah! vrai, je ne sais pas .
Je sentis sur mes yeux s'étendre comme un voile,
Et puis, tout scintilla comme un ciel qui s’étoile.….
Quand je revins à moi,—que ce rêve fut long!
Je vis Jeannot, le fou, qui m'essuyait le front. Il venait quelquefois, quand il faisait sa ronde, .S’asseoir à notre seuil, ce délaissé du monde ; Il partageait le pain des gens de la forêt,
Bien souvent dur et noir, mais donné sans regret. Il voulait, l’insensé, descendre dans l’abîme ; Maig q ai eru refuser ce dévoûment sublime.
Je l’envoyai quérir le plus proche voisin; Et moi, je restai seule... à ronger mon chagrin. On vint. Je les revis. La terrible agonie!
Ils étaient là tous deux, sans mouvement, sans vie. C’est l'épreuve que Dieu gardait à mes vieux jours Je l’accepte de Lui. .. Qu'Il soit béni, toujours!
CE QU’IL A CHANTÉ —ůͤ — ———— .Gü,——
Ou choisit un jury; puis, I'affaire éclaircie, On prononce aussitôt un verdict d'asphyxie.
Les cereueils sont cloués. On les met doucement Dans la pirogue, et les canotiers lentement
“:.+rennent l’aviron sans rompre le silence.
Lu ville est avec nous, entière à sa souffrance,
Sa levre est tremblotante; on l'entend soupirer;
Ses pauvres yeux rougis, fatigués de pleurer,
Sont constamment fixés sur les deux humbles bières ; Et, le cœur débordant de ferventes prières,
Parfois elle les montre au ciel d’un doigt tremblant.
Nous descendons bon train. Un silence accablant Règne parmi nous tous. Je regarde la lame Déferler sur les champs, et me dis, en mon âme, Combien ce frêle esquif glissant au fil de l’eau Représente la vie et son changeant tableau.
On aperçoit au loin les blanches silhouettes
Du village étalant ses chaumières proprettes.
Et, comme un flot mouvant, sur les arches du pont, Avec les noirs piliers la foule se confond.
Le son faible et mourant de la cloche qui tinte
CE QU'IL A CHANTÉ Q CRU (( A . ²˙ m». ̃— N 8
Arrive jusqu’à nous comme une douce plainte.
Sur la berge le prêtre avance lentement, Précédé de la croix dont le rayonnement
Sur les fronts inclinés va, Comme une caresse, En redonnant l'espoir amoindrir la tristesse,
Nous arrivons, enfin, On rentre l'aviron; On hâle le canot près de l’aile du pout, Et sur la grève humide on dépose les bières Que le prêtre bénit, récitant. des prières, ance au son morne du glas, Suivi des deux cercueils supportés par vingt bras. * + Éd
Ils dorment maintenant dans un coin solitaire,
A l'ombre de la croix où s’attache un lierre,
Peut-être seul ami qui leur reste à tous deux, Avec moi qui parle encor d’eux.
La pêche aux éperlans
Quand l’automne teinte les bois
De couleurs pâles et dorées ;
Que les oiseaux, sur les borées, S'en vont au loin en longs convois;
Que l’herbe fine des prairies
Revêt son manteau de frimas,
Et qu aux branches luit le verglas Comme un collier de pierreries;
Alors, les pêcheurs sont peu lents, Quand arrivent ces heureux signes, À préparer perches et lignes ;
Car c’est le temps des éperlans.
| } | | Le
Nageur svelte, aux allures vives,
Hôte choyé du Saint-Laurent,
Ce petit poisson, blanc d'argent, a Abonde partout sur nos rives.
— — —————— , à Set R
L'automne, il fuit les crocs tranchants Du grand marsouin qui le dévore; Mais, hélas! le pauvret ignore
Que certains hommes sont méchants!
Dès le matin, quand la marée Monte le long des quais gluants, Mille pêcheurs, tout remuants, Sont déjà là pour la curée.
On met l’appât aux hameçons, Et dans à peine une seconde
; Les lignes s’enfoncent dans l'onde, Toutes lourdes de trahisons.
Les perches et les jones flexibles, Toujours tenus en mouvement, Sont comme un taillis que le vent Flagelle de ses coups terribles.
CE eU. A CHANTÉ
— — x xc —— X à
L'heureux pécheur qui, le premier, Sort triomphant de cette épreuve Et tire un éperlan du fleuve
Est l’objet d’un hourra princier!
Ce cri, c’est le clairon de guerre, Sonnant la charge et le combat, Et, pour tirer, chaque soldat Lève. promptement Sa visière,
Ses yeux sont Pétillants et clairs, Rien n'arrête sa main rapide, Et, sortis de la plaine humide, Les éperlans mordent les airs.
Quel beau spectacle de Novembre, De voir ces poissons frétillants, Tels de lumineux diamants,
Passer devant un soleil d’ambre!
Mille rayons et mille feux S’entre-croisent en jets rapides Et rendent flamboyants les vides
Que les pêchenrs laissent entre eux.
CE QU’IL A CHANTÉ ete OR Mais que de morts! quelle hécatombe!
Désastre affreux, vrai Waterloo,
Chaque éperlan qui sort de l’eau,
Dans un panier trouve sa tombe.
Sitôt qu arrive le reflux,
Les lignes pendent, immobiles,
Au fond vaseux des eaux tranquilles:
Le poisson fuit et ne mord plus.
Où sont-ils, cez jours sans orage,
Jours de jeunesse et pleins d’élan, Où j'allais pêcher l’éperlan, Avec des amis de mon äge .
Ces plaisirs purs sont disparus, Comme les rêves de l'enfance!
Et mon cœur saigne quand il pense Qu'ils ne reviendront jamais plus!
Heures de soleil
A ma soeur,
Le soir, quand tout se tait sous le vaste empyrée,
Des jours de mon matin.
Et ce doux souvenir tout rempli de lumière, Noble et resplendissant comme un soleil de mai, Semble animer encor de sa chaleur première
Les objets que j aimai.
78 CE G’ n. A CHANTÉ — — ——̃ —
Et puis, je erois sentir sur mon front qui se ride
Les baisers que ma mere y déposait le soir,
Lorsque tout près de moi, pour un instant rapide, Elle venait s’asseoir.
Et les petits dodos que nous faisions ensemble
Près du poêle chantant, sur le même oreiller 1
Souvent j y pense encor, maintenant que je tremble De ne pas sommeiller.
Et je revois aussi ces bons amis d’enfance Qui venaient partager nos plaisirs et nos jeux; Il fallait peu de chose, en ce temps d’innocence, Pour faire des heureux.
T'en souvient-il, ma sœur, de ces heures bénies, Où nos cœurs battaient dru des mesures sans fin, En se laissant bercer aux douces harmonies
Du soir et du matin?
Nous roucoulions alors comme des tourterelles, Dans le grand nid soyeux que Dieu nous avait fait ;
Nous avions du soleil, nous nous aimions comme elles D'amour tendre et parfait.
5). ne
Nous suivions les rvisseaux, sautant de roche r:; roche Pour pêcher des goujons longs comme un doigt d'enfant ; Moi, je portais la ligne, et toi la frêle broche,
D'un air tout triomphant.
Puis, mollement couchés sur l'herbe verte rt douce,
Laissant baigner nos pieds dans l’onde qui chantait,
Nous jetions an Courant de petits brins de mousse Que la lame emportait.
Et ton œil se mouillait quand, tout sanglants, sur l’herbe J'étalais mes exploits.
O! quel bonheur pour nous quand, battant la feuillée, Nous trouvions des nids pleins sous les buissons fleuris ! Que d’amour recouvrait la tente ensoleillée
De ces êtres chéris!
Qu'’elles sont déjà loin, ces heures embaumées,
Souvenirs d’un matin, beaux projets d'avenir!
II ne nous reste plus de ces choses aimées Qu'un lointain souvenir,
Au grand poète Victor Hugo
Tu n'es Plus, maintenant! O poète! O grand homme! Ta lyre s’est brisée, et tu dors le long somme Qu'il nous faut tous dormir durant l'éternité, Le monde tout entier a pleuré sur ta tombe ; Ta mort, dernier rayon d’une étoile qui tombe, A fait nuit sur l’humanité.
Tu mourus lentement, comme une symphonie,
O rêveur inspiré! - Ton immortel génie = Comme un astre géant éclaira l'univers.
Et durant près d’un siècle, en des notes profondes,
Ta grande voix vibra jusqu’au delà des mondes, 4 Sous la voûte des cieux ouverts. . a
Tu fus plus grand qu’un roi: ton front porta couronne, Ta plume était ton sceptre et la terre ton trône. Sur tous les cœurs souffrants tu régnas à jamais. Ton talent éleva vers des sphères nouvelles La sainte poésie, en lui taillant des ailes Pour franchir les plus hauts sommets.
Où va frapper l’éche du doux parler de France,
Tes chants résonneront comme un accord immense,
Portant l’apaisement dans ses vibrations.
Jusqu'à la fin des temps leur roulement sonore
Dira que ton nom vit, du couchant à l’aurore, Grand dans le cœur des nations.
Les malheurs ont sur toi passé comme des trombes,
Et tu fus écrasé sous le convoi des tombes Dont la mort, trop cruelle, encombra ton chemin. Mais après ces grands deuils, levant: ta tête altière, Tu revenais à Dieu, l’éternelle lumière,
Ton luth immortel à la main!
Quand, défenseur des droits d’une classe asservie,
N'écoutant que ton cœur, tu dépensais ta vie
Au triomphe futur de la fraternité,
Croyais-tu que ta voix ferait frémir la terre,
Et que devait jaillir pour toi de son tonnerre L'éelair de l’immortalité®?
Dors en paix, maintenant, au Temple de la Gloire!
Au milieu des héros consacrés par l'Histoire :
Nous, nous Prierons pour toi le Dieu bon et clément.
Dors l'éternel sommeil ! la grande heure est sonnée!
Ton rêve est accompli, ta lutte est terminée :
Wange a crié: Commencement !“
Juin 1885.
Done en dimctt ends cisissesaaé
—— — Mal Né in:
ro oo ot tone
Les feuilles sont tombées 5
Novembre est apparu. Les feuilles mordorées Flottent comme un Manteau sur le gazon frileux : Et les brises d'automne, en notes éplorées,
Dans les grands rameaux nus soupirent leurs adieux.
Tout pleure. La rosée, aux cils gris des vieux arbres,
A suspendu, la nuit, ses larmes de cristal.
Et sur leurs fronts rugueux, blanchis comme des marbres, Le froid a mis sa lèvre et son baiser fatal.
Les oiseaux ont quitté nos forêts solitaires. Plus de joyeux échos, plus de refrains charmants. Ils se sont en allés vers des lieux moins austères, Demander au soleil des rayons plus cléments,
RS
Tout dort. On n'entend plus la chanson des mésa: Se dérouler plaintive, aux cris clairs des grillons; Ni les concerts naïfs des ramages étranges
Qui sortaient au printemps du nid des oisillons
Aux cimes des grands fûts, dans les ramures grises Se balancent tremblants les petits nids déserts,
Et leurs soyeux duvets, dérobés par les brises,
S’en vont, au gré des vents, se perdre dans les airs.
Pauvres fils de: Vierge! Allez, fuyez bien vite! Quittez ce mond ingrat, volez vers l'inconnu: Peut-être que demain le nid qui vous abrite, Brisé par l'ouragan, jonchera le sol nu.
Tout ce décor de deuil et de sombre mystère Nous remémore ceux que nous avons aimés.
Et des ombres partout surgissent de la terre, Cherchant leurs gmes sœurs avec des yeux fermés.
Une voix nous apprend que tout passe et tout tombe, Mais qu’un jour près de Dieu tout fleurira vermeil,
Et que pour nous, mortels, rien n’est vrai que la tomb Où nous irons dormir notre dernier sommeil.
nés.
ombe, meil, a tomb
CE u' A CHANTÉ 87
fouler un bois d'automne
t des cœurs inconsolés.
vous refaire la Couronne
des beaux jours envolés!
Allez, vous qui pleurez C’est le refuge ouver Peut-être Y pourrez- Si pleine. de parfums
8 Voix du coeur
Parfums des lointa ines années, Mousses de mes sentiers fleuris, Brises, suaves halenées, Aromes de mes bois chéris!
Germes féconds, que le ciel fit éclore En ces chastes instants | Là, dans mon cœur, vous embaumez encore, Senteurs de mon printemps!
Oiseaux qui chantiez au bocage Vos gais refrains et vos amours! 4 Doux bruits de nide. muet langage! 0
Jadis je vous cherchais toujours. 5 Nous nous aimions et je vous parlais d’ELLE
Dans notre intimité.
Là, dans mon Cœur, chantent, écho fidèle,
Ces voix de mon été.
CE u'. A CHANTÉ eq
Bois aux jaunissantes couronnes, Où, tout rêveur, j'allais m’asseoir!
Soupirs d'oiseaux, chants monotones Qui semblaient endormir le soir!
Nids d’exilés, flagellés dans les cimes Par le bras des autans!
Là, dans mon cœur, sont vos plaintes sublimes, Automne de mes ans!
Frissons qui couries dans les arbres En secouant leurs fronts chenus!
Givres constellant de vos marbres L'’épiderme des rameaux nus!
Grands pins neigeux où pleuraient les mésanges, Souffles glacés de l'air!
Là, dans mon cœur, je sens vos froids étranges Envobir mon hiver.
ges,
del? D Q Ch Def D Q EC RER ANT