UN JA
Bois d'automne
Je viens te dire adieu, bois mordoré d'automne, Avant que l’aquilon ait jeté ta couronne
Sur le gazon jauni.
qe viens me reposer un instant sur tes mousses, Et retremper mon âme aux émotions douces
De ton calme béni.
Les beaux jours sont passés. II fait froid dans la plaine; Les brises ont perdu leur amoureuse haleine Et leurs baisers charmants.
Mais pour toi les autans ont de douces caresses, Et leur souffle hardi joue encor dans tes tresses Comme des doigts d’amants.
CE d'. A CHANTÉ
Les fleu's ont disparu de tes sentes ombreuses ; Et l’infime grillon, en des notes pleureuses, Dit sa chanson tout bas.
Les lierres desséchés s’affaissent sur les chênes Et les hêtres touffus laissent tomber les fênes Qui pendent à leurs bras.
Tes oiseaux ont cessé leurs gazouillants murmures, Et ne sautillent plus sur tes vertes ramures. é Où done sont-ils allés?
Ont-ils fui pour toujours tes inconstants ombrages 7. Ou, pour trouver ailleurs des eieux exempts d’orages, Se sont-ils exilés ?
Que de nids pleins d’amour, où dormaient les mésanges
Ont perdu sous le gel le duvet de leurs langes, Et leurs joyeux concerts!
Encore quelques jours, et leurs mousses soyeuses,
Pauvres fils de la Vierge, arrachés aux yeuses, Se joueront dans les airs.
Nos cœurs ne sont-ils pas, dans la première ivresse, Des nids de duvet blanc que le printemps caresse Du feu de ses rayons?...
Mais quand viennent les jours et que souffle la bise, Comme un nid trop chargé le cœur trop plein se brise, Perd ses illusions!
anges
Que ton silence est grand! que ta paix est profonde, O bois!.., Tu dors bien loin de ce fracas du monde Qui tue avant le temps!
Quand l'automne est venu, ta feuille tombe morte, is une autre renaît de la sève qu 'apporte Le soleil du printemps.
O feuilles qui demain joncherez, immobiles,
Le sol glacé des bois! que vous semblez tranquilles Sous le froid qui vous mord!
Nous aussi, comme Vous, devons baiser la lame
Qu'un destin trop cruel enfonce dans notre ame, Et sourire à la mort.
Tombez au gré des vents, pâles feuilles d'automne, Sur le coin de gazon que le bon Dieu vous donne! Allez où vont les fleurs!
issez nos bras meurtris continuer la joute, Et nos pieds tout sanglants se trainer sur la route Des regrets et des pleurs!
O vous qui reposez en des lits de dentelles, Frileusement cachés sous vos chaudes flanelles, Non, vous n avez jamais pensé * A vous mettre sur pieds, un jour quand le froid pique, 1 Pour aller contempler la majesté féerique D'un bois que Décembre a glacé,
Je vous laisse aujourd’hui sous vos grands rideaux roses, Où souvent à midi Vos paupières sont closes
Dans la tiédeur de votre lit, Pendant que, moi, je vais, sur mes larges raquettes, Demander de la vie à ces scènes muettes,
Où le cœur s’ouvre et se remplit. .
Oh! quel calme profond! La neige blanche et pure A jeté sur la mousse un voile sans souillure, Tout constellé de blancs émaux ; Et le soleil qui passe à travers les grands arbres, Dans un poudroiment d'or anime tous ces marbres, Pour en faire autant de cristaux.
Le chêne, ce géant à la forte membrure, Balance ses grands bras en cadence et mesure,
Tel un gladiateur romain; Il attend, torse nu, les vents et la tempête Qui, malgré leurs efférts, n’ont pu courber sa tête Ni le coucher sur leur chemin.
L’érable et le grand hêtre ont des frissons étranges,
Et, comme des enfar'3 dépouillés de leurs langes, Frémissent le leur nudité;
Ils semblent envier, interdits de leur perte,
Le sort des pins ombreux dont la toilette verte
Nargue l’hiver comme J été.
Par un beau jour d'hiver, quand les brumes algides
Déposent sur les bois leurs globules humides, Le givre étale ses splendeurs;
La perle et le rubis, le saphir et l’opale
S'unissent pour lancer, dans la lumière pâle
Le chatoîment de leurs couleurs.
ire
CE QU’IL A CHANTÉ 97 1 ⁰Üi . — E
Coume le tintement d'un glas sous la ramure, Le fer du bûcheron s’abat, avec mesure, Sur l’érable aux fibres d'acier ; Puis un long eraquement comme un eri de détresse... C'est le suprême adieu de l'arbre qui s affaisse Sur le branchage du hallier.
La petite mésange, allègre et curieuse,
Saute de branche en branche et · beequette, frileuse, Les insectes des grande pins creux;
Qu’es-tu? demande-t-elle au Pauvre mercenaire,
Qui, chargé de bois mort, de neige et de misère, Répond: Je suis un malheureux. ’?
L'adroit pic-vert Pattu de son long bec avide
Frappe à coups redoublés l’écorce sèche et vide Où se cache un ver somnolent ;
Et le bruit saccadé de l’attaque soudaine,
Fait un crépitement que le vent prend et traîne F4) À travers le bois indolent.
Bravant tous les frimas, la perdrix de savane,
Comme aux beaux jours d’automne, en gloussant, se pavane, Autour des superbes bouleaux;
Puis, à certains moments, soudain elle s’atrête
Et recommande aux bois, d'une voix inquiète, | Ses imprudents petits perdreaux. :
TRS en 0