ORATEURS ET POETES UES RUES
Quelque curieuses que soient les physionomies fies chanteurs ambulants, je ne sais néanmoins s’il n’y a pas un sujet d’études plus intéressant encore dans ces orateurs et ces portes des rues , qui cultivent sans gloire, mais non sans honneur, le grand art de la parole, et qui, chaque jour, du haut de leur tribune, haranguent le peuple en plein air, comme faisait Périclès à l’agora. Que. de types à observer, depuis ces modestes héritiers des rapsodes et des troubadours, ces conservateurs des traditions primitives qui, se ressouvenant sans doute que jadis la lyre était à la fois le symbole de la musique et de la poésie, unissent, comme Orphée, l’harmonie des vers A l’harmonie du chant, et promènent de rue en rue leurs Muses mélodieuses; en termes moins pindariqués , depuis ces hommes qui chantent, en s'accompagnant de l’orgue de Barbarie, des romances qu’ils ont cuvmémos composées, jusqu’à ces industriels forains, ces saltimbanques vagabonds, dont plusieurs dépensent des prodiges de verve et A'/iumour pour aligner sur les bancs de leur baraque un public de vingt personnes, devant l’estrade où leur femme-colosse trône dans sa puissance et sa majesté!
Il n’est pas, je pense, de membre de l’Académie des sciences morales et politiques, pas de maréchal de France, de littérateur couvant sous sa perruque les destinées de l’Orient , de diplomate décoré des sept couleurs de l’arc-en-ciel , d’ambassadeur indien