‹ Ce qu'on voit dans les rues de ParisChapitre 13 sur 46 · AUX GENS OK LA VILLB · texte numérisé non relu

AUX GENS OK LA VILLB

Je ne portons point de beanx kabit«.

Je n'avons jamais q' celui des champs .

Je n' sommes pas habitants de la ville ; Mais je n' devons rien aux marchands.

Si v' avex les cheveux pleins de poudre.

Ah! ne v's estimex pas tant :

Le meunier de notre tillagc Les a bien dix fois plus blancs.

Si v's avet des beanx plumages, • Ne faites pas tant les arrogants :

Les dindons qui sont dedans nos cajjes Ka ont biett trente fois antaiit

Si v'avez une belle famille, Ne faites pas tant lei pédants :

Hlous .je ne sommes pas de la ville .

Mais je somm' pères de nos enfants.

Il faut remarquer, en passant, avec quelle prédilection les campagnards se moquent de ceux de la \ille. C'est là un sujet d* intarissables plaisanteries durant les veillées d^hiver, et chacun a son histoire ou son trait sur tel beau monsieur de Paris qui confondait le blé avec les pommes de terre , qui prenait les choux pour des artichauts*, croyait qiie les navets et les calottes étaient en dehors du sol, et que le grain {Haussait sur les arbres.

Mais revenons.

•iJ4 CE yf ON VOIT

Tantôt c^cst une romance sentimentale et rêveuse, toute parfumée de cette fleur bleue de Tidéal, découverte par H. de Balzac; ou bien charmante et coquette en ses gracieuses allures, comme la suivante , sur un motif qui revient très-souvent dans la poésie populaire :

Si j'utais hirondelle , Qae je puisse voler.

Sur votre sein , la belle , J'irais me reposer;

et celle-ci encore :

Enfin vous voHà doue ,

Ma belle mariée ;

Enfin vous voilà donc

A votre époux liée

Avec un long fil d'or

Qui ne rompt qu'à la mort '.

Tuulôt c'est un petit pocme fantasque , dont le héros est un soldat qui épouse une princesse, et dont les descriptions semblent empruntées aux Mille et une nuits; ou, comme dans les Filles de la Rochelle, un

* Les Instructions de M. Ampèjrc sur la poésie populaire de la France offrent une variante bien grave et bien élevée de la même chanson. Voici le début :

Rossignolet des bois, rossignolet sauvage, Rossignolct d'amour qui chante nuit et jour.

Il dit dans son jargon , dans son joli langage :' Filles , mariez-vous , le mariage est doux.

Nous sommes v'nus ce soir du fond de nos bocages

Vous faire compliment de votre mariage ,

A monsieur votre époux aussi bien comme à vous....

11 me semble qu'il faudrait diviser chacun de ces vers en deux.

DA\S LES KUËS DK PARIS. 2dû

tilt de vengeance , une plainte lamentable ; quelque- ) une raillerie inspirée par la misère des pauvres is et les oppressions des seigneurs ; ou bien enfin 3 nénie lugubre dont le riiythme plaintif acciroit Tet singulier. Telle est la chanson ou plutôt le ime sur la mort de Jean Renaud que cite encore rard de Xcrval dans ses Vieilles ballades frart" ses, Jean Renaud revient de la guerre au moment sa femme est accouchée d'un petit, 11 est mouit , et , vers le minuit , il rend Tâme. L^ accouchée veille :

Ah! dites, ma mère, ma mie.

Ce que j'entends pleurer ici ?

— Ma fille , ce sont les enfants Qui se plaignent du mal de dents.

— Ah ! dites , ma mère . ma mt« , Ce que j'entends cloocr ici?

— Ma fille, c'est le charpentier Qui raccommode le plancher.

— Ah! dites, ma mère, ma mie.

Ce que j'entends chanter ici?

— Ma fille, c'est la procession Qui fait le tour de la maison.

— Mais dites , ma mère , ma mie .

Pourquoi donc pleurex-vous ainsi?

— Hélas I je ne puis le cacher :

C'est Jean Renaud qu'est décédé.

— Ma mère , dites an fossoyeux Qu'il fasse la fosse pour deux»

Et que l'espace y soit si grand Qa,'on y renferme aussi l'enfant '.

' On peut lire la même chanson , avec des variantei ftsses nom- !uses , dans les Instructions de M. Ampère sur la poésie popure. Je préfère de beaucoup coUe que j'ai citée.

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