HR CE QU 0^ VOIT
main, ou, h tout le moins, au corsage. Jadis, c^était un oiseau sur le doigt ; mais F oiseau a fait son temps ot cédé sa place à la fleur.
La plupart des dames ont la manie de poser, la poitrine en avant , la tête penchée , la bouche en cœur, avec un sourire stéréotypé quMl faut rendre, sous peine de s'entendre dire qu'on les a vieillies et renfrognées. Mais voici le problème: c'est qu'elles veulent absolument sourire sans qu'on leur allonge la bouche; vous serez bien heureux , au contraire , si elles n'exigent pas encore que vous la rétrécissiez, et si ces lèvres de poupée minaudière qui seraient trop courtes pour une petite fdlc faisant la moue, ne leur semblent pas trop longues , même pour le sourire.
- Le corset est-il utile? Oui et non, » dit une magnifique enseigne du quartier Saint-Germain. Quoi (ju'il on soit de cette grave question d'hygiène, on peut aflimier qu'au j>ointde vue de l'art, et malgré l'opinion de la plus l)elle moitié du genre humain^ le corset <'st presque toujours une absurdité déplorable. Uue dame (]ui se fait peindre aura grand soin de s'écraser préalablement la taille ot de s'aplatir la poitrine dans ce laminoir, et il faut, bien entendu, qu'on reproduise scrnpulousement ces contours étriqués, ridicules, impossibles, sans ampleur et sans proportions. Ni k Vénus de Milo , ni la Vénus de Médicis, ni la Madeleine du Corrégo, ni les Xymphes de l'Albane, ni aucvn de ces splondides ou gracieux types de femmes créés par le pinceau des grands maîtres , ne portent de corset; mais montrez-nous une dame de nos jours, duchesse ou financière, que ces raisons aient touchée, et je l'ii-ai dire à M. Dubufe!
C'est qu'avant tout duchesses et financières tiennent <\ ce qu'on voie , au premier coup d'œil jeté smr leur
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{>orirait, qu'elle» appartieBneiit mm noadfe tmnme U faut. EUes se préoccupent encore meîns ^êkn beHes, que de Tètre à la façon do jour, et il MOiMenît à les voir et à let entendre, qu'elles posent pMiréBS gnh^ vures de modes. Soignei la vessemUaaoe de la vabe au moins autant que celle de la figure; rendes en avec scrupule, avec respect, laeonlenr, le dessin, la coupe , les fleurs , la richesse ; snrpasseff vons dnas les dentelles, la gaie et les bijoox, et vnos grand peintre.
Ces dames arrivent au stencês stvae très-décolletées , eomnae si dlei mUaient a« hd, trant leurs épanles poinhiss qne l^utisle ««a Je galanterie de poteler un peu, accnniiées À^mÈanê^ gantes toilettes à oonlenrs voyantes et ne parviendret pas à lear fiûre tons ces falbalas prodanmat m àBA diissIiiST ai peinture ; vous ne leur pensadem piulsarloat qKH vaudrait infiniment mieux nsvètir des cenleMS ae» destes qui feraient valoir la pliyiieBewia an lian ds reffaccr; que dans on porlrait rinlérét et k rsgaid doivent se réunir snr la figare^ partie priiipels, né rayonnent le sentiment et Fidée^ et ^fm te«t ee qni en détourne Tattentioii est «ne lante dresse.
U faut donc pardonner bea«c—p mm naîres des beautés féminines. On teôrreprodie. de représenter des poupées hibîllées ea grandeelré» monie et d'être des peiatics de tebes «t de eeîanis. Cela est vrai ; mab, hébs! qne fittueeeeedrinlnilBbles clientes dont le tj ramiiqve menesis goiS ê^imfomX l'arti«tc ci reçoit, sans plier d*Bne I^M, tonies les observations et tontes les snppKseÉeBS? Gemasent peindre une peau si bien badigeonnée et rebadigeeMifa
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qu'on n'y voit que du blanc de cérusc et du rouge végétal ! Songez un peu à tout ce qu'on a demandé au peintre, aux fantaisies, aux caprices, aux exigences contradictoires , — aux perpétuelles concessions qu^il a dû faire ! Songez-y, et il ne vous restera plus de rourngc que pour Findulgcnce.
Ce qui effraye surtout les bourgeois , ce sont les ombres du modelé ; ils ne voient là que du noir, qui rembrunit et attriste la figure. Cette nuit sur leur face les désole et les navre. La moindre tache dans la physionomie du tableau les alarme ; chaque pli leur semble une ride. Pas de demi-tèintes , mais une carnation uniformément blanche comme une buCQeterie, nt délicatement nuancée de rose aux ponunettes! Pas d'empâtements : cela est raboteux et grossier! Les dessins des journaux de dames et de tailleurs, voil& leur secret idéal ! C'est propre, c'est soigné, c'est léché , c'est fini ; les cheveux sont artistement arrangés, (peintres, n'oubliez jamais ce grand point dans le portrait d'un bourgeois, et faites-vous coiffeurs pour lui plaire) ; les cils , les ongles , les yeux sont nettement dessinés et coloriés avec amour ; la pose est gracieuse , la gorge saillante et la taille fine. A la bonne heure, au moins! tandis que ce malheureux peintre, quoiqu'il y mette le temps, a l'air de brosser sa toile avec un balai et de vider sa palette pêle-mêle sur sontableau.
Aussi s'y prennent-ils de mille manières indirectes pour avertir l'artiste , quand ils n'osent le faire directement. Ils le harcèlent d'allusions, pour Famener à quelqu'une de ces l)elles peintures où Ton ne voit pas de coup de pinceau :
u II me semble qu'on me fait un peu noir, hasarde le mari.
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— mon ami , riposte Fépouse , certainement , si cela devait rester ainsi, mais ce n*est pas terminé. Il faut d'abord commencer par ces teintes-là, et puis Ton met du blanc par-dessus. \*estrce pa», monsieur? Monsieur sait bien que tu n^es pas un nègre , n^aie pas peur, et il a trop de talent pour te gâter la figure. »
(y est encore une des plus déplorables habitudes des bourgeois qui se font peindre que de se levex 4 chaque instant pour voir où en est le portrait. Ik s'étonnent de la lenteur des progrès, du temps .qu*9 • faut à Tartiste pour finir un œil, et n'y comprennent rien , lorsque au bout de plusieurs séances ils cnuent apercevoir rœuvre toujours au même point, ou même moins avancée que d'abord. Ils se désolent des tons tranchés , bleus, violets, verdâtres^. qu'ils déopuvreint dans la physionomie à peine ébauchée. L'un des membres du couple est toujours derrière le peintre^ suii unt , sans se lasser, les évolution^ de la brosse , et le lorturant de ses réflexions et de ses conseils : c^est h. cou qui est trop court ; c'est le front quLest tjnopJiaSi c'est le nez qui est trop long ou trop gros, l^ malr heureux est accablé d'observations, d'exdamatioQs et de rectifications. S'il veut bénévolement se son* mettre, il faut qu'il transforme à chaque instant soh œuvre, d'aprî'.s l'avis de tous les. voisins et de tous Ifhs visiteurs. Une dame ne manquera jamais, vers la fin, (ramener son amie intime , pour donner spn juge* nient. Je Fentcnds d'ici :
- C'est assez bien toi; mais il nie semble que. ion visage a quelque chose de«{Aus avenant, j^ ne sais quoi de... plus vif, et de... plus délicat. Tu. as Faîr plus jeune ; ta physionomie est pliv riante ;. tes y^x sont plus éclatants. »
Uemettez donc le portrait sur le chevalet, pour sa
tislairc a ropinion de la seiTiablc amie, qui est veiiur si à point exprimer ce que La cliente brûlait de irous dire elle-même.
Ces braves ])Our,qeois s'imaginent volontiers qu'il est de leur intériH de faire beaucoup d'observations « l'artiste ,. et que plus on le surveille , plus on y gagne , comme chez le fournisseur. Ils ont toujours remarqué, dans \ouv partie, que les pratiques les plus dif- (iciles sont les mieux servies et qu'on ne doniic aux autres que de la camelolte : ils agissent en cnnséqneiuT. Et puis ils sont bien aises de faire voir que Ton s'y connaît, tout bourgeois que Ton soit. Mais le résultat est tout autre qu'ils ne l'avaient espéré : à force de tracasser l'artiste, ils l'ennuient et le dégoiitent de son œuvre, et le seul fruit qu'ils en ixtirenl c'est de lui faire gâc/icr le portrait.
11 y a des peintres que cette ignorance des bourgeois dans tout ce qui touche aux beaux- atis, cette inintelligence profonde, incurable, des conditions les plus élémentaires, cette obtuse et complète ina^Hitude ù rien comprendre de ce que le dernier rapin du dernier atelier de France saisit du premier coup, irritent et exaspèrent jusqu'à la fureur. C'est un tort. Pourquoi en vouloir aux bourgeois d'être bourgeois, el d'avoir les goûts , les o|)inions, les idées de leur étal social? C'est le contraire qui serait étrange et inconcevable.
: Soit, disent-ils , mais aloi*s qu'ils aient au moins conscience de leur ignorance , et qu'ils ne se mêlent pas de vouloir critiquer , conseiller et diriger U» peintre. -
Vous êtes charmants, en vérité! Qui donc a conscience de son ignorance, même parmi ceux qui le (lisent? Kt comment voulez-vous qu'un brave bour-
«jcois dont on fait le portrait , et qui , pai* Gonséquent, est personnellement intéressé dans la question , ait le détachement, dont personne ne serait capable à sa j)lacc , de ne pas chercher à faire prévaloir sa petite opinion , que , fort naturellement , il croit la meilleure. Du reste, il paye ï article; et vous voudriez qu'il abdiquât le droit , acheté en entrant^ de critiquer celui qu'il honore de sa clientèle, et de se faire servir îi son gré pour son argent ? Cette abnégation surhumaine ne s'est jamais vue.
Ainsi, d'une part, les bourgeois ont le droit, en leur qualité de bourgeois , de ne rien entendre du tout à la peinture ; de l'autre, ils ont le droit, en leur qualité d'acheteurs, de chercher à faire prévaloir leur goût et de tourmenter l'artiste par leurs observations ineptes. Mais celui-ci a le droit de ne pas entreprendre leur portrait; ou bien, s'il l'a entrepris, de se satisfaire soi-même , en mécontentant le bourgeois ; ou de satisfaire le bourgeois en se mécontentant soi-même, et de livrer une croûte que notre Midas prendra pour un chef-d'œuvre.
Au fait, a-l-il bien ce dernier droit? C'est une ((uestion que je pose aux casuistes de l'art.
La meilleure et la plus sûre manière de prévenir tontes lcs« objections du client, est de le flatter sans vergogne sur la toile. S'il a des verrues, gardea-vous de les rendre : ce ne sont pour lui que des grains de beauté. Soyez persuadés qu'il ne jugera jamais que vous avez dépassé les bornes , et que pbis il sera flatté plus il se trouvera ressemblant.
Ne voit-on pas bon nombre de femmes montrer (omplaisamment leur portrait, dans le but indirect de faire admirer leur grâce et leurs charmes, sans s'apercevoir que la comparaison est facile à établir?
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E|los croient qu'on jugera plutôt de leur beauté d'après la copie que d'après l'original, et qu'on ne remarquera môme point que la copie est infidèle, parce qu'elles ne l'ont pas remarqué elles-mêmes.
Appliquez-vous surtout à faire un beau corps à ces messieurs , c'est-à-dire un coffre de solide apparence , de larges épaules , des membres vigoureux ; peignez enfin ce qu'on appelle vulgairement un bel homme, ([uelque cbose comme ces tambours-majors ou ces cuirassiers que les bonnes femmes admirent lorsqu'ils passent dans les rues.
11 y a quelque temps , le basard me fit assister ù plusieurs séances données par un jeune peintre de talent , mais de mœurs douces et timides , à un e\marcband de pruneaux, qui avait amassé de cinq à six mille livres de renie dans son petit commerce. IiC brave bomme était chauve comme une falaise, cl il voulait absolument qu'on lui mît des cheveux.
"Je suis un peu chauve , disait-il , je l'avoue ; mai» " c'est l'effet des préoccupations, des soucis, des affaires. Cela arrive à toutes les tôtes qui ont travaillé, ;ï tous les hommes sérieux : voyez M. Thiers.
— Kh bien , justement, monsieur, vous aurez l'air d'un homme sérieux.
— Oh ! ce que je vous en dis, c'est pour vous expliquer ; mais dans un portrait , voyez-vous , dans une (nuvre d'art, ce n'est plus la môme chose.
— Si je ne vous fais pas chauve, cela ne vous ressemblera pas.
— Que si , que si ! D'ailleurs , je ne suis pas déjà si chauve , — en ramenant les cheveux sur le front
— Et puis on ne fait pas une chevelure ainsi, d'imagination, sans la voir.
— Allons donc! Voilà qui est malin, des cheveux!
Ils se ressemblent tous. De petites lignes sèches bien régulières , avec une belle raie droite et blanche , sur le côté gauche ; il nie semble que je m*en tirerais facilement... Faites-moi la raie bien nette et qu^on la voie tout de suite, n'est-ce pas? J*ai toujours soigné mes cheveux. 11
Cet excellent bourgeois avait au plus haut point Tamour de la propreté, voire de Félégance entendue H sa façon. Il ne cessait de recommander à Tartiçte de lui fîiire , sur la toile , un gilet bien blanc et un beau nœud de cravate.
.; Que peignez-vous maintenant? lui dit-il un jour.
— Je commence la chemise.
— Ah ! diable! Je n'en ai pas changé aujourd'hui. Xe pourriez-vous attendre à demain?
— 11 vaut mieux, au contraire, que vous ayez une chemise déjà portée : cela assouplit le linge.
— Oui, mais c'est pour vous dire que j'ai toujours i^é très-propre sur moi, et que je tiens à l'être dans mon portrait. »
A la Un de la séance, l'ex-marchand de pruneaux s'approcba du chevalet et fut alarmé en voyant les raies d'ombres qui sillonnaient sa chemise.
t Qu'est-ce que vous m'avez donc fait là? dit-il. Comment ! Je vous préviens que je veux avoir du linge propre! Cela ne restera pas ainsi, j'espère. »
Toutes les démonstrations n'aboutirent à rien. Il répétait toujours avec le sourd grondement d'un boule-dogue qui va s'irriter :
— Mais je ne porte pas de chemises sales, moi! Je no veux pas qu'on me prenne pour un ouvrier. Je n'en ai pas changé aujourd'hui, c'est vrai, mais celle que j'ai est plus propre que ça; d'ailleurs j'en changerai demain.
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11 fallut lui peindre une plaque de fer-blanc sur la poitrine ; alors la narine du bonhomme s* assouplit et se dilata.
— Ah ! dit-il , à la bonne heure ! je savais bien que j^avais raison. Voilà du linge propre, aa moins.
C'étaient sans cesse des observations ausfti jodicieuses.
— \'e me faites pas si triste, cela rend vieux. J^aimcrais mieuY sourh*e. Ma femme déteste les mines sombres... Oh! comme vous m^avei fait Jaune! on dirait que je suis malade... &Ia foi, vous avei beau dire, je ne suis pas encore si laid que cela.
El il riait en allant se regarder à la glace.
— Surtout , rcprenait-il , ne me donnei pas Tair d'un poitrinaire; vous voyez, le coffre est bon. Développez-moi ça.
— Mais , monsieur, puisque je voob peins de troisquarts, je ne puis présenter le développement de la poitrine de face.
— C'est égal , présentez toujours ; vous trouverez bien un moyen , en tournant un peu le coips. Que voulez- vous? Quand on n'est pas estropié p on tient ù SCS avantages physiques.
On lui donna donc une poitrine d'hippcqpotame , dont il se déclara satisfait.
Bref, il fit si bien , qu'il obtint une affreuse image de belldlrc campagnai-d, à laquelle le peintre se garda d'apposer sou nom. Notre bourgeois se mirait sur la toile avec une sorte d'extase, et se trouvant si beau, s'écriait :
— Oh! c'est moi tout craché! G- est élonnaat comme c'est moi ! Seulement , il y a encore un peu de noir, et quelques endroits sont faits trop en gros; ainsi, pour la chevelure, pour la barbe, la masse est
DANS LES BUES BS PARIS. Wl
lin peo confuse : on ne d&rtingne paslis poib* Hais 4**est égal, le reste est trèi-l^n. Sora-env ^*oa ne m'avait [las trompé et ifoe vdos avei benoeevp de...
Il s'arrêta, cmnme s*il en avait <U}à tntf dà^ tin sa bourse et paya. Parlant, il était qaôtte, FonrqiKn donc aurait-Û prodigné dcsi éloges à an fonninaar qui n'avait fait qoe son devoir en 1m demtanl quelque chose de Inen cooditionné paorsoo argaal? Il ne lui devait rien an ddà des trois oants fasics stipulés. 11 ne faut pas gâter les artistes..
Mais c'est surtout au dagaerréotype qoa. j'en van, an daguerréotype qui poursuit et olnède parloat Isa regards , jusque dans la mansaria d'à innsta al dans la loge d'un portier. Encore s*Q se ranfismail au foyer domestique, on n^aorait riea4dBra;.«asaaS là affaires de ménage oà lapnUîen'a paa la dboilia s'immiscer , puisqu'il est admia ^*oii penl lavar^SM linge sale en fanille. Mais non; dans las rass, Isa passages et les impasses, parfont oà il j a one cfati^ iation quelconque, une phsa sur «i Mar, s«^ aaa fenêtre, à une devantnre, vans a sirea a'étalary sMa une complaisance iofiipporlabla, das traphies da daguerréotypes reflétant dea asyriadas èa fcaa sgiiuis de tous les âges et da tontaa les
G bourgeois de bientôt comprendra qna si vova B*élaa paa rhair et en os, voos éiss fort kids qoaîid faites peindre, snrtoot par mia mésiuifaa inirtsM^» gente, qui n'a pas Peaprit de jaCarm fNM'd* d'or sur vos imperfections phyai^nai^i menCsorla ptaqnaaotradé salq MaiBarihBsalaaaasia!
8i senlement ib aa seataBiaisnt drUve kids, ses messieurs et ces danHal PlMPBaalhaar,ib prétentieusement laids. An
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ot digne, qui du moins commanderait une respeclucusc compassion , c'est la laideur qui pose soleniicliemcnt devant un miroir. Dans cette galerie de portraits familiers, vous ne trouverez peut-être pas une posture naturelle , pas une physionomie que ne contracte un mensonge , pas un corps qui ne se contourne avec emphase ou afféterie. Voici une petite demoiselle qui se tient roide et immobile ,comme une poupée ; on sent , à la voir , que sa maman est là , lui répétant , comme madame Neckcr h celle qui fnt plus tard madame de Slacl : Tencx-vous droite , mademoiselle. — Ici , ce sont le frère et la sœur que leur pcre , bourgeois sentimental à la façon des papas dr Uorquin et de Bouilly, a fait peindre entrelacés en une attitude aussi gênante que grotesque, penchant leurs télcs sur leurs épaules d'une manière tout à fait séraphiquc. Plus loin , c'est une vieille femme qui minaude , offrant aux regards ébahis sa bouche en cœur et ses yeux en amande; à côté, c'est une jeune fille qui essaye de sourire avec une grâce languissante , et ne réussit qu'à encadrer une grimace entre deux rides profondes. Ce monsieur joue avec les breloques de sa montre ; cet autre tient la maàn droite plongée dans son gilet, d'une fa{on méditative , imitée de nos grands orateurs parlementaires ; celui-ci a voulu se présenter à l'admiratiou de la fouie , un livre de la main gauche et une plume de la main droite; celui-là, la pipe à la bouche, couvant du regard une bouteille à moitié vide et un verre entièrement plein.
Il y en a qui se donnent des aii*s artistes et bons onl'ants ; d'autres qui sont bouffis d'une solennité rogue et compassée. Les premiers se fout peindre en paletots-sacs, décolletés, la barbe inculte, à cheval
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sur une chaise dont le dossier supporte leurs bras ( misés, et riant d'un rire cyniquement dédaigneux; les seconds ont mis , pour cette grande occasion , gilet blanc, cravate blanche avec Tépingle du jour de leur noce , jjants .louvin premier choix , jabot énorme qu'ils ont pris S(Mn do l'aire bouffer avec complaisance, et ils tiennent entre leurs genoux un beau jonc à pomme d'or. Vax voici un, le plus ingénieux de tous, qui se présente au public dans l'altitude intéressante d'un lionimo (pii hume une prise : ce gaillard doit assurément passer pour un homme de beaucoup d'esprit |)arnii ses connaissances.
Dans les poses même les plus simples et les plus liai u relies en apparence, on sent percer un gonflement inléiieui , une importance naïve et comique : îi n'est pas jusqu'à la manière dont ces braves bourgeois |)(>rt('iil leurs lunet-tes, qui n'ait son emphase et sa dignité, (lonnue tout ce pauvre monde se torture, se tend la léle et se bat les lianes pour avoir l'air de quelque chose ! Mais où vont-ils chercher ces physiononiies et ces postures?
Tout cela est fort amusant, sans doute, mais aussi tout cela iinit par fatiguer. On se lasse d'être poursuivi partout |)ar ces visions grimaçantes, par ces fantômes de bourgeois en grande tenue, qui ont l'air de songer à la postérité, et de bourgeoises coquettes (pii sourient éternellement au public du bout de leurs dents jaunes et du coin de leurs i)elits yeux clignelants. Ce spectacle m'agace. C'est peut-être là ce qat me rend injuste pour le daguerréotype. Je trouve qu'il n'a rien de commun avec l'art, qu*il en est et (pi' il en sera toujours l'antipode, la négation complète , quelque progrès qu'on se flatte de lui faire accomplir. Qu'est-ce, je vous prie, que cette machine.
suns ilmc ni intelligence y qui met une ride an lieu (l'un pli, une grimace en place d'un sourire , qui jette bôtcment dans le même moule la beauté et la laideur, la jeunesse et la caducité, le terre-à-terrc et Tidéal? Les Philistins l'adorent parce qu'elle les reproduit à peu près tels qu'ils sont. G^est justement pour cela (|uc je lui en veux, ô Philistins ! et c'est bien tant pis si elle vous représente tels que vous êtes ; il vaudrait mieux qu'elle vous rx?présentût tels que vous n'êtes pas. Regardez-vous dans la glace, si vous tenex tant h vous contempler : c'est le moyen de vous admirer à votre aise , sans que personne en souffre.
Axiome. Le daguerréotype est fait pour les souvenirs de famille. Voilà son unique domaine; qu'il n'en sorte pas , et personne ne songera k Pattaqucr j^ur ce terrain.