Livre sa victime au remords Et la rejette dans la vie
Le corps épuisé, — le cœur mort !
Avis aux amateurs de l’étemel printemps, delà peau
si blanche et des lèvres si vermeilles dont jouissent ces dames..., aux quinquets !
Au théâtre, l’amour ne se fait pas avec des billets doux, mais avec des billets de banque.
Ah! mesdemoiselles, que ne portez-vous toujours des gants : ils cachent les ongles,— j’allais dire les griffes.
Pauvres petites chattes ! l’amadou n’est pas si inflammable ! Leur cœur, — certains critiques misanthropes prétendent qu’elles n’en ont jamais eu que la place, mais je me réserve de débattre cette grave question dans trois gros volumes in-octavo en collaboration avec l’aimable auteur des Mémoires d'un bourgeois de Pans, qui m’a tout l’air d’être fort expert en cette matière ; — leur cœur, disais-je, est vite pris, car dans les amours de coulisses, si les prologues durent trop, on quitte la salle ; — notons en passant que les spectateurs bienveillants s’endorment,
Elles n’aiment pas l’amour en souliers éculés et en habit râpé, et le physique les préoccupe médiocrement.
J’en donne pour preuve le dialogue suivant sténographié, non loin de l’Académie impériale de musique :
— Tiens, Zélie, tu vois ce bossu...
— Qui? ce vilain petit monstre contrefait. Est-ce Quasimodo ou Polichinelle ?
— Ah ! ma chère, je l’ai vu hier en équipage au
bois, . il était magnifique.
C’est encore une actrice qui répondait à un Crésus Brabançon, lequel avait passé la nuit à lui expliquer des choses qu’elle connaissait déjà depuis longtemps — et
qui, épanoui comme un paon faisant la roue, promettait une seconde visite :
— Monsieur, vous êtes donc bien riche ?...
De telles femmes ne vous demandent pas l’aveu de votre tendresse, mais l’énumération de vos biens.
L’actrice tient quelquefois à sa réputation ; il y en a même qui sont bégueules , mais ce sont des exceptions qui confirment la règle, et trop rares pour qu’on soit tenté de les prendre au sérieux.
Et puis cette austérité d’empruntne les prend qu’ après maintes folles prouesses.
Elles font de nécessité, vertu.
Ainsi Marie- Anne Cupi ou Cupis de Camargo, après avoir été la reine la plus capricieuse et la plus folâtre de ce xvme siècle, à la fois si pédantesque et si frivole ; — je demande pardon de ce jugement téméraire à l’auteur de Moderne et Rococo , à mon excellent ami PaulAuguez, nous avons tous les deux d’irréfutables raisons pour soutenir, lui le pour et moi le contre ; — donc Marie- Anne Cupi ou Cupis de Camargo, après avoir excellé dans la royale et l’entrechat coupé (sans frottement) mourut, en odeur de sainteté, loin des marquis fringants et des petits abbés de cour qui avaient salué son règne, — avec le scrupule tardif et froid de la pécheresse qui s’amende.
La célèbre tragédienne Clairon, à la fin de sa carrière, lorsque de son aveu — « elle n'était plus qu'un être triste et déplorablet l'ombre dû elle-même , » — singe la prude à
principes ; après avoir mené la plus joyeuse vie, elle pousse la plaisanterie jusqu’à vouloir, comme le disait la spirituelle et mordante Dumesnil, en raillant ce travers de vieillesse, *être jetée en bronze comme Artémise , Pénélope et la première Agrippine l »
Voici, en effet, les quelques grains d’encens que Mlle Clairon brûle en son propre honneur dans des mémoires dont l’inconstance contemporaine n’a pas encore perdu le souvenir.
a J’ai pu résister quinze ans de suite aux instances, <r aux prières de l’homme le plus séduisant de la nature cr et le plus cher à mon cœur pour n’écouter que la voie « (ou la voix, en admettant que Melpomène cultivât le a vulgaire calembour) de l’honneur et du devoir. »
Ces mots d 'honneur et de devoir sont d’un effet assez plaisant.
Cela me rappelle la veuve Romarin qui, ne pouvant se consoler de l’absence de son amant infortuné César Miroton, a enterré quatre maris légitimes en l’attendant.
Parfois, comme dans la fausse conversion du poète d’Albertus et de la comédie de la mort, l’actrice se prend d’une belle passion désintéressée, elle ne demande qu’une chaumière pour y loger un cœur. Mais il arrive nécessairement que, les chaumières étant très-désagréables à habiter, — notre maître Théophile Gautier même les peuple d’araignées et de crapauds, — un beau jour vient où l’amour grelotte au coin d’un foyer où la bûche manque, le bonheur est au-dessous de zéro, comme le
baromètre,— l’ennui frappe à la porté, et c’eèt un viéuï monsieur qui entre.
Car l’actrice comme toutes lés filles qui sê vendent — c’est-à-dire qui vivent dé leur corps (qu’on nous passe cette expression que Diôgèné le Cynique nous eût enviée), l’actrice a aussi son vieux monsieur, bipède hideux de vétusté à qui elle a le bon esprit de ne laisser que l’inappréciable privilège de payer les œufs qu’elle se fait un plaisir de casser avec d’autres, ét, par Hercule, ce n’est pas moi qui l’en blâmerai.
Je suis assez de l’avis de ce rôdeur de coulisses qui disait que « celle-là même ne comprendrait pas la Vie d’artiste qui ne rétablirait, avec le système des infidélités et des caprices, la balance d’ennui et de dégoût qu’il lui faut supporter avec ce vieux galant suranné.
Un baiser d’amour — en cheveux blancs ! — cela fait horreur !
Le budget de l’actrice étant trop mince, quels que soient ses appointements, — pour suffire à ses dépenses les plus strictes, — sans même lui supposer des goûts de folies et de dissipations, lé vieux monsieur est un meuble indispensable dans le mobilier de l’actrice. Seulement il faut rendre à l’actrice cette justice qu’elle comprend tout ce qu’il y à d’ignoble et de honteux à cet infâme assemblage de cheveux gris et de cheveux blonds, à ce rapprochement sacrilège d’une vieillesse flétrie et d’une jeunesse en sa fleur, en cette incroyable union de la laideur et de la beauté !
Aussi font-elles porter à ces piteuses cariatides un pesant édifice de railleries et de sarcasmes.
La petite Lacour, raconte Chamfort, traitait ainsi le
duc de La Vallière; elle lui ôtait son cordon bleu, le mettait à terre et lui disait î « Mets-toi à genoux là-dessus, vieille ducaille ! »
N’est-cè pas le cas de s’écrier avec Gresset :
Des protégés si bas, des protecteurs si bêtes !
La.vieillesse sainte et grave est la plus solennelle image de la divinité sur la terre, honte à ceux qui vont prostituer les dernières années qu’il leur reste à vivre, dans le boudoir d’une courtisane !
À ce propos quatre vers me tombent sous la main,
— une trouvaille littéraire plus que séculaire déjà, — ces quatre vers-là me prouvent une chose incontestable,
— c’est qu’en 1719 les vaudevillistes valaient bien les vaudevillistes d’à présent et qu’ils tournaient au besoin le couplet avec une finesse et une grâce que leurs vaniteux successeurs n’ont pas encore retrouvées :
Quoique le cœur d’une coquette Ne soit jamais bien verrouillé,
Un vieux galant, s’il ne l’achète,
N’en peut jamais trouver la clé.
(Fuzelier.)
Là, franchement, le sieur Fuzelier ne peut-il lutter avec avantage contre l’inépuisable M. Scribe ?
O vieux temps évanouis! qui nous rendra les gais compères du vaudeville et de la vieille chanson, qui buvaient du sec et du doux tout le long du jour! Qui nous rendra Olivier Basselin, le joyeux convive, et ses ému-
les Thomas Sonnet et maître le Houx, tous gars avantageusement connus des vaux de Vire aux vaux de Bures!
Bon une escapade dans les champs sans limites des digressions — je rentre"en plein dans la question, messieurs.
11 ressort clairement des démonstrations précédentes que l’actrice est quelque chose de moins bête que les courtisanes vulgaires, mais qui, néanmoins, fait l’amour au tarif!
L’actrice qui se passe la fantaisie de vous le faire à crédit coûte encore plus cher que les autres, — une repartie finement décochée de Crébillon le tragique , trouve son application directe ici.
Une nymphe de coulisses, célèbre par les désagréments intimes dont elle comblait les imprudents qui lui devaient un bonheur ... cuisant, demandait malicieusement au rival de Voltaire après la chute de Xercès — tragédie où tous les personnages mouraient, — la liste des morts. — Oui, Mademoiselle, répondit Crébillon, si vous me promettez de me donner après la liste de Ceux que vous avez blessés.
On pourrait nous objecter Adrienne Lecouvreur payant les dettes de Maurice de Saxe, Raucourt prodiguant l’or aux églises, et Clairon se ruinant avec le peu délicat comte de Valbelle.
Oui, mais quelle était l’origine de ces fortunes? Rhodope, la courtisane antique, a bien élevé un temple ma-
gnifique avec la dépouille de ses amants. Ce qui vient de la flûte retourne au tambour.
Pourtant nous donnons un conseil à la générosité de ces dames ; un baiser est une aumône, il ne s’agit que de bien choisir ses pauvres.
J’ai dit tout à l’heure que l’actrice était moins bête — qu’on me passe la crudité de l’expression — que les courtisanes vulgaires : qu’on ne s’imagine pas que je professe une admiration folle pour l’esprit des actrices ; il est bien entendu que l’éducation est un luxe inutile dont nous ne parlerons pas.
Hippolyte Clairon, qui s’environne d’un grand attirail scientifique, exige du comédien la connaissance approfondie (1) de la danse et de la chorégraphie (cela sert énormément à un tragédien , comme vous savez) , une teinture (2) du dessin ; l'étude de la langue, de la géographie , de l'histoire , de la fable et de la littérature. Un de nos amis, înylord B***, y joignait la boxe et la savate.
Du reste, Clairon comprend l’anatomie dans son répertoire varié de connaissances inutiles, heureusement le nombre est petit qui suit ses conseils; les actrices sont avant tout, — n’en déplaise à certains panégyristes, — plutôt des femmes de plaisir que d’étude ; Clairon elle-même ne disait-elle pas à une dame qui regardait son portrait : a Tous voyez là une demoiselle qui s'est bien divertie. »
(1) Approfondie est joli.
(2) Teinture est d’un effet ravissant.
Plus heureusement encore pour le cœur humain, sinon pour la morale, il est encore, parmi ces dames, des filles insouciantes et dédaigneuses de la richesse, — joyeuses effrontées qui, elles au moins, ne sentent pas battre un cœur juif dans leurs poitrines, qui livrent leurs têtes à toutes les caresses et leurs lèvres à toutes les bouches — sirènes mutines qui savent porter au besoin la modeste robe d’indienne et qui se laissent prendre la taille par le premier amoureux do bonne mine qui leur tombe des nues, tout comme s’il était le présomptif d’un duc et pair ou secrétaire d’ambassade de première classe!
Mais arrière celles qui badinent avec le pompier de service et qui plaisantent avec le machiniste! cela se' rencontre pourtant ailleurs qu’aux Funambules:
Horresco referens !
Parlons un peu de l’actrice sage qui vient à la répétition avec sa broderie et qui foudroie d’un : Monsieur , laissez-moi tranquille ! les galants propos du 3e comique.
Une vertu au théâtre! Où, diable, la vertu va-t-elle se nicher? me direz-vous. —Oh ! lecteurs, rassurez-vous, ces vertus-là ne sont que des demi-vertus ou des tiers de vertu tout au plus, et d’ailleurs pour une Elise on trouve cent Phrynées, et une Pénélope dramatique est la chose du monde la moins aisée à rencontrer.
A d'autres la besogne difficile de chercher l’or enfoui dans le fumier d’Ennius.
‘Du reste au théâtre on est indulgent, très-indulgent. On n'y est pas déshonorée pour avoir un peu trop aimé , comme le disait M. de Nérac à Mlle Mars.
Boissi, dans sa comédie des Etrennes ou la Bagatelle représentée le 19 janvier 1733, a dit avec raison :
Que de coulisse une tendre princesse D’un riche amant écoute la tendresse,
Lui vende cher ses sons flûtés et doux,
Le cas n’est pas rare chez nous.
Michel Morin, un frondeur du siècle dernier, — homme au style vertueux, mais lourd, — dit que « le théâtre est un vaste bazar où l’on étale des marchandises de tout prix . »
Heureux qui évite les pièges de la folle enchère ! Heureux celui qui connaît les actrices comme elles se connaissent elles-mêmes î car elles ont aussi leurs moments de franchise, — alors elles se rendent complètement justice.
Ainsi, voici comme Clairon raconte sa retraite du théâtre :
a La réprobation de l’Eglise, le ridicule d’être Français « sans jouir des droits de citoyen, le silence des lois sur « l’esclavage et l’oppression des comédiens, m’avaient a trop fait sentir la pesanteur, le danger et l’avilissement a de mes chaînes, pour que je consentisse à les porter « plus longtemps. »
11 faut dire que ces stupides préjugés n’existent plus aujourd’hui et l’on peut s’écrier avec Voltaire :
Nul art n’est méprisé, tout succès a sa gloire.
Il ne faut pas oublier non plus que Clairon est la femme aux grandes phrases et aux périodes dramatiques : elle écrivait comme elle parlait au théâtre.
Ecoutons une muse moins portée à exagérer les difficultés de la position de comédien, — une reine à qui tout a souri soixante ans, Mlle Mars : « Ah ! disait-elle « à Madame Duvernois qui voulait que sa fille entrât au a théâtre, y pensez-vous? Quoi, Marie au théâtre ! quand « vous êtes riche, quand vous avez une dot à donner à or votre fille, quand vous pouvez en faire une HONNÊTE « FEMME en la mariant à un honnête homme ? »
Précieux aveu !
Ne devrait-on pas faire lire cela aux malheureuses jeunes filles dont les dix-huit ans ne craignent pas d’affronter la rampe et de mendier les insipides bravos d’un public blasé.
Pour elles le théâtre est le tombeau du cœur ; pour nous, il est le tombeau de la fortune.
L’actrice n’a pas de constantes amours : elle est infidèle par tempérament’ et volage par caractère ; quel est le lien qui l’unit à celui qui paye ses complaisances?
Un plaisir dépravé, qui ne dure pas seulement le temps delà réflexion.
Une fille d’opéra disait : Je ne comprends pas V infidélité. } je ne comprends que le changement.
— C’est cependant à votre intention, disais-je, il y a quelques années, à une de ces dames, qu’il serait juste d’accompagner en faux bourdon ce diable d’Arouet quand il crie sur les toits cette désolante vérité :
On risque, hélas ! dès qu’on quitte sa belle,
D’être trompé deux ou trois fois par jour.
— Voltaire est bien bon, — répondit-elle en riant aux éclats et en donnant à cette phrase une signification que vous comprendrez facilement.
— Ah! Mademoiselle, que Fuzelier avait raison!
Il est peu de ces cœurs fidèles
Dont un amant seul a la clef.
— Monsieur, vous avez l’intelligence des vieux auteurs à ce que je vois , — eh bien, rappelez- vous ce vers de Boissi...
— D’Anglas ?
— Mauvais plaisant... je suis savante, allez... de Boissi tout court.
— Et quel est ce vers ?
...La fidélité fait les plus sottes femmes.
Un impertinent aurait pu lui répondre • — Vous n’en
êtes pas une preuve; et jamais réplique ne serait tombée plus à propos dans une conversation, — on en conviendra ; — je m’abstins et dis à ma belle interlocutrice :
— Mademoiselle. ... en vérité... vous professez des opinions si avancées que vous me dépassez sinon de la tête... mais du cœur.
— Ab çà, reprit-elle, quelle idée vous faites-vous d’une actrice ?
— Une actrice, c’est un être de déception,
— Peste! c’est joli ce que vous dites là, fit-elle en fronçant légèrement un sourcil (peint) . . mais vos raisons ?
Je m’installai commodément dans mon voltaire et commençai le speech suivant :
— Mademoiselle, voici la biographie de Mlle Dumesnil par Dussault., là sur mon bureau. . . j’y lis que Clairon par la combinaison savante de ses attitudes pleines de noblesse, de hauteur et de dignité, par le prestige d’un maintien profondément calculé, s’élancait en quelque sorte hors du cercle des proportions où la nature l’avait renfermée. »
Ceci ne prouve-t-il pas que l’actrice est un être de déception ? Remarquez, — je vous prie, — que j’aurais pu prendre mille et mille sujets qui prêtassent beaucoup plus à la satire.. . ainsi je vous fais grâce des formes mensongères, du teint rose fabriqué, des faux ceci, ... des faux cela...
— Luxe que se payent parfaitement les plus nobles duchesses, interrompit ma terrible ennemie.
— Oui ; mais, mademoiselle, . . . et les beaux sentiments, les dévouements sublimes qu’une ingénue affiche sur la scène . . . elle en rit à la ville et rougirait de ne pas pro-
clamer bien haut qu’elle ne comprend rien du tout aux sensibleries qu’on lui a fait débiter la veille.
— C’est vrai, fit-elle effrontément.
Je la saluai... et repris...
— Le théâtre du reste ne vit que d’illusions. Les marquises pimpantes et poudrées de Louis XV s’écriaient en voyant jouer Lekain : Qu'il est beau! et Lekain n’était rien moins que très-laid; il s’élevait à la beauté à force d’art...
Je m’arrêtai court : mon auditrice fredonnait •
On gagne plus sous le masque Qu’à visage découvert.
— Voyons, reprit-elle, vous bavardez depuis une heure et vous n’avez pas encore dit votre pensée sur
nous . je veux une définition. . . Qu’est-ce qu’une
actrice, selon vous?...
— Puisque vous me demandez ce que c’est qu’une actrice, chère demoiselle, je n’entrerai pas dans les subdivisions et je ne me déciderai pas à individualiser, car il y en a trop d’espèces :
L’actrice de bon ton, et l’actrice de mauvaise compagnie;
L’actrice qui jure etcelle qui parle la bouche en cœur;
L’actrice qui se vend et celle qui achète;
L’actrice qui rit et l’actrice qui pleure ;
L’actrice qui danse et l’actrice qui chante ;
L’actrice qui damne et l’actrice .
— Et cætera, passez.
—Tous ces types divers ont été étudiés; les actrices se ressemblent si peu, qu’il y a même une hiérarchie dans le
monde des théâtres ; ainsi on disait les dames de la Comédie Française, les demoiselles de la Comédie Italienne, et les filles de l’Opéra.
— Avocat, au déluge !... Qu’est-ce qu’une actrice ?
— Une actrice, c’est un chef-d’œuvre de grâce et d’élégance tant qu’elle a son masque . Je ne dis pas cela
pour vous, mademoiselle, qui ne confirmez ma règle qu’en ce que vous êtes une heureuse exception: — mais vous n’ignorez pas que Clairon évitait de se montrer à la ville pour qu’on ne s’aperçût pas de sa petite taille.
— Mais éternel discoureur !... à la question. . . . Qu’estce-qu’une actrice ?
— Qu’est-ce qu’une actrice ?... Ma foi , mademoiselle , c’est quelque chose de sémillant, d’agaçant, de turbulent, de séduisant ! c’est une femme susceptible (pardonnez-moi l’expression ) d’ôter son bas et sa chemise avec la même grâce qu’elle ôte son gant: ... c’est une femme enfin qui s’habille d’une feuille de rose et d’un nuage de tarlatane.
L’actrice à qui je parlais éclata du rire le plus franc que j’aie jamais entendu, vint à moi et me dit :
— Vous n’y êtes pas, mon cherpoëte, une actrice c’est une femme qui a ordinairement plus de rentes que de mœurs, et plus d’amants que de rentes...
Sur ce, je m’éclipse... le petit duc m’attend dans le salon, tandis qu’un grand flandrin de rimeur évaporé m’espère dans mon cabinet de toilette.
Au revoir et que Dieu vous ait en sa sainte et digne garde!