ET L'EMPIRE
Rome a une autre grandeur. Rome, c'est la puissance militaire, la discipline, le droit. Rome a concassé et broyé tous les particularismes survivants des anciens âges pour les faire entrer dans un moule unique : œuvre de rudesse et de violence, d'adaptation et d'organisation, plus que de création et d'invention ; métier de gâcheur robuste, de soldat mal dégrossi, de constructeur hâtif et fruste. Les généraux romains sont tous, plus ou moins, comme le vainqueur de Corinthe, qui croyait n'avoir qu'à commander pour voir naître les chefs-d'œuvre d'Apelleet de Praxitèle. Le spectacle effroyable de la décadence impériale démontre ce qu'il restait de barbarie dans cette splendeur d'emprunt.
Pourtant il fallait que ce travail s'accomplît pour que le monde civilisé ne fût plus qu un seul et même espace où la voix porterait, désormais, sans obstacle.
LA CIVILISATION Cette voix, ce fut celle MODERNE. du Christ. Il enseigne la
pitié, la charité, l'égalité. Voici que naissent les civilisations modernes. L'esclavage est aboli. Le christianisme a pris dans l'héritage antique ce que la philosophie, la religion, la morale, lentement épurées, ont laissé de meilleur. Un
L'Idéal français
petit peuple, blotti au bord de la mer Morte, que les Nabuchodonosor, les Pharaon et les Alexandre foulaient aux pieds dans leurs pérégrinations conquérantes, sans s'apercevoir seulement qu'il existait, le peuple juif, donne à l'humanité l'idée de l'unité divine, par conséquent de l'unité de création et d'objet. Cette doctrine, la légende d'un paradis perdu, l'espoir en un sauveur qui doit venir, allongent jusque dans l'infini les perspectives de l'âme humaine ; mais ces notions sont comme perdues, au fond d'un ciel implacable.