‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 13 sur 107 · RÉGIME STABLE DE LA SEINE · texte numérisé non relu

RÉGIME STABLE DE LA SEINE

La Seine est un des fleuves du monde dont l'humeur est le moins capricieuse, malgré des écarts parfois redoutables, comme celui qui a marqué l'hiver de 1909-1910, — écarts d'autant plus terribles qu'ils sont exceptionnels et qu'ils surprennent la sécurité habituelle d'une grande ville comme Paris. La Seine doit cette régularité relative à une disposition singulière qiu lui assure, d'ordinaire, comme une soupape et un dégagement. Il est avéré que, par suite de la nature^ d"e son sous-sol, une grande partie du cours des pluies tombant sur le bassin de la Seine, au lieu de rester à la surface et de chercher leur écoulement par le cours du fleuve, descendent dans les régions inférieures et s'y conservent à l'état de nappes souterraines, se filtrant et s'épuisant lentement par on ne sait quels puits perdus de la croûte terrestre.

De sorte que la Seine coule au-dessus de plusieurs autres Seines superposées ; de même les lacs et les étangs qui sont à la surface, dans son bassin, reposent sur d'autres lacs et d'autres étangs. Ce sont ces eaux profondes qui assurent l'alimentation des puits artésiens ; et on a remarqué que, quand les inondations se produisent, c'est par une sorte de trop-plein de ces rivières inférieures qui ne trouvent pas un écoulement suffisant.

LA LOIRE. La Loire est le grand

fleuve de la France ; c'est lui qui articule, en quelque sorte, le territoire national et qui fait l'union des diverses provinces. Mais, pour obtenir ce résultat, il est obligé de se tordre ^et de se replier constamment sur lui-même, s'élançant partout à la recherche des territoires dispersés, ne songeant qu'à les grouper et à les joindre, sans souci de ce qu'il adviendra de lui-même, incertain de la mer où il doit finir.

La rivière de Loire est une rivière multiforme et fantaisiste, tandis que la rivière de Seine est une rivière raisonnable et de tout repos. En Seine, écoulement tranquille et bords plats ; en Loire, vagabondage, rives tantôt creuses et tantôt usées, abîmes, gouftres, enlisements, enfin tout ce que le caprice de la nature peut faire avec des eaux abondantes et une terre bossuée.

Ce naturel de la Loire tient à ses origines. Elle descend de montagnes abruptes, mais qui ne sont pas assez hautes pour posséder le régulateur des neiges éternelles. Entre les trois grandes iles de l'archipel primitif, le Massif Central, le Mon-an et la Bretagne, elle a cherché son chemin, tantôt se heurtant à leurs contreforts, tantôt s'attardant sur l'ancien lit de la mer dont les dénivellations à peine sensibles dirio^ent mollement son cours.

COURS TOURMENTÉ Quand la neige fond ou DE LA LOIRE. ^^g \^ç^ plui'es printa-

nières tombent subitement dans les montagnes, son débit ne suffit plus : elle se fait aider par son camarade parallèle, l'Allier, et, à deux, c est à peine s'ils peuvent charrier au loin les flots pressés qui les envahissent soudain. On dirait que, dans leur hâte, ils ne songent qu'à ^gagner la mer la plus proche ; car ils s'en vont, d'abord, vers la région de Vais ou de Largentièrc, comme s'ils voulaient se jeter à la Méditerranée par le Rhône. Mais le massif du Vivarais les contient et les voilà partis au nord pour le long voyage.

Parallèlement au Rhône, mais en sens contraire, n'étant séparée de lui que par les montagnes du Lyonnais et du Beaujolais, la Loire s'approche "^de la Seine aussi près que possible vers Digoin ; les deux affluents, celui de la Loire, l'Arroux, et celui de la Seine, l'Armançon, vont se joindre : la Loire va couler dans' la Seine et finalement se jeter dans la Manche. Non ! Le massif du Morvan s'y oppose et la rejette vers l'ouest.

Bien à regret, elle suit cette direction nouvelle, longeant l'obstacle qui contrarie, comme si elle cherchait, quand même, une issue vers le nord ; elle se glisse et s'insinue sur le fond des vieux océans jusqu'à Orléans, se cachant, fouillant même le sol pour y chercher une voie souterraine. Mais, à la fin, 'un obstacle insignifiant l'arrête. \'ers Orléans, au point le plus proche de Paris, un seuil d'une trentaine de mètres, le plateau de Beauce, la coupe définitivement et, non sans un long détour qui lui est imposé par la rencontre de la troisième île primitive, l'ile de Bretagne, elle s'infléchit de nouveau, retourne vers le sud et accomplissant lentement une boucle magnifique, elle s'élargit, à partir de Nantes, en ce long estuaire qui porte ses eaux tardives jusqu'à la^mer Océane.

Par elle-même, par so'n affluent parallèle, l'Allier, par les autres affluents de gauche, le Cher, l'Indre, la Menue grossie de la Creuse, elle a nettoyé et drainé les pentes maussades du Massif Central. Sur le versant est du mont Lozère, elle était presque en contact avec le Rhône ; sur le versant opposé, elle touchait au Lot et au Tarn, affluents de la Garonne. Ainsi, la Loire sert de communication naturelle entre tous les fleuves français, la Garonne qui vient des Pyrénées, le Rhône qui vient des Alpes et la Seine qui va vers la Manche. C'est bien elle qui a formé la France.

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