LES ARBRES DE FRANCE
Mais la beauté incomparable du pavsage français ne serait pas achevée si le tapis des herbages et la fourrure des buissons ne trouvait son plein et entier développement dans la luxueuse tenture des forêts. La France est le pays des arbres. Les chênes des druides ont abrité les premières luttes de l'indépendance ; les ormes de Sully jalonnent nos routes et notre histoire. Du fond des vieilles régions germaniques pénètrent en France, par la frontière de l'Hst, les derniers débris de cette forêt d'Ardenne où se réfugièrent les quatre fils Aymon, et que Shakespeare a peuplé de ses créations fantasques. Le chêne v multiplie son tronc tordu et ses branches noueuses où la feuille d'or bruit el parle jusqu'aux derniers jours de l'hiver. Le blanc spectre du tremble s'inquiète frileusement auprèsdelui. Dansles\'osges,le bataillon des sapins règne, étouffant toute végétation à ses pieds: chambre funéraire hérissée de cierges noirs où le tapis des aiguilles jaunies amortit le bruit des pas et où l'on n'entend, sous la voûte sonore, que la plainte éternelle de la cascade qui se lamente au loin.
LES FORÊTS Sur les flancs des col-
FRANÇAISES. Unes, au sommet des
plateaux crayeux, dans les vastes espaces qui protègent les marches des provinces et les territoires" de chasse, voici la forêt française par excellence, forêt de Cuise, où s'attardèrent si longtemps les tribus mystérieuses des charbonniers, forêt de Compiègne, forêt de Fontainebleau, grands bois du Maine, du Poitou, de la Basse-Bretagne, forêt de .Marchenoir, forêt de Brancôme en Angoumois.
Au Limousin et au Berry, au Morgan, les admirables châtaigniers que la rapacité des destructeurs modenu'< rin'hc si crucUcnnni.
Que n'entendent-ils la magnifique imprécation de Ronsard :
Escoute, Bûcheron, arreste un peu le bras ; Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ; Ne vois-tu pas le sang, lequel desgoute à force, Des Nymphes qui vivoient dessous la rude escorce ?.. . Forest', haute maison des oiseaux bocagers, Plus le cerf solitaire et les chevreuls légers Ne paîtront sous ton ombre ; et ta verte crinière Plus du soleil d'été ne rompra la lumière. . . Tout deviendra muet, Echo sera sans voi.K, Tu deviendras campagne et au lieu de tes bois, Dont l'ombrage incertain lentement se remue, Tu sentiras le soc, le contre et la charrue : Tu perdras ton silence et, haletans d'effroy. Ni satires ni pans ne viendront plus chez toy !
Plus au sud, dans la zone méditerranéenne, les forêts des Maures etdel'EstereUforêtsde chê-. nés verts, de pins sylvestres, le mûrier, le pin des Alpes, le caroubier, l'eucalyptus et, de pince en place, comme un clocher naturel, la flèche aiguë du cyprès.
Et je n'ai pas dit les hêtres de Normandie, les pineraies de la Sologne et de la Champagne, les infinis alignements de peupliers qui ne laissent pas un ruisseau sans ombre, les étages sylvestres des Pyrénées, les admirables pins maritimes qui, soit dans les Landes, soit sur les bords de la Méditerranée, arrondissent la grâce de leurs coupoles incomparables, le palmier qui annonce l'Afrique, l'oranger, l'olivier et le laurier où chante encore la gloire des civilisations antiques.
Les arbres des forêts entretiennent, sur la terre française, la grandeur des souvenirs antiques et la fraîcheur des ombres mystérieuses.
Aimons les arbres des grands bois ; mais adorons I^omone, Flore et Pan, les dieux et les déesses des jardins. Les vergers, les clos, les potagers, les vignobles où surgissent la tuile ou le chaume des patelins, des guérites, des bastides et des mas. Ah ! c'est vraiment là que bat le cœur de la France. Quel Français ne garde, comme l'espoir suprême de son rêve, le souvenir du joli coin 'de terre du pays natal où fleurit le rosier et qu'embaume le romarin ?
Pommiers de Normandie, pruniers de Picardie, poiriers de l'Orléanais, pêchers de France,
cerisiers du Rhône, pruniers d'Agen, amandiers de la Provence, orangers et citronniers du comté de Nice, tous les fruits après toutes les fleurs, toutes les voluptés après toutes les grâces.