‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 32 sur 107 · LE DONJON FÉODAL · texte numérisé non relu

LE DONJON FÉODAL

Mais ce qui est certain aussi, c'est que les populations, surtout les populations rurales, trouvaient ce régime insupportable, et que la féodalité n'a guère eu pour résultats qu'une accumulation effroyable d'hostilité, de rancœur et de haine. Quand le despotisme se fait sentir de près, quand il est exercé par des hommes qui ne sont que des voisins et des égaux, il est plus cruel et plus acharné peut-être que quand il plane sur de vastes régions et qu'il tombe de haut sur des

populations le subissant pour obtenir de lui ce dont elles ont besom par-dessus tout, c'est-à-dire la paix.

Tel fut l'état des esprits au moment ou le moyen âge touchait à sa fin. Tout plutôt que de continuer à subir les tj'rannies locales; tout plutôt que le donjon sans cesse menaçant ; tout plutôt que l'union du seigneur laïc et du seigneur ecclésiastique pour l'exploitation du pavs ; tout plutôt que le morcellement, la discorde, la guerre intestine sans but et sans fin. Ce que les populations voulaient maintenant, c'était une autorité assez puissante et assez régulière pour mettre un terme à cet état de choses insupportable.

Et c'est pourquoi la royauté vit, à un moment donné, se tourner vers elle les vœux ardents du pays.

Que lui demandait-on ?

Constituer une France où il y eût place pour tous les Français.

Telle fut précisément l'œuvre de la dynastie des Capétiens, personnifiée surtout par les saint Louis, les Philippe le Bel, les Charles VII, les Louis XI, et ensuite les Bourbons depuis Henri IV.

LA ROYAUTÉ La royauté FRANÇAISE. française représenta, aux yeux du peuple, ce commandement, CHARLEMAGNE Cette discipline, cette or-

(D'aprfs Albert Durer) ganisatiou nationale dont

le pays avait besoin pour constituer un vasfe territoire unifié et y faire régner l'ordre social. La royauté française fut un organisme indispensable aux temps où il parut, organisme dont les deux caractères principaux sont d'avoir été à la fois militaire et justicier : militaire pour la conquête et justicier pour la discipline. Aussi le roi de France tient, dans l'une de ses mains, l'épée, et dans l'autre la main de justice, c'est-à-dire qu'il exerce l'autorité dans la guerre et dans la paix.

Un chef à Paris, capable de réprimer les violences des seigneurs grands et pelits répandus sur toute la superficie du territoire, tel fut l'appel qui s'éleva, enfin, du fond de toutes les provinces françaises, depuis la mer du Nord jusqu'aux Pyrénées, et c'est ce qui facilita singulièrement la conquête et l'organisation de la France par la royauté, puisque la France alla au-devant et mit elle-même, en quelque sorte, la main à l'œuvre.

Que l'on comprenne bien cela : le roi Capétien qui part de Paris pour envahir une province et tâcher de la tirer du chaos où elle se débat, n'est pas un ennemi venu du dehors : c'est, la plupart du temps, un libérateur. Les bourgeois des bonnes villes vont au-devant de lui et lui offrent les clefs des portes sur un coussin de velours. Dans presque tous les pays, il y a un parti royal, et c'est le parti populaire, irrité parla tyrannie aristocratique. Les peuples sont les alliés des rois, quand ceux-ci ne se présentent pas comme les alliés des seigneurs. Les provinces les plus reculées les demandent; et il suffit qu'ils promettent de respecter les usages et les privilèges locaux pour que toute résistance tombe devant eux. Les seigneurs, malgré leurs forteresses, sont impuissants parce que la terre elle-même conspire contre eux : c'est dans ce sens qu'il est permis de dire que l'unité française fut surtout l'œuvre de la France.

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