‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 39 sur 107 · NAVIRE NORMAND · texte numérisé non relu

NAVIRE NORMAND

(Tapisavrie de BaytuxJ

Un homme valide ne se contente pas de bien vivre et de s'engraisser , immobile au logis ; il faut qu'il bouge. Il a besoin de- se remuer, de se dégourdir les jambes,' d'aller voir les autres pour causer avec eux, apprendre d'eux quelque chose, échanger non seulement des objets, mais des idées, des sentiments. Il se déplace aussi pour occuper son activité, pour accroître ses ressources, étendre son domaine. La troupe humaine, organisée ou non, qu'on l'appelle horde ou nation, fait comme 1 individu : un jour, les peuples se lèvent et vont voir ce qui se passe ailleurs.

L'AVENTURE. Les ancêtres des Français,

les Gaulois, furent de grands coureurs d'aventures. Le monde ancien n'était pas assez vaste pour leurs expéditions vagabondes. Ne descendaient-ils pas de ces peuples instables qui, partant des steppes de l'Asie, avaient parcouru, dans tous les sens, le vieux continent ? Ce sang agité, ils le léguèrent à leurs descendants, et ce ne sont pas les autres races, survenues au cours des âges, qui apprirent aux premières l'immobilité. Si quelques tribus restent cachées et comme incrustées aux replis des montagnes et aux anfractuosités des rivages, les autres n'aiment pas à se sentir enfermées dans ces étroits espaces. Le Français préfère trouver la terre, la mer, l'air libres devant lui.

LES PREMIÈRES Au retour d'un pèlerinage COLONIES aux Lieux Saints, des che-

FRANÇAISES. valiers français, chercheurs

d'aventures, furent appelés à l'aide par une ville d'Italie, Salerne, qui se" défendait avec peine contre les Sarrasins : c'étaient les fîls d'un gentilhomme normand, Tancrède de Hautcville : Guillaume Bras-de-fer, Omfroy et Dreu. Ils prêtèrent main forte comme on le leur demandait et partirent. Mais, ayant goûté le charme du pays, ils revinrent, s installèrent et fondèrent une dynastie destinée à durer deux siècles (1016-1073) ; par elle, le nom, les mœurs et les arts de la France se répandirent dans la Sicile et l'Italie méridionale.

Palcrme, Messine, Naples furent des villes françaises. Dans une cathédrale de Sicile, comme à Montreale, l'art gothique se marie au vieil art grec, à l'art arabe, à l'art byzantin. L'histoire des « Paladins de France » est encore populaire dans toute l'île. Les charrettes qui cir-

culent dans les rues, les voitures de maraîchers et d'ambulants sont illustrées comme par des images d'Epinal. Et ce sont toujours les gloires de la France qui sont ainsi figurées : Roland, Olivier, Charlemagne, saint Louis, Jeanne d'Arc, Napoléon.

Telles sont les marques indélébiles, laissées parmi tant d'autres, sur ces premières terres « colonisées » par les Français. Pendant plusieurs siècles, la question italienne, sicilienne, napolitaine entra dans les préoccupations de la politique française, jusqu'au moment où les guerres d'Italie eurent lié étroitement les intérêts et les aspirations des deux peuples dans la même entreprise de civilisation qui s'appela Renaissance.

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