‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 51 sur 107 · CONSÉQUENCES DES CROISADES · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DES CROISADES

SAINT LOUIS ARMÉ EN GUERRE f D'après les vitraur de la cathédrale de Chartres.]

Elle n'était close ni pour la civilisation ni pour l'humanité. Les conséquences des croisades furent incalculables. Ces expéditions héroïques avaient remué le sang des peuples et fait un mélange des deux mondes; ce retour de l'humanité vers son berceau lui réapprit ses origines et lui imposa, en même temps, une conception plus large de SCS devoirs et de son ave- .

nir. Ceux qui revinrent dans leurs foyers avaient vu le vaste univers, grand ouvert devant eux. Impressions ineffaçables ! Ils savaient désormais qu'il y a, pour l'homme, d autres horizons que ceux du cl-Kimp paternel. Ayant parcouru les terres et les mers, ils avaient mis à l'épreuve l'endurance humaine et se sentaient prêts pour des ' aventures plus hardies et plus lointaines encore.

Saint Louis, fils de l'Espagnole Blanche de Castille, fut le premier des conquistador s.

Au contact de la civilisation délabrée et corrompue de l'Orient, les peuples de l'Occident s'étaient mieux jugés, mieux appréciés; ils avaient rapporté, de leurs pérégrinations, une connaissance plus éclairée des arts, des traditions, des conceptions que l'antiquité avait laissés sur ces terres oubliées; ils en avaient rapporté, surtout, un renouveau de l'esprit. Le retour des croisades fut une première renaissance.

Mais, par-dessus tout, les croisades furent un grand mouvement idéaliste: jamais l'homme ne sacrifia plus allègrement sa vie à une cause, c'est à ce titre que la France y figura au premier rang. Par la gloire qu'elle y acquit, se répandit définitivement, sur toute la Méditerranée, d'Occident en Orient et d'Orient en Occident, la renommée et la gratitude dues aux « gestes de Dieu par les Francs », Gesta Dei per Francos.

L'Université de Paris

'Art Gothique

et 1

Tout le moyen âge européen et, en particulier, le moyen âge français, est dominé par l'idée chrétienne. C'est la « croix »

qui entraîne pèlerins et soldats sur les chemins de la Terre sainte ; c'est la croix qui soumet les fidèles aux directions de l'Eglise ; c'est au nom du Crucifié que des donateurs sans nombre offrent leurs biens pour soulager les pauvres et les misérables ; c'est au nom des dogmes et de la morale chrétienne, catholique, romaine, que se poursuit, dans les esprits et dans les coeurs, la vaste éducation didactique, psychologique, morale, de laquelle naîtra une civilisation nouvelle.

PORTAIL OGIVAL DE LA CATHÉDRALE Dt REIMS (XI1I« SIÈCLE..

LA CIVILISATION L'enseignement qui pré- DU MOYEN AGE p^j-g ces générations est CH^TIENNE. uniquement chrétien La

philosophie, la littérature, la science elle-même, sont subordonnées à la théologie.

La pensée s'élève, d'abord, à la connaissance de Dieu, principe de toutes choses : de cette connaissance — et de cette connaissance seule — dérivent les notions qu'il est donné à l'homme de percevoir sur l'ordre universel et ses multiples manifestations ici-bas; de là, la règle unique de toute vie humaine, c'est-à-dire de la morale. La loi vient d'en haut; Dieu l'a dictée et la dicte chaque jour, par l'organe du Christ et de l'Eglise. 11 n'y a qu'à s'incliner et obéir.

Cette conception donne à la physionomie du moyen âge une remarquable unité; elle se manifeste non seulement dans les sentiments religieux qui sont les mêmes pour toute la chrétienté, mais aussi dans la méthode intellectuelle, soit littéraire, soit scientifique. Par une adaptation singulière de cet esprit déductif et logique qui, au lieu de remonter du fait aux causes, descend d'une doctrine établie à ses applications, les lettres et les sciences acceptent une discipline non discutée et non discutable : maç^ister aixit, le maître l'a dit. Le maître, c'est Aristote.

INFLUENCE Aristote, philosophe grec,

D'ARISTOTE. dont la renommée avait

été grande parce que son œuvre présentait

un exposé presque complet de la science antique, Aristote fut vénéré presque à l'égard des auteurs sacrés. Tout ce qui était dans -aristote fut accepté comme axiome et l'effort du haut enseignement se borna à l'expliquer et à le commenter. Ainsi, le moyen âge se soumit, sans discussion, au double héritage de la tradition hellénique par Aristote et de la tradition judaïque par les livres saints; mais il les adapta très ingénieusement, par la voie du commentaire et de l'interprétation, à sÈs besoins et à ses aspirations. Les musulmans ont fait de même et font de même encore, à l'heure présente, en prenant pour base unique de leur science et de leur culture le Coran.

La méthode intellectuelle du moyen âge est connue sous le nom de scolastique.

LA SCOLASTIQUE. La scolastique, c'est tout le moyen âge de la pensée; elle a un organe qui s'impose au monde chrétien, l'Université de Paris. La loi chrétienne vient de Rome, mais la leçon intellectuelle vient de Paris. Tous les étudiants, les chercheurs et les penseurs, où qu'ils naissent, viennent apprendre et, s'ils le peuvent, enseigner à Paris. Pendant trois siècles, l'Université de Paris fut la « maîtresse des sentences ».

Page 1