L'UNIVERSITE DE PARIS
Un fait très précis affirme ce caractère à la fois encyclopédique et « mondial » de l'enseignement parisien : c'est l'organisation même" des études. L'Université de Paris était divisée en quatre « facultés » embrassant l'ensemble des sciences divines et humaines, la faculté de théologie, la fiiculté des arts (sciences et lettres), la faculté de droit (droit civil et droit canonique), la faculté de médecine. Quant aux étudiants, ils étaient classés en nations : la nation de France, subdivisée elle-même en cinq provinces ou tribus; la nation de Picardie^ subdivisée aussi en cinq tribus; la nation ifJllemagne, subdivisée en deux tribus; la nation des Conliiieiils, subdivisée en deux provinces, et celle des Insulaires comprenant les lies Britanniques. Les hommes les plus illustres du moyen âge furent ou des étudiants ou des maîtres de l'Université de Paris. Duns Scott, saint Thomas d'Aquin, Albert le Grand, Siger de Brabant, saint Bernard, saint Anselme, Abeilard, Brunetto Latini, le Dante, Boccace, Pétrarque. Un auteur écrit avec juste raison : a Du xii* à la
Ce
que
disent les Aïeux
fin du xive siècle, Paris a été le centre, le foyer de toute lumière pour l'Occident; il n'est pas de nation qui n'ait alors reconnu cette suprématie et qui n'en ait profité Bien longtemps avant Louis XIV, bien longtemps avant la Révolution française, Paris donnait le ton à l'intelligence européenne. C'est par la scolastique que l'esprit français faisait alors sa route, comme il la fit plus tard par la littérature du xvii= et du xviii^ siècle. La scolastique parisienne, dans ces temps reculés, a fait peut-être autant pour l'esprit que le siècle même qui a vu Montesquieu, Rousseau, Voltaire et la Constituante. » (Barthélemy-Saint-Hilaire.)
L'ENSEIGNEMENT H n'est pas impossible de FRANÇAIS. s'expliquer cette régence
des esprits si remarquablement reconnue alors à la France : sa situation géographique attirait naturellement les nombreux voyageurs qui, en ce temps de déplacements fréquents , quittaient leurs foyers pour aller chercher ailleurs la science et la fortune ; le génie sociable des Français, la facilité et l'aménité de leur accueil retenaient ces hommes dans une ville où ils pensaient ne faire que de courts séjours; enfin, et surtout, l'aptitude des Français à rendre faciles et abordables les idées générales, à les montrer
sous leur face accessible et piquante, ce génie de simplification et d'élégance qui se trouvait, dès lors, dans leurlangue et dans leurs écrits, tout cela apportait un secours précieux à l'obscur travail de la scolastique ; on s'aperçut, pour la première fois, qu'on pouvait être sérieux sans être ennuyeux. Tout paraissait lumineux quand la clarté^ française y avait passé. Dès lors, les étrangers aimaient k langue française et l'appelaient îe « parler delittable ». Le français est resté, jusqu'à l'heure présente, la langue internationale et la langue des manuels ; elle était, dès lors, un organe d'enseignement incomparable.
LE VRAI Ces dons de communica-
ET LE BEAU. tion et de sociabilité, si
caractéristiques chez nos Français, s'affirmaient dans les matières complexes et obscures réservées au haut enseignement; mais le progrès intellectuel ne pouvait s'isoler et se tenir en dehors des masses populaires. Une civilisation n'est complète que si elle pénètre toutes les couches de la société, comme une maturité n'est achevée que si elle unit et fond toutes les fibres de l'être. Tel fut bien le caractère de la civilisation française au moyen âge; elle s'oc-
cupa du peuple, des femmes, des enfants avec un zèle égal à celui qui l'imposait au monde du savoir et de la pensée.