SUR LE PONT-NEUF
(PhotOQiaphie Lansiaux.)
LES GUERRES L a DE RELIGION. j^^.
l'orme de Luther, avec le caractère d'exclusivisme sévère que Calvin lui imposa, surtout à Genève, fut une pomme de discorde jetée entre les peuples européens. Le principal reproche que lui faisaient ses adversaires, c'est qu'elle portait atteinte à l'unité. Par elle, disait-on, a la robe sans couture était déchirée ».
Certes, le mal était grand, mais le remède fut douloureux. Il se fit, au milieu du monde chrétien, une profonde fissure qui amena des guerres infinies et des misères affreuses pendant plus d'un siècle. L'Allemagne, dont l'efflorescence jusqu'au xvi^ siècle avait été incomparable, y courut un danger de mort. La France, champ de bataille des deux partis, en souffrit cruellement.
Ce fut du Midi que vint la première résistance. L'Espagne était alors gouvernée par les rois « très catholiques». Leurs immenses Etats « sur lesquels ne se couchaii pas le soleil », avec des armées puissantes, avec des flottes nombreuses, avec les ressources infinies que leur fournissaient les mines et les richesses naturelles du nouveau monde, furent dévoués à la défense de Rome. Philippe II se déclara le champion de la cause catholique.
Construit en pierre grise, il n'offre aucune saillie, aucune décoration, aucune fleur. Mais la noblesse et la rectitude de l'ensemble s'emparent de l'esprit dès l'entrée, imposant l'émotion et le silence.
Une pompe inouïe préside à l'ensemble et au moindre détail. La chapelle, dont la coupole paraît aussi élevée que celle de notre Panthéon, est une cathédrale immense et fastueuse; au fond de la crypte, les rois et reines de la dynastie reposent dans des cercueils de porphyre et d'or; et tous les membres de la famille royale dorment, là aussi, leur dernier sommeil, comme s'ils faisaient une escorte suprême aux chefs de leur race, à leurs princes, jusque dans la mort.
Dans une tribune, à l'étage supérieur de 'a chapelle, une petite porte s'ouvre; elle doni e sur une chambre modeste, garnie de carreaux de faïence, meublé de chaises de paille et de tables de bois : au fond, une alcôve, et c'est là que vécut de longuesannéeset que mourut, à la fin, le puissant a roi catholique », Philippe, celui que ses sujets appelèrent, de son vivant, « le sublime » ; c'est de là qu'il dictait les ordres destinés à être exécutés dans tout l'univers.
Cette humilité acceptée, cette sévérité et cette austérité voulues, parmi tant de splendeurs, peignent l'âme solennelle et triste de l'homme qui méditait au fond de cette alcôve obscure : Philippe 11 étendit son ombre mélancolique sur le siècle où il passa.