L'ESCURIAL
Ceux qui visitent, en Espagne, le fameux château de l'Escurial qu'il fit construire, -7- ordonnant qu'on imitât dans son plan la forme du gril où fut brûlé saint Laurent, en souvenir de la bataille remportée, en 1557, sur les Français, à Saint-Quentin, au jour de la fête de ce saint, — ceux-là sont frappés de la grandeur et du caractère de cette oeuvre vraiment royale. Le monument est élevé dans un lieu isolé et sauvage où le vent gémit à l'orée des montagnes.
PHILIPPE II d'après un purtrait conieicé à l'Escurial. I Photographie Lacoste )
Ily avait alors, en Europe, un peuple qui faisait un singulier contraste avec l'Espagne, naturellement fière et monacale, attristée encore par la grandeur rigide de son roi : c'était le peuple hollandais. Un territoire sauvé sur les eaux par un labeur constant, une richesse rapide due à une heureuse situation géographique et à une activité commerciale et maritime soutenue, des villes propres et saines, des habitations confortables, des canaux soigneusement entretenus, d'épais ombrages, des prairies f)lantureuses, des moulins à vent faisant tourner eurs grands bras dans les nuages, des ports
encombrés, des pêches heureuses, des dunes Les armées étrangères furent introduites par dorées, un ciel et une mer baignées par une les deux partis sur le sol français. En mvoatmosphère lumineuse et atténuée, une vie quant tous deux le nom du Christ, les adversaires se ruèrent l'un sur l'autre. Entre la Hollande, l'Allemagne et l'Espagne, le sol français devint naturellement le champ clos du combat.
CHATEAU DE l'ESCURIAL
(Photographie Bauser y Meitet.)
cordiale et joyeuse, avec drapeaux, bannières, corporations, fanfares; des conversations gracieuses dans de beaux jardins ornés de fleurs rares, de tulipes éclatantes et d'oiseaux venus des Indes ; puis, des ripailles improvisées au bouchon des cabarets, des kermesses, des beuveries, du débraillement à la Teniers, ainsi s'étalaient, dans une tranquillité paisible et joviale, la confiance et l'optimisme d'un peuple bonhomme et réaliste.
Or, la Hollande, comme les Flandres, appartenait par droit d'héritage à la maison d Espagne et c'est parce que le roi très catholique ne voulait pas que ses sujets du Nord devinssent protestants, c'est parce que ces hommes gais et simples, mais robustes et opiniâtres, prétendaient faire à leur tête et suivre leur conscienc; que la lutte éclata à partir de 1559, s'étendant et se propageant avec une rapidité inouïe chez toutes les autres puissances de l'Europe.
Philippe II avait décidé que l'Europe rentrerait dans le giron de l'Eglise catholique.
Avec l'Allemagne et l'Italie, l'Angleterre, le Danemark, la Suède et tous les autres membres de la famille européenne s'engagèrent successivement. Les guerres religieuses de France ne furent qu'un épisode de cette lutte universelle.
LE Le parti protestant s'était
PROTESTANTISME développé en France, sur- EN FRANCE. tout dans l'aristocratie.
Philippe II, usant de son influence sur les ministres italiens qui, sous la régence de Catherine de Médicis, gouvernaient la France, conseilla cet acte abominable, la Saint-Barthélémy (1572). On prétendait tuer le protestantisme en massacrant, d'un seul coup, tous les protestants.
La tuerie manqua son but : elle ne porta bonheur ni à ceux qui l'avaient conseillée, ni à ceux qui l'avaient exécutée. Cependant, elle rendit les passions plus hostiles. Les protestants exaspérés cherchèrent un appui au dehors.