TENIERS. FÊTE DE VILLAGE
Musie d'Amsterdam (Photographie Manfttaengl.)
La nation eut le sentiment très net du péril que des dissensions aussi atroces lui faisaient courir. Les Etats de la Ligue se refusèrent à mettre le sort de la France entre les mains du roi d'Espagne. Des idées de modération, développées dans le fameux pamphlet de la
Henri IV et la Tolérance
Oi
Satire Ménippée, commençaient à se répandre. Des deux côtés, on s'apercevait que ni les uns ni les autres ne gagnaient rien à prétendre imposer leurs convictions; on était las, on était dégoûté, on était assagi.
LE SIÈGE 11 n'y avait pas d'autre
DE PARIS. issue que la réconciliation
nationale dans la modération mutuelle et dans l'apaisement. Les Français n'ont pas tant de raisons de se haïr : s'ils connaissaient mieux le sort de l'étranger, ils sauraient que, sans leurs discordes, la vie leur serait plus tolérable et plus douce qu'elle ne l'est nulle part ailleurs ; mais la vivacité de leurs passions les emporte ; il est vrai qu'elle les ramène, non n^-^in'^ r-'vH'^ment, à l'union. Qu'une détente se produise, et tout est oublié !
Un homme se rencontra qui réunissait, en sa personne, les deux éléments hostiles et qui, à cause de cela peut-être, eut, au suprême degré, le génie de la conciliation : c'est Henri IV.
Henri IV, roi de Navarre , descendant , comme Bourbon, de la famille des Capétiens, était l'héritier légitime de la couronne de France.
Mais il était protestant.
Il y avait donc incompatibilité : ou, du moins, la grande majorité de la nation étant catholique, eût accepté difficilement
un roi protestant. Henri de Navarre assiégeait Paris avec Henri III, quand celui-ci fut assassiné. La couronne lui revenait de droit; mais il fallait la conquérir en fait. Surtout, il convenait de trancher le problème de conscience qui était le problème du siècle et qui se posait devant le roi, comme il s'était posé devant le pays : se ferait-il catholique, resterait-il protestant ?
HENRI IV. Henri IV était un esprit
avisé, prompt et réaliste. Nourri dans les camps, habitué à la vie rude et aux vives reparties des soldats, il ne s'arrêtait pas aux phrases solennelles et allait droit au fait : les « trognes », comme dit son contemporain Montaigne, ne lui en imposaient pas. Quand de vieux parlementaires lui faisaient de longues harangues, toutes farcies de latin, il les prenait par la barbe et les faisait descendre, non sans enjouement, de leur morgue prétentieuse et de leur éloquence affectée. Il était brave, spirituel, amoureux, fidèle à ses amis, le cœur chaud, la parole alerte, le trait piquant, mais jimais envenimé. Ses mots pétillants de sponta-
néité et d'à propos sont célèbres : « Pends-toi, brave Grillon ; nous avons combattu à Arques et tu n'y étais pas! » Il voulait que son peuple mît la a poule au pot » tous les dimanches. Il s'écria, quand le dilemme lui fut posé par la mort de Henri III : a Paris vaut bien une messe! »
Paris était aux mains de la Ligue qui avait pour chef, alors, le duc de Mayenne. Paris sentait que l'heure était venue de faire la réconciliation : mais, si le roi voulait que le peuple vînt vers lui, il fallait qu'il fit les premiers pas, et qu'il allât, d'abord, vers le peuple.
Henri IV trouva, dans son cœur chaleureux et dans son esprit avisé, la solution qui était la plus sage et la plus simple. Il envoya des évêques vers le pape pour faire connaître son intention d'abjurer; il se fit instruire dans la religion de ses sujets, et, solennellement, il abjura. Il y avait, dans cette conduite aussi sage que loyale, une appréciation très exacte de la relativité des formules devant l'importance des résultats.
HENRirV RESOUT Cet LE PROBLÈME DE CONSCIENCE.
CABINET DE TRAVAIL DE PHILIPPE II A l'eSCURIAL
(Photographie Lacoste.)
acte était tout autre chose qu'une simple décision de conscience individuelle. Le roi de France avant eu, successivement, dans son esprit et dans son cœur, les deux sentiments contraires, les deux croyances rivales, disait, de la façon la plus éloquente et la plus frappante, que ces deux sentiments, ces deux croyances ne s'opposent pas absolument et nécessairement ; qu'elles se subordonnent à une loi plus haute ; que les formes importent peu, pourvu que le fond soit sauf, l'objectif suprême étant également relevé.