CHARDIN
mais qui a le nert, la grâce, une élégance et une saveur indicibles. C'est l'esprit de Voltaire et la verve de Beaumarchais. Les dessinateurs et les graveurs, les Cochin, les Marillier, les Gravelot, les Moreau le Jeune illustrent d'une pointe aiguë et souple les œuvres de leurs contemporains. Il y a, dans tout cela, beaucoup de fantaisie, de caprice, de folie, rien de violent ni dangereux : ce sont les Surprises de l'Escarpolette et le Jeu de la Balançoire. Cependant Greuze s'attendrit et commence à verser une larme : il a lu la Nouvelle Hélo'isc. Chardin, plus voisin de Diderot, décrit minutieusement et amoureusement les intérieurs modestes et les vertus de la bourgeoisie : c'est une classe qui monte.
Qjaelque chose de nouveau apparaît. La découverte de Pompéi et d'Herculanum remet en honneur les proportions antiques et les vertus romaines. Le mobilier se fige et prend 'un aspect plus linéaire, plus hiératique, au moment où Sor.fflot attriste Paris en lui infligeant, pour toujours, la solennelle capote du Panthéon.
Inouïs XVI ; En somme^ pour ceux qui
LA FIN DU REGIME. gHssent à la surface du sol, selon le conseil de Voltaire {Glisseï, mortels, n'appiiye-i pas), et qui restent sourds aux coups de mine qui l'ébranlent, tout est à la joie. L'un de ces privilégiés disait plus tard : « Ceux qui n'ont pas été de ce temps n'ont pas connu le bonheur de vivre. »
Un roi, vertueux et placide, sur le trône. Les succès remportés sur l'Angleterre dans la guerre pour l'indépendance des États-Unis d'Amérique avaient réparé les amertumes extérieures des dernières années de Louis XV. Des ministres probes, des esprits réformateurs, Vergennes, Turgot, étaient aux affaires : on pouvait attendre beaucoup de leur clairvoyance, appuyée sur une opinion publique qui avait réclamé leur avènement.
Une richesse et une prospérité nouvelles se répandaient sur les diverses parties de la nation. L'expansion coloniale produisait les résultats qu'avait prévus, trop tôt, la spéculation de Law. Le « commerce des Iles » enrichissait, réellement, la mère-patrie. Un disciple de Jean- Jacques, Bernardin de Saint-Pierre, écrivait le premier roman exotique, Paul et Virginie; et c'était une délicieuse et émouvante idylle.
Florian, Berquin, Trianon, le Devin du village : attendrissement universel, bergerade! Les modes mêmes se faisaient champêtres. Le linon, la mousseline, l'organdi, un chapeau de paille orné d'un ruban, le'bonnet, le bavolet,... il n'y avait rien de trop simple, de trop naïf, de trop agreste, pour exprimer le retour à la nature et la volonté universelle d'effacer ce qui distingue, d'écarter ce qui blesse.
Un rien, et les antinomies, les haines, les passions hésitantes encore se fondront dans un universel embrassement. Que Turgot soit soutenu, que Necker ne soit pas combattu, et tout peut être sauvé encore...
Mais non; les partis pris sont trop accusés, maintenant, les passions trop violentes. Ni d'un côté ni de l'autre, on ne veut céder. Il y avait un poids trop lourd d'abus, de préjugés, d'injustices, pour qu'il se soulevât et s'écartât de lui-même. Aucun homme, quel qu'il fût, si énergique, si avisé, si prudent qu'on le supposât, n'était capable de donner le coup de balai qui nettoierait le détritus accumulé par mille ans d'empirisme et de brutaHté à peine masquée sous les fleurs.
Or, Louis XVI n'a pas d'autorité, Marie- Antoinette pas de popularité. Turgot et Necker sont balayés par le vent de tempête qui s'est levé. Les Français, dans un de ces accès de dis-