‹ Ce que disent les aïeuxChapitre 89 sur 107 · NATIONALITÉS · texte numérisé non relu

NATIONALITÉS

Les nations ont leurs affinités, leurs positions respectives par suite desquelles elles se forment et se déforment jusqu'à ce que les essais, cent fois répétés, arrivent à des résultats positifs et durables. Par exemple, les frontières sont presque toujours dessinées par la nature : des mers, des fleuves, des montagnes en accusent les contours; de même des origines identiques font des familles, des tribus, des races qui arrivent à se grouper, à vivre unies, à combattre les mêmes adversaires, à échanger les mêmes produits. De ces données d'autres résultent : les dialectes, les mœurs, les lois peu à peu se fondent les uns dans les autres ; l'éloquence, la littérature, la mode, les habitudes de vie aplanissent leurs divergences et aboutissent à une langue, à une législation, à des mœurs « nationales » ; la conquête militaire est un martèlement qui modèle et achève la figure de la statue : un seul et même gouvernement politique s'impose, autant par la volonté soutenue des peuples que par le savoir-faire des chefs. Ainsi la nation est constituée.

.Mais le cadre d'une nation a ses limites : à une certaine distance, les rdrcs n'arriveraient pas -Il temps utile et ne seraient pas exécutés dans i'esprit qui les a dictés.

11 faut à un peuple une capitale, un centre vers lequel se produit la circulation du sang et des idées. C'est le cerveau et le cœur de la nation, l'organe dirigeant et pensant qui lui donne l'âme et la vie.

Nous avons vu la France s'organiser eu vertu de ces lois et réaliser, la première, une unité nationale pondérée, équilibrée, bien définie. Elle donne l'exemple au reste de l'Europe. On ne peut nier que le principe de la nationalité rayonne d'elle, après la grande Révolution : les décrets de la Convention des 19 novembre et 15 décembre 1792 proclament la résolution de cette assemblée « d'aider tous les peuples qui voudraient conquérir leur liberté ».

A partir de cette époque, la doctrine s'insinue dans la politique européenne : en Pologne, en Belgique, en Italie, en Allemagne, les membres séparés des peuples frères cherchent à se réunir. Après 181 5, le principe règne dans les esprits et bientôt il s'installe dans les taits par une sorte de réaction contre ce qu'il y avait d'arbitraire dans les traités imposés à la France et aux populations européennes.

L'ITALIE Parmi ces populations, il

ET L'ALLEMAGNE, g^ ^^^[1 particulièrement deux qui, depuis des siècles, vivaient désagrégées, disloquées sur leurs territoires, quoiqu'ils se reconnussent une certaine unité géographique et ethnographique : c'était l'Italie et c'était l'Allemagne. La politique française s'était longtemps appliquée à les maintenir dans cet état de faiblesse, suite de leur désunion : longtemps ce fut, à Paris, une maxime d'Etat de ne pas laisser se créer, aux portes de la France, de puissantes nationalités.

Mais les lois historiques et l'expansion même des idées françaises avaient fait leur œuvre et, après 184S, la question était de savoir si la France devait continuer à s'opposer plus longtemps à la formation de ces nationalités qui voulaient naître ou si son intérêt bien entendu n'était pas de faciliter leur naissance.

Les deux systèmes étaient plausibles. Le second Empire, qui avait succédé, par le coup d'Etat de 1851, à la République de 1848,

hésita; il se prononça pour deux solutions différentes, selon qu'il s'agissait de l'Italie ou de l'Allemagne, Par la guerre de 1859, il aida a. la formation de l'unité italienne; par la guerre de 1870, il se heurta à la formation de l'unité allemande. Un moment, après 1860, il se trouva l'arbitre de l'Europe; et puis,~en 1870, il fut vaincu et la France subit les conséquences de la défaite par la perte de deux provinces. Tels furent les résultats contradictoires et finalement funestes de la poussée du romantisme politique qui avait porté la France, dans une heure de sentimentalisme politique, à se mêler aux affaires des autres peuples. La France avait été généreuse, mais n'avait pas pu ou su l'être jusqu'au bout et son magnifique élan s'était heurté à la cruelle réalité.

La réalité, telle est la maîtresse des peuples comme des individus : de partout à la fois, cette leçon tombait, comme une douche glaciale, sur la bonne volonté d'une génération enthousiaste. A l'intérieur, l'avènement de la démocratie et du suffrage universel rencontre une première désillusion. On avait cru que le peuple libre allait s'emparer de la direction des affaires publiques et s'en servir pour son pro-

f)re bien, dans les sentiments les plus nobles et es plus élevés. Montesquieu n'avait-il pas écrit que la République avait pour principe la vertu? En fait, les discordes civiles avaient abouti à une sorte d'épouvante anarchique et, après les journées de juin, où un affreux malentendu s'était produit entre le peuple et ses chefs, le coup d'Etat de Décembre avait eu pour suite l'avènement d'un second Empire, acclamé par des plébiscites répétés ; le peuple s'était donné à lui-même un maître.

LE PRINCIPE Ce maître, Napoléon III,

DÉMOCRATIQUE. avait encore dans l'esprit et dans le cœur des traces de ce mal du romantisme dont la génération précédente était atteinte. Nous l'avons vu diriger, d'abord, sa politique extérieure selon le principe des nationalités, déchirer les traités de 181 5, ce qui lui permit de compléter le territoire français par l'adjonction du comté de Nice et de la Savoie; mais, à la fin, ce principe même se retourne contre lui. De même, nous le voyons, à l'intérieur, hésiter entre deux systèmes qu'il applique successivement : d'abord l'autoritarisme quasi absolu, puis une certaine adaptation du parlementarisme ayant pour couronnement r a Empire libéral ». On ne peut nier ses tendances « sociales » et sa volonté d'adoucir le sort des classes les plus nombreuses et les plus pauvres. En cela, il se montrait fidèle à ses premiers maîtres, les saint-simoniens. Mais il veut, en même temps, ménager les classes dirigeantes, et la conciliation n'est pas des plus aisées. La formule de son gouvernement : « Travailler pour le peuple, non par le peuple » contient une contradiction irréductible.

Le peuple seul connaît les besoins et les aspirations du peuple. Vers la fin du règne, la double contradiction apparaît, au dedans et au dehors, et tout est emporté dans la catastrophe de 1870. Ici, encore, les doctrines échouaient devant la réalité.

LE RÉALISME. La littérature et les arts

qui présentent, toujours, une expression si juste et si adéquate des sentiments et des instincts des foules, avaient déjà prononcé le nom qui résumait ces aspirations : le réalisme. Le réalisme est une réaction contre le lyrisme. Chateaubriand, George Sand, Lamartine passent de mode. Victor Hugo survit et se défend, mais il se transforme. La rude satire des Châtiments le soutient devant la partie la plus avancée de l'opinion. Ce qu'on reproche au romantisme, c'est 1 enflure, la stérile abondance, la prodigalité verbale, une tension excessive des facultés qui, par son exagération constante, tombe dans la convention et le procédé. Il y a des poncifs qui ne sont pas classiques et qui sont des poncifs tout de même. Soyons simples pour être vrais; considérons la nature de plus près pour la voir plus exactement et la traduire plus finement.

Le plus achevé des écrivains réalistes est Gustave Flaubert. Certes, il n'est pas entièrement dégagé du parti pris romantique. Salammbô et la Tentation de saint Antoine sont plus près de Chateaubriand que de Balzac. Mais ce ne sont pas là ses œuvres caractéristiques. Madame Bovary et l'Education sentimentale témoignent d'une observation pénétrante et aiguë appliquées aux faits de la vie ordinaire. Il est vrai, qu'à la façon dont ces faits sont notés, ils prennent une telle intensité qu'ils deviennent épiques. C'est cette acuité de la vision, cette vigueur du burin qui affirment le véritable génie de Flaubert. L'école, comme le maître, cherche, avant tout, la perfection du rendu; sa formule est l'art pour l'art.

Emile Zola se réclame aussi de l'école réaliste ; mais, dans son œuvre, si la peinture de la vie est plus large, elle est plus molle et plus flottante. Personne n'a, plus que lui, le don d'évoquer et d'animer les foules ; mais son parti pris de vulgarité et de sensualisme porte attemte à la pureté de l'art; il y a encore du romantisme dans ce grossissement qui s'avoisine à la grossièreté.

Quel contraste avec la fine et spirituelle inspiration d'Alphonse Daudet! La nature sobre, riche, élégante de l'auteur des Contes de mon Moulin fleure la lavande et les herbes odorantes des Alpilles. Daudet, c'est le Midi, et s'il pince sans rire le Tartarin de Tarascon, le Midi lui a pardonné pour l'art avec lequel il a transposé, dans le parisianisme le plus exquis, tout le félibrige du grand poète de Mireio, Mistral.

En poésie, les tendances réalistes exercent naturellement une action plus discrète. Elles portent, surtout, au perfectionnement extrême

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(D'nprès h' portrait peint par Edtijelt.

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( l'hi.tigri.pfiie Hachette.)

L'Age réaliste et scientifique

de la technique. On consacre à la versification, à la rime, à la propriété de l'expression un zèle sans défaillance. La conscience, la sévérité envers soi même sont les premiers devoirs et se substituent à l'inachevé, au flou, au vague sentimentalisme dont s'était satisfaite une partie de l'école romantique : seul, un artiste impeccable a le droit de parler le langage des dieux.

LE PARNASSE. La nouvelle école est

classique par le goût de l'antiquité, l'amour du grand jour et de la pleine lumière, la manière courte et sobre, la pureté de la langue et le choix, longtemps pesé, des idées et des mots; mais elle n'a pas renié les conquêtes du romantisme : un vers plus souple, plus harmonieux, plus éclatant, une plus grande variété de rythmes et même une envolée lyrique, plus délicate et plus contenue, font le cnarme de cette inspiration dont le souffle reste, d'ailleurs, un peu court. C'est l'école du Parnasse.

Leconte de Lisle est son maître : ses Poèmes antiques, ses Poèmes barbares, ses traductions d'Homère et des tragiques grecs puisent à toutes les sources de la légende, de l'archaïsme et de l'exotisme, pour y trouver une conception de plus en plus variée et de plus en plus pure de la beauté. François Coppée chante la chanson des humbles : sa muse pédestre suit le cita din dans ses promenades des rues et des faubourgs; elle trouve une poésie imprévue aux spectacles de l'existence journalière : la Grève des forgerons, le Petit Epicier de Montronge se dramatisent en menues épopées. C'est la Légende du peuple après la Légende des siècles.

Voici, enfin, l'impeccable José-Maria de Heredia, dont Us Trophées resplendissent, en ; pleine lumière, comme une armure suspendue aux colonnes du temple de la Minerve antique. Heredia hérite de toute la tradition latine. Né aux Antilles, il vient apprendre, en plein cœur du \'alois, à Senlis, le fin parler de la « doulce France ». La belle histoire étincelante de la civilisation méditerranéenne reluit dans son œuvre, dont la brièveté sonore touche à la perfection.

L'HISTOIRE. Ainsi la poésie emprunte

\ ses plus nobles accents à l'histoire. C'est que l'histoire a pris, sur des générations avides de connaître les réalités, l'autorité qui n'appartient qu'à cette «maîtresse des hommes «. Puisqu'elles ne sont plus disposées à se payer de mots, où trouveraient-elles des données plus positives que dans les annales dupasse? Chateaubriand, lui-même, avait ouvert les voies. En écrivant le Génie du Christianisme et les Etudes historiques, il avait versé l'inspiration aux premiers historiens du siècle. Augustin Thierry aditl'impres- '; sion produite sur lui par le passage où Chateau- ; briand rappelait le chant des soldats mérovingiens : « Pharamond, Pharamond, nous avons combattu par l'épée! » Et, en effet, Augustin

Thierry évoque, à son tour, le tableau des origines françaises et débrouille l'histoire du moyen âge, si mal connue avant lui. Mignei. après avoir ramassé, dans une œuvre courte ei savoureuse, un premier exposé complet et philosophique de la Révolution française, se consacre aux années éclatantes des xvi» et xvii^ siècles. Guizot présente un tableau magistral du progrès de la civilisation en France et en Europe. Thiers reprend, en des proportions plus larges, VHistoire de la Révolution et bientôt, par un labeur qui se prolonge pendant le long espace de temps où il est éloigné de la vie publique, il fait vibrer la France, au récit éloquent et émouvant de ses grandeurs récentes, en écrivant VHisloire du Consulat et de l'Empire. Henri Martin, dans une sage et noble ordonnance, expose le développement complet de la vie du pays, tandis qu'un admirable écrivain, Michelet, reprend le même sujet, avec un sens artistique plus évocateur et plus ardent, mais, parfois, plus téméraire et plus risqué.

La richesse de la production historique, le renouvellement des bonnes méthodes en érudition, en philologie, en archéologie, les travaux divers, où s'illustrent les Champollion, les Burnouf, les Jules Quicherat, les Gaston Paris, les Léopold Delisle, suffisent à peine à satisfaire le goût, la passion de la vérité et de la sincérité qui anhnent les générations nouvelles. Un écrivain d'une autorité et d'une tenue qui touchent à l'austérité, Fustel de Coulanges, raconte la vie de la Cité antique et reprend les origines de notre vie nationale, tandis qu'Albert Sorel et Vandal, poussant à fond la recnerche laborieuse dans les archives, reprennent en sous-œuvre les exposés de Mignet et de Thiers et refont l'histoire toujours à refaire de la Révolution, du Consulat et de l'Empire.

RENAN. L'histoire a inspiré les

poètes; la voilà, maintenant, qui attire à elle les philosophes. En effet, les doctrines religieuses et métaphysiques sont des faits humains ; à ce titre, ils relèvent de l'histoire; on se demande si l'histoire ne parviendrait pas, à elle seule, à les expliquer. La pensée n'est, en somme, qu'un phénomène de l'évolution des êtres; elle ne s'explique que par ce qui précède et contient ce qui suit. C'est ainsi qu un érudit de haute science et d'intelligence souveraine, Renan, soumet la philosophie et les idées religieuses à un critérium nouveau, en écrivant la Vie de Jésus, V Histoire du Peuple d'Israël et V Histoire des origines du christianisme. Il subordonne la crovance à la science et donne les sciences historiques et philologiques comme les maîtresses uniques de sa propre pensée. En discutant les faits, les « milieux », dans lesquels les religions et les philosophies apparaissent, il les mesure au compas de la critique rationaliste et fait descendre la légende du ciel sur la terre. Même si Renan n'avait pas été un écrivain d'une

richesse et d'une souplesse incomparables, il eût vécu par la force et la pénétration de sa philosophie dubitative, avisée, et, au fond, sceptique.

TAINE. Et voici, maintenant, son

contemporain et son émule, Taine. Autre philosophe qui envahit l'histoire. Il scrute la légende révolutionnaire avec une application et un art égal à celui avec lequel Renan avait dépouillé la légende chrétienne. Le christianisme, la Révolution, sujets qui seront, sans cesse, repris et débattus, parce qu'ils touchent au fond le plus mystérieux de l'évolution et du progrès des sociétés et de l'humanité !

La recherche de la vérité mène à la science : telle est la leçon du siècle. L'âge réaliste est, nécessairement, un âge scientifique.

LA SCIENCE. Les grandes découvertes

de ce xix» siècle, dont la caractéristique est la diversité dans la puissance, ces découvertes qui transforment la figure et l'habitat de la planète en même temps que le sort physique de l'homme, la vapeur, l'électricité et leurs applications, les grandes inventions physiques et chimiques, la connaissance plus approfondie des lois et des ressources de la nature, cette vaste novation des choses n'est pas exclusivement française. Toutes les nations civilisées y travaillent en même temps. Mais la France participe au mouvement, et, souvent, elle le dirige. Lavoisier avait été le fondateur de la chimie. Monge, Berthollet, Fourcroy, le grand Laplace, l'auteur de la Mécanique céleste, avaient maintenu l'honneur des sciences, pendant la période révolutionnaire et impériale. Cuvier trace, après BufFon, le tableau des révolutions du globe. Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire découvrent les lois d'évolution des organismes vivants et a fondent la science profonde de la nature intime des êtres». Daguerre et Niepce donnent les premières applications du daguerréotype d'où naîtra la photographie, qui est devenu le plus puissant instrument de notation que l'homme puisse appliquer à la connaissance de l'univers. Ampère est à l'origine de la science électrique. Arago touche à toutes les branches de la physique terrestre, de la physique céleste, et laisse, dans l'étude de la polarisation, une trace ineffaçable. Biot poursuit, avec Arago, les travaux de triangulation du globe commencés par Méchain. Sadi Carnot, fils de l'organisateur de la victoire, dicte la loi de l'émission des ondes; Dulong donne une nouvelle théorie de la chaleur. Jean-Baptiste Dumas, Berthelot sont les continuateurs de Lavoisier. Berges utilise la force des hautes chutes et introduit dans l'industrie la révolution qui substituera peut-être, un jour, au combustible, les réserves sans cesse renouvelées de « la houille blanche ». Le glo-

rieux Dupuy de Lôme lance, sur les mers, le premier cuirassé et détermine les lois qui seront appliquées, peu après sa mort, à l'aviation et à la dirigeabilité des ballons par le colonel Renard, Santos-Dumont, les frères Wright et Blériot. Enfin — car il faut mettre fin à ces énumérations trop froides — Lesseps, reprenant une idée des saint-simoniens, par un coup de pouce formidable, modifie l'aspect de la planète et creuse les deux fossés qui réunissent, par un seul chemin navigable, tous les océans : le canal de Suez et le canal de Panama.

Mais c'est surtout dans le champ des sciences physiologiques et organiques que le génie français se donne carrière ; ce génie fait de précision, de sincérité et d'ingéniosité, n'aime pas le mystère : il s'épuise à déchirer les voiles. Après les grands naturalistes de l'époque antérieure, se lèvent les grands physiologistes, les maitres de la médecine, de la chirurgie, de l'hj'giène, les grands bienfaiteurs de l'humanité. Au début du siècle, Bichat avait publié ses fameuses recherches physiologiques sur la vie et la mort. Dupuytren, Vulpian, Nélaton, Trousseau, Duchesne de Boulogne sont des opérateurs, des cliniciens, des professeurs de haute autorité et de culture exemplaire. Un grand physiologiste les dépasse tous, c'est Claude Bernard. Il est le maître de la science expérimentale. Mais il est dépassé, à son tour, par l'homme qui peut être qualifié, sans hésiter, le plus éminent découvreur, sinon le plus grand homme du xix'' siècle. Pasteur. Nom qui couronne et résume le « siècle scientifique ».

PASTEUR. Pasteur n'a pas seulement

révélé, comme personne ne l'ignore, le monde des microbes et des infiniment petits : il a prouvé que la nature est animée d'une vie constante, toujours en mouvement, toujours en production et en destruction ; il a déterminé le cercle de l'existence, ce circulus vitœ, dont les anciens n'avaient eu que l'idée. Avant lui, les sciences étaient choses mortes; elles régnaient sur un herbier desséché et sur des squelettes dépouillés; il les réchauffe et les anime. La nature est un immense laboratoire qui, par la chaleur, la fermentation et la vie, produit l'évaporation, l'immatérialisation, le souffle, et s'élève jusqu'à l'âme.

Pasteur n'est pas seulement le bienfaiteur de l'humanité, l'homme qui, ayant découvert les virus, les a combattus par les vaccins; il est le plus étonnant expérimentateur de l'essence des choses. Grand parmi les grands, parce qu'il eut, avec une science impeccable, une énergie inlassable et, avec une foi profonde dans la force de la vérité, la plus touchante des vertus humaines, la bonté.

Richesse Française

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