‹ Ce que disent les livresChapitre 26 sur 38 · L'ADOLESCENCE D'UN POÈTE · texte numérisé non relu

L'ADOLESCENCE D'UN POÈTE

Chateaubriand est un des plus grands poètes en prose du xi.v siècle. Comment s'estformé un poète, ou plutôt quelles sont les premières sensations et impressions qui ont révélé le poète à lui-même ? C'est ce que tout le monde voudrait connaître et c'est ce que Chateaubriand, pour ce qui est de lui, nous a révélé avec une suffisante exactitude et avec une magnificence de forme incomparable.

Il était fils d'un gentilhomme breton oisif et borné et il passait de très longs mois chez son père, au château de Combourg, à douze lieues de Saint-Malo. Cette résidence était lugubre.

Si la tristesse était grande sur les bruyères de Combourg, elle était encore plus grande au château; on éprouvait en pénétrant sous ses voûtes la môme sensation qu'en entrant à la Chartreuse de Grenoble... Le calme morneduchâteaude Combourg était augmenté par l'humeur taciturne et insociable de mon père... J'étais niché dans une espèce de cellule isolée au haut de la tourelle de l'escalier qui communiquait de la cour intérieure aux diverses parties du château... Je n'avais aucune heure fixe ni pour me lever, ni pour déjeuner ; j'étais censé étudier jusqu'à midi; la plupart du temps, je ne faisais rien.

Oisiveté presque absolue, et liberté absolue de la rêverie : voilà le premier trait, cela au milieu d'une nature triste, d'un château triste et d'une famille triste. Cela pouvait avoir les effets les plus différents ; cela pouvait déprimer extraordinairement une nature faible; cela pouvait confirmer le courage d'une nature forte et déve-

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