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Victor Hugo est un des plus grands poètes .-piques, lyriques et dramatiques du xix<= siècle, de la France et de l'humanité. Pour le montrer aussi grand dans un petit cadre où il s'enferme à dessein — et contre ses habitudes — que dans les plus spacieux développements oratoires, lisons ensemble ce court poème qui est un grand poème.
C'est le moment crépusculaire.
J'admire, assis sous un portail.
Ce reste de jour dont s'éclaire La dernière heure du travail.
Dans les plaines de nuit baignées Je contemple, ému. les haillons D'un vieillard qui jette à poignées La moisson future aux sillons.
Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours; On sent à quel point il doit croire A la fuite utile des jours ;
Il marchedansla plaine immense.
Va, vient, jette la graine au loin, Rouvre sa main et recommence.
Et je médite, obscur témoin,
Pendant que, déployant ses voiles , L'ombre où se mêle une rumeur Semble élargir jusqu'aux étoiles Le geste auguste du semeur.
Ce poème est admirablement composé. D'abord le poète met sous nos yeux Vensembh des choses qu'il regarde. C'est l'heure du crépuscule ; un reste de jour; presque la nuit.
Puis c'est un détail du tableau et le tableau qui précède ne va plus être que le cadre; un homme sème, presque dans 1 ombre, dans' les plaines où la nuit se fait plus épaisse de moment en moment.
Puis cette figure, à être regardée attentivement, se précise. Elle s'enlève sur les sillons.
Elle prend un sens moral. Cet homme qui
profite des dernières gouttes de lumière est un avare de temps, comme il est avare de toutes choses, de quoi on ne songe pas à le blâmer; car il est pauvre.
Après l'avoir vu, le poète le sui1 d'un bout à l'autre de son sillon et suit son mouvement éternelleinent recommencé.
Et maintenant le poète médite, réfléchit, et, parce qu'il réfléchit, quelque chose intervientquin est pas dansla réalité, qui est dans l'imagination au spectateur. Jusqu'ici le poète a vu, maintenant il croit voir. Ce qu'il croit voir c'est le semeur semant les étoiles dans le ciel comme les grains de blé sur la terre. L'imagination a complété le tableau et l'a brusquement élargi j usqu'à l'infini.
Et à présent que nous avons vu comment le tableau est composé, entrons dans le détail et voyons, trait par trait, comment il est peint.
C'estle moment crépusculaire.