UNE PAGE DE MEMOIRES EN VERS
Alfred de Musset a chanté l'amour et ses plaisirs et surtout ses tortures, parce qu'il a été toute sa vie en proie à cette passion. Cela revient à dire qu'à très peu près il n'a jamais parlé que de lui. Mais il en a parlé en exaltant ses sensations et ses sentiments jusqu'à l'égarement, et quelquefois jusqu'au délire. Voici une page de lui, très belle du reste, où il se raconte encore, mais sans frénésie, avec une mélancolie douce et cette lassitude gracieuse dans sa nonchalance que les Italiens appellen»^ la morhidcTjji.
Son frère revient d'Italie où il a été lui-même autrefois et où il a éprouvé une très cruelle déception d'amour. Cela réveille ses souvenirs. La pièce qui suit est faite pour tout ce qui regarde l'Italie méridionale où Alfred n'a jamais été, des conversations qu'il vient d'avoir avec son frère; pour tout le reste, de ses souvenirs à lui et des sentiments qu'ils ont laissés dans son cœur :
Ainsi, mon cher, tu t'en reviens
Du pays dont je me souviens Comme d'un rêve.
De ces beaux lieux où l'oranger
Naquit pour nous dédommager Du péché d'Eve.
Tu as vu Florence, Gênes, Civita-Vecchia où Stendhal « remplissait si dévotement sa sinécure » ; Rome, ville des Césars, qui n'est plus 3ue la ville des petits abbés; Naples, « oreiller es lazzaroni, où sont nés le macaroni et la
AlFRED DE MUSSET