‹ Ce que dit la musiqueChapitre 40 sur 103 · LA PSYCHÉ, D’AMBROISE THOMAS · texte numérisé non relu

LA PSYCHÉ, D’AMBROISE THOMAS

La Psyché d’Ambroise Thomas est sa plus gracieuse œuvre. Elle lui a été certainement inspirée par les fresques de Raphaël; le style si pur des mélodies est d’un dessin raphaëlique.

Madame Krauss rehausse la valeur de cette musique par un art exquis, avec une puissance d’émotion infinie.

Dans toute cette œuvre d’Ambroise Thomas on ne trouverait pas une seule phrase insignifiante.

L’Introduction symphonique est un charme d’harmonie; le Chœur des nymphes très original. Il y a là un final pizzicato avec des effets d’écho d’une fraîcheur délicieuse.

Après le récitatif suivi de la suave romance du Sommeil, écoutez cette poétique invocation, la Nuitl Madame Krauss met dans ce chant une passion contenue, une profondeur de sentiment incomparables. Et

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dans la scène de l’extase, quelle artiste inspirée! Celle scène que Raphaël seul a osé peindre, elle la fait sentir par son chant expressif, délicatement nuancé. Sa voix expire dans un souffle de bonheur mystérieux. Ah! c’est toujours la grande cantatrice ! Elle n’a rien perdu ; en elle vibre encore le noble amour de Valentine, la passion délirante de Sélika, la poésie douloureuse de Sapho.

Les Chœurs derrière la scène sont d’un effet ravissant. La Bacchanale par laquelle on a terminé ces divers fragments est admirablement mouvementée.

On est tout près d’affirmer que Psyché est le chefd’œuvre d’Ambroise Thomas.

CONCERTO, DE 1IÆNDEL

Je ne dirai qu’un mot des fragments du Concerto pour orchestre de Hændel; il prouverait, à lui seul, qu’il y a deux sortes de musiques, l’une qui touche le cœur, l’autre qui charme l’esprit. Le Largo est une succession de superbes accords, sur lesquels se dessinent les variations, les arabesques les plus ingénieuses. Aucune pensée. Un chant d’oiseau. Le génie prodigieux de Hændel lui fait trouver des combinaisons musicales, des ornementations sur un fond d’orchestration magnifique. Il en résulte des effets surprenants, inattendus, toujours charmants.

Les transformations diverses que le chimiste fait subir à un corps simple, Hændel les obtient d’un accord primordial.

Puis les instruments si divers, qui répètent le motif et le varient, la perfection des exécutants, augmentent la beauté de l’ensemble.

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En général, c’est un chant très enfantin, sur lequel l’art du grand musicien plaque des accords savamment combinés ; il les développe avec toutes les modifications de tonalité et de rythme que ce chant comporte. Ainsi du Concerto dont j’entends le fragment. Le thème est d’une simplicité homérique, et de ce chant rudimentaire Hændel tire des modulations étonnantes.

Il y a, entre autres, un passage, canlilène naïve, telle que le berger d’un pays inculte, dans des landes mornes, pourrait en inventer; un de ces airs qu’on trouve dans les recueils de musique populaire de toutes les contrées, plainte de l’àme à demi endormie et qui lient autant du gazouillement de l’oiseau que de la voix humaine.

Naturellement c’est la flûte et le hautbois qui font retentir, comme en pleine forêt, ces notes mélancoliques. C’est un chant senti, ce n’est pas une idée musicale. Un son charmant, rien de plus. La musique des anciens n’était assurément pas autre chose. Hændel, dans le chant, est avec Gluck, celui qui se rapproche le plus des anciens. Musique faite pour charmer 1 oreille, bercer l’âme; point de sous-entendus dans l’inspiration mélodique. Hændel rappellerait encore mieux l’antiquité, s’il n’était revêtu des costumes de son époque : Je le répète : il donne à l’orchestration une pompe royale qui fait qu’on le reconnaît entre tous.

Comment s’étonner s’il y a des musiques absolument différentes? En peinture, est-il possible d’imaginer des contrastes plus grands qu’entre Michel-Ange et Van Eyck, Raphaël et Hemling?

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