LES RUINES D'ATHÈNES, DE BEETHOVEN
éloignées, Beethoven, bourgeois de Vienne, a senli et décrit les Ruines d'Athènes comme un héros philhellène, comme un poète, et bien avant 1 année, où celte cause sacrée passionnait Edgar Quinet.
Pour caractériser un peuple, un pays, avec une telle fidélité, une couleur locale si juste, il faut être inspiré par un sentiment profondément humain. La pitié, l’enthousiasme pour l’indépendance des Grecs, faisaient tressaillir tous les cœurs, de 1821 à 1829. On respirait dans l’air cette noble sympathie pour les peuples opprimés qui veulent revivre. La grande âme de Beethoven en était pénétrée. Aussi a-t-il admirablement dépeint la tristesse, la mélancolie des ruines, la monotonie désolante de ces vallées brûlées, dévastées, les horreurs de la captivité, la nostalgie, la douleur de l’esclave, la barbarie turque, la plainte de cette pauvre Grèce qui aspire à l’avenir et se souvient du passé.
Le duo de la jeune Grecque et du jeune Palikare, leur refrain brisé, comme un vague espoir :
Viens, viens, liberté!
Puis le sauvage Chœur des Derviches, chanté avec une admirable énergie; puis la Marche turque, l’invocation à Allah, après l’invocation à Apollon, que tout cela est superbe! Ici, le miracle de l’art, c’est de transformer la cacophonie en harmonie. Il n’est donné qu’à un Beethoven de la créer avec des sons discordants, sans chercher les effets criards qui vous déchirent le tympan. Comme il a su tirer parti de la barbarie, de la
fougue sauvage, indisciplinée, fanatique! Encore une fois, il a transformé tout cela en superbes résonnances harmoniques.
Ce qui ajoute un grand prix à ces concerts du Conservatoire, c’est qu’ils vous donnent le sentiment de la perfection. Pendant deux heures vous apprenez la valeur de ce mot, de cette chose vainement cherchée sur la terre. Quelle intelligence, quelle âme dans chacun de ces instruments ! Une délicatesse infinie et une énergie extrême. Et quel ensemble! Les cent instruments divers ne forment qu’un seul instrument, une seule âme. Chacun de ces virtuoses tient à honneur de rivaliser de talent dans cette joule de l’art, dans cette fête olympienne du inonde moderne.
A mon admiration pour le génie des maîtres et pour la perfection désespérante de l’orchestre, se joint un sentiment tout particulier : le respect du travail qui a rendu cette perfection possible. Que d’efforts répétés, accumulés pendant des années! Que d’heures consacrées, en une seule journée, à vaincre les difficultés d’un seul passage et à s’en rendre maître! Additionnez ces passages difficiles, dans un seul morceau, multipliez par le total des œuvres musicales, et dites si vous n’ètes pas pénétré de respect pour le travail en soi, indépendamment du résultat merveilleux.
Le virtuose accompli de l’orchestre, l’artiste de premier ordre sur la scène, qui réalisent fidèlement la pensée du compositeur, me font comprendre toute la dis-