LES RUINES D’ATHÈNES, DE BEETHOVEN
tance qu'il y a entre la théorie et l’acte. Le grand virtuose donne une réalité au rêve, un corps à l’idée. Que deviendrait sans lui le génie du Maître? L’œuvre resterait à l’état de pur esprit, enfouie dans une partition dont le commun des mortels ne saurait déchiffrer la beauté dans ses plus délicates nuances.
Ceci est vrai surtout pour le chant vocal. Un grand chanteur seul saura faire valoir certaine mélodie, telle que le génie du compositeur l’a conçue. Médiocrement interprétée, elle semblera dépourvue d’attraits. Qui oserait déchiffrer l’œuvre d’un Maître avant de l’avoir entendu exécuter? Lire à livre ouvert, observer la mesure, le métronome, ce n’est pas tout. Le rythme musical, le génie du compositeur, voilà ce que la partition ne me dira jamais, voilà ce que de grands artistes seuls peuvent révéler.
En sera-t-il de môme un jour des hautes vérités de l’esprit humain? Seront-elles mises en action par les hommes, ou resteront-elles uniquement dans les livres? Ce jour-là seulement le grand cœur des hommes de génie, des penseurs, sera consolé, comme ont dû l’être un Beethoven, un Mozart, en se voyant interprétés avec vérité.